Baby-Loup : Quand Marianne torpille sa pétition sur la laïcité

Publié le 20 avril 2013 - par - 2 070 vues
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Dans le climat habituel d’ignorance ou de relativisation par les médias, du grignotage permanent des principes de la laïcité dans notre pays,  deux évènements récents : la décision prise par la Cour de cassation dans le jugement rendu par la Cour d’appel de Versailles concernant le licenciement d’une employée voilée de la crèche Baby Loup, et la publication d’un sondage confirmant l’inquiétude des Français relative à la poussée de l’islamisme en France ont donné lieu à quelques timides réponses  :

– Création d’un observatoire de la laïcité;

– Pétition lancée par des personnalités réclamant  une nouvelle loi pour mieux encadrer les atteintes à la laîcité.

En ce qui concerne  le nouvel observatoire de la laïcité, au vu de la liste des personnes désignées pour en faire parti, et sans faire de procès d’intention  on ne peut que s’interroger sur l’efficience de ce nouvel organisme, et sur sa volonté de dénoncer, sans autocensure, toutes les atteintes portées à la laïcité, notamment quand  leurs auteurs sont de religion musulmane, par  peur de la stigmatisation et du chantage injustifié au racisme.

On ne peut que regretter que des personnalités telles qu’Elisabeth Badinter, Jeannette Bougrab ou encore Malika Sorel, dont l’engagement en faveur de la laïcité ne saurait être discutée n’aient pas été nommées au sein de cet observatoire. De même on ne pourra que noter l’absence ou la quasi absence de personnes représentatives de salarié(es) confronté(e)s  dans leur vie quotidienne,  à l’ emprise de plus en plus forte de la religion dans l’espace public (entreprises, hôpitaux, écoles).

Il en va de même pour la pétition lancée récemment en faveur d’une nouvelle loi. On peut craindre qu’avec les retombées de l’Affaire Cahuzac celle-ci tombe dans l’oubli d’autant que d’ores et déjà certains élus de la majorité présidentielle dont Christian Careshe, Député de Paris, sont vent debout  contre tout projet de nouvelle loi.

Si par miracle celle-ci finissait par voir le jour, encore faudrait-il que des décrets d’application soient pris et que la loi soit appliquer effectivement sur le terrain ce dont on peut douter quand on voit comment la loi sur le voile intégral n’est pas respectée dans les faits.

Mais ce qui me rend le plus sceptique c’est la façon dont la presse relaie la pétition en faveur d’une nouvelle loi. Prenons l’exemple de l’hebdomadaire Marianne qui dans son numéro 832, paru la semaine du 30 mars au 5 avril  s’engageait à soutenir la pétition lancée et consacrait quatre articles sur le thème de la Laïcité.

Tout en ne pouvant qu’approuver le choix du journal Marianne de soutenir cette pétition, il n’est pas inutile de se pencher sur les quatre articles publiés dans  son numéro 832, qui sont consacrés directement ou indirectement  au débat sur la laîcité.

D’abord tout en s’associant à  la pétition pour une nouvelle loi, Marianne n’en fait pas pour autant la couverture de son numéro 832 et ne lui consacre pas non plus son éditorial. En page 8, Eric Conan évoque cette pétition  dans un article intitulé “Les mots qu’il faut”.

On aurait préféré un intitulé, même un peu long,  du genre : “les mots qu’il faut et les actes qui devraient suivre”, car dans le contexte actuel  la défense de la laïcité ne saurait se contenter que de mots.

Dans ce même article Eric Conan se félicite que la gauche  renoue avec les principes de la laïcité (en parole pour le moment) et en veut pour preuve l’évolution d’Harlem Désir, secrétaire général du PS sur ce sujet qui découvre plus de vingt ans après  l’affaire du foulard de Creil,  les atteintes à la laîcité…. !!

Toujours dans ce numéro 832 et dans une rubrique intitulé “Contreverses” ,   le journal  Marianne  donne la parole successivement  à Harlem Désir  qui justifie son nouveau positionnement (sans s’expliquer sur son revirement) et à une chef d’entreprise de religion musulmane, portant à titre personnel le voile islamique et qui dénonce par avance  l’idée d’une nouvelle loi et les risques de stigmatisation que celle-ci ferait encourir selon elle à la communauté musulmane. Sans développer plus avant  l’argumentaire de cette femme et les arguments qu’on peut légitimement lui opposer notamment concernant  le caractère sexiste et discriminatoire du port du voile, l’intéressée  n’y voit qu’un choix individuel en feignant d’ignorer la  pression sociale qui s’exerce sur beaucoup de femmes musulmanes, notamment dans les quartiers dit sensibles pour qu’elles le portent.

Cependant le choix  du journal Marianne de contrebalancer l’article d’Harlem Désir, par un article  légitimant le voile islamique est révélateur de  la pusillanimité des médias  qui ne peuvent pas défendre la laïcité ouvertement sans s’en excuser d’une certaine façon en faisant, une large  place à la thèse qui voudrait que toute critique contre la religion, dès lors qu’il s’agit de la religion musulmane, relèverait  d’une forme de racisme.

Cette vision des choses ressort également du quatrième dans ce même numéro de Marianne abordant le problème de la laïcité. Ce dernier article est en fait une interview d’un universitaire,  historien de formation, qui s’alarme de ce qu’il appelle la régression ethnique (en l’occurrence, il faut comprendre  celle des Français de souche et d’immigration ancienne européenne)  qui se traduirait  pas une incapacité  à admettre la religion musulmane sur le sol français,  en prenant pour exemple la contestation  autour de la viande halal.

Ce faisant cet historien, nie complètement la réalité telle qu’elle se présente,  à savoir qu’il est difficile dans certains lieux, de manger autre chose que de la viande halal,  sa mise sur le marché ne faisant l’objet d’aucune transparence fiable et que dans un certaine nombre de cas la restauration collective (écoles, entreprises) tend à imposer à ses usagés,  les interdits alimentaires liés aux prescriptions  de la religion coranique, ces interdictions alimentaires devenant les contraintes de tout le monde. Outre l’absence totale dans cet interview d’une analyse des fondements de la religion musulmane et de leur antinomie pour une grande part,  avec la notion des droits de l’homme,   son auteur semble ignorer complètement que cet ethnicisation de la société française est en grande partie  lié au développement du communautarisme  promu par certains mouvements issue totalement ou partiellement de l’immigration tels qu’entre autres les Indigènes de la République ou encore le CRAN.

Au final, pour les lecteurs de Marianne qui auront lu ce numéro, l’utilité  d’une nouvelle loi sur la laïcité  leur semblera probablement et malheureusement inutile, tant ce journal s’évertue à “torpiller” sa propre initiative  de soutien  à la pétition réclamant une nouvelle loi en valorisant dans le même temps les adversaires de cette loi pour lesquels le prosélytisme du fondamentalisme musulman dans notre pays serait un faux problème et le refus de la différence.

Or s’il est vrai que dans une – bien moins grande mesure – on peut s’inquiéter également du prosélytisme de certains milieux traditionalistes chrétiens qui  appellent à une loi sur le blasphème, il n’en reste pas moins que le danger principal, pour  notre modèle républicain et les valeurs qu’il promeut provient  du radicalisme islamiste qui ne se limite pas uniquement à des actions violentes mais aussi à un travaille souterrain de sape contre les valeurs humanistes de liberté d’expression et d’égalité des sexes.

Rigdebert Rinocero

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