Balbutiements et justice divine, de Thérèse Zrihen-Dvir

Quand la dialectique tourmentée de l’âme et de la chair devient chef-d’oeuvre littéraire …

Peut-être, aurais-je pu retenir l’expression « dialectique du convenable et de la folie d’un moment », un moment composé d’un seul quart d’heure où femme et homme ennivrés par l’énergie de leur jeunesse dans une harmonie fiévreuse, sont persuadés de saisir une part inouïe de paradis, sur cette terre qui n’est faite que de malheurs. Mais un moment qui voit immédiatement le paradis se transformer en enfer jusqu’à traverser plusieurs générations !

Le héros, ou plutôt l’héroïne de ce roman est Miriam, une pauvrette juive car Miriam vit dans le Mellah de Marrakech au Maroc c’est à dire l’endroit réservé aux seuls Juifs. Elle a un petit frère et dès leur plus jeune âge, tous les deux deviennent orphelins et finissent par échouer chez des cousins très pauvres qui sont impitoyables avec ces nouveaux petits êtres. Miriam devient comme Cosette chez les Thénardier. Il y a en effet une atmosphère qui ressemble à celle des Misérables de Hugo. Mais notre petite Cosette juive qui est d’une grande beauté est engrossée (quel vilain mot !) par une petite gouape, Paul, fils de riche qui bien sûr refuse de l’épouser. Thérèse Zrihen-Dvir évoque « le fossé de la perversité du genre humain ». Et dans le monde Juif comme dans le monde chrétien de l’époque, c’est à dire avant la guerre, les petites victimes comme Miriam sont immédiatement poussée dans « le fossé », c’est à dire dans la prostitution : car elles ne sont plus pour la collectivité (qui elle bien sûr est parfaite !) que saleté repoussante. On a là, au passage, la preuve de l’imbécillité de l’antisémitisme tant les moeurs se ressemblent d’un côté comme de l’autre ! Les Juifs -mais est-il besoin de le rappeler- sont des êtres humains comme les autres !

Mais Dieu, qui a le défaut de souvent sommeiller quand il s’agit de protéger Ses enfants, se réveille d’un coup à la synagogue, en la personne d’un jeune homme au nom de Mardoché qui accepte de prendre la toute jeune Miriam pour femme avec l’enfant qu’elle porte, considérant celui-ci comme son propre fils. Un peu plus tard, Mardoché et Miriam enfanteront et très très vite ils vont s’aimer. Paul qui était parti en France faire ses études, essaiera de relancer la très belle Miriam mais n’aura pas le temps de parvenir à ses fins puisqu’il sera décapité lors d’un horrible accident de camion. Doit-on considérer cet horrible fait comme une punition de Dieu qui retombera sur les parents du jeune homme, parents qui avaient été de connivence pour refuser la trop jolie souillon inconsciente et de petite extraction comme le disaient les aristocrates des temps anciens, ces parents qui eux, croulaient sous l’argent. Comme l’écrit l’auteure :  » … la vie est pavée d’erreurs et de malentendus sous le dôme de la stupidité, d’une fierté vaine et du manque d’indulgence ».

L’histoire ira ainsi de rebondissement en rebondissement à travers le couple, leurs enfants et les parents de Paul. Et c’est avec une analyse exhaustive et pleine de tendresse et d’application que l’auteure nous dévoilera les sentiments et les émotions de chaque être qui, au-delà des générations sera touché ou plutôt affecté, et souvent dans une douleur parfois indicible. C’est comme si, tout au long de cette saga juive, le moment premier de la rencontre entre Miriam et cet inconstant de Paul était une cicatrice, une marque au fer rouge indélibile, que chaque descendant récupérait comme un fardeau à porter toute sa vie. Dieu n’avait-il pas dit d’ailleurs dans la Torah et plus exactement dans Exode 20/5-6 : « Moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements ». C’est le grand fleuve d’une famille avec ses cascades et ses méandres tortueuses que dévoile Thérèse Zrihen-Dvir et le courant impétueux laisse peu de place à une eau limpide et calme. D’ailleurs, lorsqu’on achève la lecture du roman, on pousse un soupir de soulagement car on est convaincu que la miséricorde divine, dans le cimetière du Monts des Oliviers à Jérusalem, va enfin ! comme un zéphir bienheureux, carresser cette fois tous les descendants de Miriam quasiment tous désormais installés sur la terre d’Israël. En fait, Mirian, son époux, Salomon et Mercédès sa demi-soeur  et même, le père repenti de Paul auront été toute leur vie d’une exemplarité sans faille. Elle est là à coup sûr la « JUSTICE DIVINE » ! Leur exemplarité existentielle aura donc été bénéfique à leur descendance.

Dans le monde fou, pourri même dans lequel nous vivons et qui nous enlève chaque jour qui passe encore et encore de l’espoir, le livre de Thérèse Zrihen-Dvir par la nostalgie des temps pas si éloignés que cela et dans lequel elle nous invite, est un réconfort et un apaisement. Je me demande d’ailleurs si bientôt un réalisateur ne va pas en faire un film. Sûr qu’il y aurait un sacré paquet de monde dans les salles de cinéma et à la sortie, sûr aussi qu’il y en aurait … des « balbutiements » !

