Barbès, Sarcelles : cela me rappelle le Maroc en 1956…

Publié le 25 juillet 2014 - par - 2 682 vues
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ManifestantsDe nombreux contributeurs, que ce soit ici ou sur d’autres sites, se sont déjà exprimés, à juste titre, sur ce sujet brûlant, pour dire « Ce conflit n’est pas le nôtre ». Je le pense aussi, nous n’avons pas à subir sur notre territoire l’importation de tous les conflits de la planète ! En particulier celui-ci, pour des raisons évidentes, tenant au comportement d’une population sans foi, ni loi, qui ignore le sens du mot respect qu’elle utilise pourtant à tort et à travers. De plus toutes ces manifestations, à tout propos et hors de propos, même lorsqu’elles se déroulent calmement, ne sont que mascarades, gesticulations médiatiques parfaitement inutiles et stériles, qui n’apportent strictement RIEN. Tout cela n’est que prétextes. Et dire que des élus y participent ! Ils n’ont vraiment rien de plus intelligent et utile à faire !

Si des décérébrés se sentent si proches et si concernés par la Palestine (qu’ils ne connaissent vraisemblablement pas !) qu’ils n’hésitent pas, qu’ils y aillent, et surtout qu’ils prennent un aller simple pour aller manifester, et se battre pour – et dans – ce pays, mais surtout, surtout, qu’ils y restent !!! C’est cela le véritable engagement, mais c’est une autre histoire, bien sûr, car pour cela il faut avoir des C… C’est toute autre chose que de s’abattre tel un nuage de sauterelles, en ravageant tout sur son passage, sans aucun adversaire en face de soi, sans risquer un tir de mortier ou une chute de missile, et comble du comble, même pas une vraie sanction, même pas avoir à payer les dégâts, (Merci le trio des NULS, on va penser à vous pour 2017… et qui sait, avec un petit peu de chance, peut-être même avant ???), puis de rentrer tranquillement se vautrer devant « Secret Story » ou toute autre émission hautement intellectuelle et orientée dont notre télévision d’Etat nous abreuve, enfin…ceux qui la regardent encore !

« Le conflit israélo-palestinien ne peut pas s’importer en France » disait Pépère la Vue Basse. C’est déjà fait, et bien plus que cela, c’est le Djihad en marche, simplement une étape de plus, dans un processus entamé depuis bien longtemps.

Il faut le savoir, et bien s’enfoncer cela dans le crâne, ce n’est qu’un début. Il y aura d’autres émeutes, ici ou là, peut-être bien plus graves. Pour les adorateurs d’Allah, car c’est bien d’eux qu’il s’agit, tout prétexte est bon pour se déchaîner contre les mécréants, chrétiens ou juifs, et pas seulement contre les juifs, comme toute la bande de pieds nickelés voudrait le faire croire. Je vais vous en faire la démonstration, en vous contant une histoire, une histoire que je connais bien… Mais pour cela, il est nécessaire de faire un retour en arrière.

Par les hasards de la guerre j’ai vécu de nombreuses années au Maroc. Mon père, militaire, ayant été affecté à un moment donné dans ce pays, plus précisément à la base aérienne de Meknès, avant de repartir en Europe, puis de revenir à la fin de la guerre et, séduit par la beauté du pays, le climat, le soleil, de décider d’y rester et d’y travailler. Colonisateur ? Cherchez l’erreur…

Ayant constaté par ailleurs, récemment, au cours d’une conversation avec une amie, combien les connaissances de la majorité des Français sur les réalités de la colonisation au Maghreb étaient déformées et négatives, il m’a semblé nécessaire de faire une parenthèse pour ceux qui pourraient encore croire – par exemple – que l’on y pratiquait : esclavage, ségrégation ou apartheid, et pour cela rien de mieux qu’un extrait de la biographie du Maréchal Lyautey, dans sa période Maroc (Wikipédia) :

« Au Maroc il fut chargé en mars 1907 d’occuper Oujda, en représailles de l’assassinat à Marrakech du Docteur Emile Mauchamp* il réprima ensuite le soulèvement dans la région des Beni-Snassen en novembre 1907 et fut nommé haut-commissaire du gouvernement pour la zone marocaine occupée dans la région d’Oujda. En mars 1912, la convention de Fès établit le Protectorat Français dans l’Empire Chérifien dont Lyautey fut le premier résident général […]

