Bagdad, comme il y a 40 ans, Saïgon et Phnom Penh ?

A Khmer Rouge soldier waves his pistol and orders store owners to abandon their shops in Phnom Penh, Cambodia, on April 17, 1975 as the capital fell to the communist forces.  A large portion of the city's population was reportedly forced to evacuate.  Photo from West German television film.  (AP Photo/Christoph Froehder)
A Khmer Rouge soldier waves his pistol and orders store owners to abandon their shops in Phnom Penh, Cambodia, on April 17, 1975 as the capital fell to the communist forces. A large portion of the city’s population was reportedly forced to evacuate. Photo from West German television film. (AP Photo/Christoph Froehder)

À ceux qui ont encore un peu de mémoire, les images de civils cherchant désespérément à gagner une capitale pour échapper au flux des envahisseurs rappelleront quelques signalés désastres. Les derniers jours de Phnom Penh et de Saïgon furent ainsi le théâtre d’exodes massifs conclus par l’entrée dans les villes vaincues de nouveaux maîtres peu disposés à la compassion.
Cette fois, il s’agit de Bagdad, cité pour contes orientaux, livrée à l’encan dès lors que les conquérants qui la prirent il y a une grosse décennie au nom de la liberté des peuples, ont délibérément choisi de l’abandonner aux griffes acérées de leurs créatures, au nom cette fois de la géo-stratégie americano-qataro-saoudo-persane. Au bout de ce long et douloureux itinéraire de guerre, la promesse du pire pour tous ceux qui n’auront pas accès à un fusil, à un lance-roquettes ou à un bateau de migrants à 5000 euros la place.
C’est immonde.
Le public du 20 heures attend la réaction d’Obama. L’exemple des hélicoptères US décollant, dans un indescriptible chaos, des toits de Saïgon avec, accrochés à leurs skis, des grappes de gens, sera sans doute suffisant pour qu’aucun Yankee ne soit pris en flagrant délit de flânerie sur les rives du Tigre. On aura purgé l’allié de ses conseillers. Clean City, ses hôtels vides, ses rues bordées de curieux en mission-selfies, ses décapitables promptement raccourcis au nom du Prophète et du dieu Pétrole, son ordre nouveau salué par le pesant silence de nos musulmans made in Gaule. Comment peut-on croire à l’innocence des Américains dans une affaire aussi promptement menée ?
Quelques milliers de G.I. auront, quoi qu’il arrive, payé de leur vie cette chiennerie pour Madoffs puant le fuel. Leurs familles seraient en droit de demander des comptes à ceux qui les envoyèrent au casse-pipe pour un aussi glorieux résultat. Ces comptes que je demande quant à moi aux stratèges de caniveau qui ont sacrifié une centaine de soldats Français dans cet Orient de cauchemar où une hyène affamée boufferait ses propres petits. Bravo Messieurs! Serviteur, Mesdames! De Kaboul à Bagdad en passant par Tripoli, la geste française accouche grâce à vous d’un monstre dont les clones maternés au frais du contribuable attendent, ici même, l’ordre de passer à nouveau à l’action.
La France est trahie, le sang y coule déjà. Certes, elle ne connaitra pas les souffrances des pauvres habitants de Bagdad, de Falludja, de Mosoul. Pas encore. Ce n’est pas faute de l’obstination ricanante de ses maîtres provisoires à la précipiter dans le vide, attachée à une chaise telle un vulgaire homosexuel promis à la lapidation dès son atterrissage six étages plus bas. Les scénaristes du cinéma hollywoodien ont de beaux jours devant eux.
Jean Sobieski

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