Philippe Arnon

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18 Commentaires

  1. Je découvre aujourd’hui cet article, il y en a tellement chaque jour, que parfois certains disparaissent avant qu’on ait eu le temps de les lire… Ainsi va l’actualité.
    Cette histoire d’une très jolie fille engrossée par un fils de riche qui ne donne pas suite, volontairement ou non, me fait penser au début, à « LA FILLE DU PUISATIER » de Marcel PAGNOL.
    C’est le thème éternel de l’homme lâche qui prend son plaisir sans penser plus loin.
    Situation très complexe où les auteurs peuvent exprimer tout leur talent en développant le roman de la vie de tant de femmes.
    Bravo à vous : c’est courageux parce que les mecs n’y pigent rien, surtout aujourd’hui où une simple pilule peut tout arrêter.
    Chaque jeune fille reste pourtant un bouton de rose dont l’homme est le jardinier. Mais le sait-il ?

    • Joli commentaire dans le même esprit que l’article fort sympathique de Philippe Arnon.

    • Merci Fabiola. Ce que vous écrivez à la fin est très joli … comme une rose d’Italie n’est-ce pas ?

      • Merci Philippe ARNON et Marnie pour votre gentillesse !
        Vous ne croyez pas si bien dire, mon 2e prénom est ROSE et effectivement je suis d’origine Italienne.
        On le voit tout de suite lorsqu’une femme est heureuse et épanouie auprès de son homme. C’est pour cela que je dis qu’il est son jardinier : il la fait fleurir à chaque enfant parce qu’elle s’ouvre à l’amour sans douleur.
        Les femmes traitées durement ont mal au ventre : plusieurs douleurs diffuses et ne supportent pas leurs enfants.
        J’ai vu maints exemples.
        On devrait apprendre aux jeunes filles que leur ventre est un vase sacré qui doit rester propre et sain parce qu’il portera leurs enfants.
        Ce n’est pas bien de ne pas apprendre toutes ces délicatesses à ces boutons de roses si fragiles.
        Se respecter pour l’être à son tour.

  2. Rien de tout cela, Heraklite. L’article est une revue d’une oeuvre littéraire… Quelques petits astucieux et malintentionnés cherchent à virer la conversation vers des sujets politiques… ce qui est incongru. Philippe est simplement tombé de ce piège, … rien de grave. On apprend à pardonner. J’aurais de beaucoup préféré qu’aucun commentaire ayant trait à la politique de n’importe quel pays ne s’immisce dans une plateforme réservée à la littérature. Bonne soirée, Monsieur Heraklite.

  3. Pas de politique SVP – cet article est simplement littéraire… vos creux et besoins d’arguments politiques, faudrait les chercher ailleurs et il n’y a aucun manque dans RL… Désolée, si je vous déçois. A tous les amoureux des lettres, vous êtes les bienvenus pour donner votre avis sur cette revue, si cvous estimez qu’elle en vaut la peine…

  4. Encore de la pleurnicherie pour utopistes bon teint. Et bien sûr, le film va suivre, forcément. RL n’a t-il pas d’autre chat à fouetter que ces historiettes d’un temps « pas si lointain » pour certains, sûr, mais ce n’est pas NOTRE histoire. La France n’est pas le Maroc (pas encore, quoique au train où nous allons…)

  5. « Dans le monde fou, pourri même dans lequel nous vivons… » on a pu savoir que israel a fourni des drones particulièrement efficaces aux azerbaidjanais pour continuer la choah des arméniens, étonnant mais vrai

    • Patpil – changez je vous prie de rhétorique, vous devenez harrassant.

      • Thérèse, même si ce que dit Patphil ne concerne pas ton très beau texte, je partage totalement son point de vue. Ce qu’à fait Israël vis à vis de nos frères Armniens est intolérable et impardonnable. Comment un peuple martyr comme le peuple juif a t-il pu pactiser avec la barbarie islamique d’Erdogan et d’Alyev au génocide de ce petit peuple déjà martyr ? Toi qui prônes le libre-arbitre et l’amour entre les hommes, tu ne peux pas esquiver cette réalité. Tu dois reconnaître et même avoir un mot de COMPASSION pour les Arméniens. Amitié à toi.

        • Vous avez raison. Mais, comme dirait Georges Marchais, la politique d’Israël est quand même globalement positive. Cependant j’ai beaucoup de sympathie pour l’Arménie et la Syrie, deux pays qu’Israël semble détester.

  6. Philippe votre description donne envie de lire le livre et de rêver à des temps meilleurs. La vraie vie c’est vous qui en parlez et qui va nous l’envier?

    • Merci pour votre aimable commentaire. Ah ! Si tout le monde pouvait avoir la beauté de la famille Morchade … comme le monde serait propre et beau. Et puis, il y aurait de l’espoir. C’est cela que désirait à tout prix nous offrir l’auteure : de l’espoir, rien que de l’espoir. Nous en avons tellement besoin !

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