C’est en tant que résident général qu’il laissera une trace profonde dans la société et l’urbanisme marocains. Il entreprit de nombreux travaux dans divers domaines tels que dans l’agriculture, la foresterie…Attaché à la culture locale comme l’écrivaine Isabelle Eberhardt dont il fut proche, il édicta plusieurs lois visant notamment à protéger les centres anciens des grandes villes (les villes coloniales seront construites à la périphérie des médinas) ou à établir des règles strictes laissant aux marocains des espaces de liberté (interdiction pour les non-musulmans de pénétrer dans les mosquées). »

Règles qui demeurèrent en vigueur durant les 44 années du protectorat. Le 2 mars 1956 le Maroc acquiert son indépendance. Pourtant un évènement survenu après cette indépendance, et sans rapport direct avec le Maroc, allait transformer le départ déjà amorcé, de quelques-uns, en un exode massif des Français, Espagnols, Portugais, et autres chrétiens, ainsi que de la communauté juive.

Cet évènement : le 22 octobre 1956, l’avion d’Air Atlas, conduisant de Rabat à Tunis Ben Bella, Aït-Ahmed, Boudiaf, Khider, Lacheraf, les cinq chefs de la rébellion algérienne, est détourné sur Alger par l’aviation française. En représailles – le prétexte – plusieurs dizaines d’européens sont – non pas tués – mais massacrés, à Meknès et aux alentours. Et je vais vous narrer comment.

Le lendemain matin, 23 octobre 1956, des rumeurs nous apprirent que des troubles avaient eu lieu en médina. (Nous n’étions alors, pas à l’ère d’Internet, des téléphones portables, etc.) Mais lorsque nous repartîmes travailler après déjeuner, dans l’avenue principale, toutes les vitrines des commerces avaient été brisées, les magasins pillés. Nous comprîmes alors que les émeutiers étaient passés par là, peu de temps auparavant. Arrivées au bureau, et un peu plus tard dans l’après-midi, entendant des rumeurs de foule proche, nous nous enfermâmes, volets baissés, pour surtout ne pas se faire voir, et nous vîmes une horde de sauvages déambuler non loin de nous.

Que s’est-il passé ce jour-là ? Le récit d’une femme, témoin d’une partie des horreurs, nous est parvenu dans les jours qui suivirent. Le voici, recopié in extenso :

Ames sensibles s’abstenir.

« Le mardi 23 octobre 1956, vers 16 heures je me trouvais en compagnie de deux voisines européennes et plusieurs femmes marocaines sur la terrasse de l’immeuble de notre propriétaire qui est contigüe à l’immeuble que j’habite. De là nous regardions ce qui se passait dans la rue où des milliers de manifestants se trouvaient groupés depuis plusieurs heures. Nous nous étions recouvertes de drap blanc**afin de nous confondre avec les femmes marocaines.

En bas dans la rue, autour de DAR BAROUD, l’excitation montait parmi les émeutiers, les femmes surtout paraissaient les plus acharnées, plusieurs étaient armées de révolvers ; les hommes étaient armés de couteaux, haches, barres de fer, bâtons ou pierres. Le corps d’un marocain qui venait d’être tué était porté par d’autres marocains qui se dirigeaient vers SIDI AMAR. C’est à ce moment que les manifestants ont commencé à jeter les premières pierres sur le poste de DAR BAROUD.

J’ai remarqué que des Asses habillés en kaki qui se trouvaient sur les remparts dominant le poste, jetaient également des pierres sur les policiers français qui se trouvaient à l’intérieur du poste ; ils étaient entourés de nombreux enfants âgés d’une douzaine d’années qui jetaient tous des pierres. Des coups de feu ont été tirés de l’intérieur du poste, je n’ai pas vu dans quelle direction. Puis les femmes, au paroxysme de l’excitation, ont entraîné les manifestants à l’intérieur, et divers foyers d’incendie ont été allumés.

