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Balance ton porc : Un homme de gauche, ça ne s’empêche pas

Depuis un an ou deux, harceleurs et violeurs sont dénoncés, démasqués, pourchassés. Il y a un porc à tous les étages, qu’on balance hardiment. Moi aussi, et moi, et moi, et moi, répondent en écho des millions de femmes. Weinstein, Strauss-Kahn, les chefs de l’UNEF, les Jeunes Socialistes, les écolos (Hulot, Baupin et tutti quanti), le directeur d’école de l’Isère, Ramadan, Mao, Staline, etc., et les innombrables amateurs de chair fraîche et de promotions canapé qui hantent les palais de la République, la liste est interminable…

Ces agresseurs sont tous ou quasiment tous gauchistes. S’ils ne le sont plus, ils l’ont été. S’ils ne le sont pas, ils sont nouvelle gauche, multicul (on ne saurait mieux dire), accueilliste, internationaliste, métissée… Tous, mais aucun journaleux ou gloseur officiel ne le dit ou n’ose le dire. C’est l’omerta imposée à tous avec infibulation obligatoire. Cette vérité ne doit pas passer la barrière des lèvres ou celle de la plume. On balance les porcs, sans jamais préciser que ces porcs sont de gauche : la gauche libertaire, celle qui proclame depuis un demi-siècle que tout est possible, que vouloir, c’est pouvoir, qu’il faut détruire le vieux monde ; la gauche des affranchis de tout, celle qui fait de la vieille morale commune la bête immonde et des pères la pudeur des fascistes à abattre ou à égorger.

Chaque connaît la phrase que le père d’Albert Camus, petit ouvrier agricole en Algérie, aurait dite en apprenant qu’un crime horrible avait été commis dans le voisinage : égorgement, castration et parties génitales du malheureux égorgé brandies comme un trophée… A cette barbarie, il aurait opposé cet impératif : Un homme, ça s’empêche.

Albert Camus, en hommage à son père, en a fait le fondement de son éthique ou de sa morale. Que n’avait-il pas fait ? Cette naïveté lui a valu d’être agoni de quolibets, d’injures et de ricanements de la part de ses camarades, soi-disant philosophes, engagés ici ou là, nulle part et partout dans le monde, au côté des tyrans ou de tous les gros porcs du monde, et qui, contrairement à Camus, avaient décidé de s’affranchir de tout ce qui aurait pu entraver ou refouler leurs désirs, leurs pulsions, leurs envies ou leur volonté : limite, borne, contrainte, devoir, convenances, scrupule, prudence, bienséance, etc. Les hommes de gauche ne sont empêchés de rien et rien ne les arrête : c’est même à cela qu’on les reconnaît. La satisfaction immédiate de leur ego ou de leurs instincts, même les plus bestiaux, prime sur tout. Elle est devenue le seul horizon de la gauche donneuse de leçons et tartuffe en chef.

Ce nouvel ordre du monde a été parfaitement compris et assimilé par Weinstein, Strauss-Kahn, Baupin, Hulot, le directeur d’école socialo de l’Isère, etc. Ce sont de bons élèves. Il faut leur reconnaître ce mérite. Et les femmes qui se sont laissées prendre à leurs simagrées sont, hélas pour elles, de pauvres oies blanches. Rien ne les obligeait à faire des œillades à Strauss-Kahn ou à Weinstein ou à Hulot.

Etienne Dolet