Je n’ai pas vu ce qui se passait à l’intérieur, mais à ce moment, les émeutiers se sont rangés en deux haies parallèles, laissant entre eux une allée de un mètre de largeur environ, et ce, de l’intérieur du poste jusqu’au chantier qui se trouve de l’autre côté de la rue. Deux Marocains portant un tronc humain, sans tête ni jambes, complètement dénudé, sont passés entre ces deux rangées hurlantes qui frappaient au passage sur ces débris humains. Ils sont allés le jeter à l’intérieur du chantier, suivis d’autres Marocains portant la tête et les jambes. Quelques instants après, ils sont sortis à nouveau tenant un homme encore vivant qui se débattait. Il portait une plaie au flanc droit. Il m’a paru être assez grand, teint clair, cheveux châtains. Une médaille retenue par une chaîne pendait à son cou. Arrivés au milieu de la cour ils l’ont arrosé d’essence et y ont mis le feu, ses cris de « PITIE, PITIE » dominaient les hurlements de joie de la foule. Ils l’ont laissé brûler durant quelques minutes, puis ses cris ayant cessé, ils ont éteint le feu. Un marocain s’est alors précipité sur le corps, en a coupé la tête qu’il a fichée au bout d’un piquet et a continué à découper le corps. Le tout a été jeté sur le premier corps et le piquet a été planté en terre à l’intérieur du chantier. Des gamins se sont alors amusés à jeter des pierres sur cette tête comme sur une cible.
Pendant ce temps un troisième corps a été sorti. Il était couvert de sang, l’épaule droite était toute bleue, le corps était complétement nu et a été jeté sur les deux autres corps sans être autrement mutilé. Immédiatement après, un quatrième corps a été sorti, il portait encore un pantalon kaki, le torse était nu, un bras avait été arraché, le droit je crois. Je ne sais pas s’il était encore vivant, mais à sa vue un marocain s’est jeté dessus et a ouvert le ventre d’un coup de couteau. Un flot de sang a jailli et ceux qui étaient le plus près se sont rués pour boire ce sang. Celui qui était armé du couteau a continué à découper les morceaux de chair qu’il donnait aux autres, lesquels allaient les jeter sur les autres débris, à l’intérieur du chantier.
Un quart d’heure plus tard environ, un cinquième corps, puis un sixième ont été sortis. Je ne me souviens plus lequel, mais un des deux était encore en vie et les manifestants lui ont écrasé la tête à coups de pierres. Ces deux nouveaux corps ont été jetés sur les autres, puis les émeutiers ont décidé d’aller chercher l’essence pour y mettre le feu. Ils sont alors allés vers un garage situé en bas de l’immeuble où nous nous trouvions et quelqu’un a crié qu’il y avait également des européens à l’intérieur. Ils ont commencé à frapper contre la porte et le propriétaire est sorti. Il leur a dit que les européens qui habitaient là étaient partis en ville nouvelle le matin même et les a invités à visiter la maison. Ils sont entrés dans l’appartement occupé par ma famille et n’y ont rien trouvé. Ils seraient peut-être montés jusqu’à nous, mais à ce moment là des cris ont retenti signalant la présence de deux autres policiers dans la cave de DAR BAROUD. Tous les émeutiers se sont alors rués à nouveau en hurlant vers le poste, et en effet deux nouveaux corps ont été sortis et ont été jetés sur les autres. Le tout a été arrosé d’essence et ils ont mis le feu, puis ils s’en sont désintéressés, pour se diriger vers le cinéma situé derrière l’immeuble où je me trouvais auquel ils ont mis le feu. Ils ont encore allumé divers foyers d’incendie que je n’ai pas pu situer exactement et ont commencé à se disperser en raison de l’ordre de couvre- feu qui circulait. C’est à ce moment qu’une petite voiture a commencé à circuler au milieu des émeutiers. Quelqu’un parlait, à l’aide d’un haut-parleur en arabe classique. Je n’ai pas compris ce qui était dit. Mes voisines marocaines m’ont dit qu’il excitait les émeutiers et les invitait à continuer la révolte. Quelqu’un a dit qu’il s’agissait d’un instituteur. Je ne l’ai pas vu et n’ai pas pu distinguer la petite voiture qui le transportait. Les derniers corps ont été sortis de la cave vers 19 heures.
Je ne connais aucun des Marocains qui participaient à l’émeute, mais je peux vous décrire celui qui était armé d’un couteau, égorgeait ou découpait les têtes. Il s’agit d’un Marocain de quarante à quarante-cinq ans, de corpulence forte, la tête rasée. Il a le nez complètement écrasé, un fort double menton et un énorme bourrelet dans la nuque. Son allure générale est celle d’un boucher. Il était vêtu d’une djellaba grise, chaussé de babouches grises assorties et coiffé d’un chèche blanc qui avait glissé de sa tête autour de son cou.

Entre minuit et une heure du matin, alors que je me trouvais à nouveau sur la terrasse où nous avions organisé un tour de guet, j’ai vu arriver un camion à ridelles qui est venu se ranger contre le chantier où se trouvaient les cadavres Trois marocains occupaient le camion. Ils ont chargé les restes de cadavres à l’aide de pelles, puis j’ai nettement entendu l’un d’eux dire au chauffeur : « A l’AGUEDAL ». ***

Le lendemain, vers 7 H 15 j’ai pris mon jeune frère avec moi et alors que la rue était encore déserte, je suis sortie pour venir me réfugier en ville nouvelle. Les assès m’ont laissé passer. Au moment où je passais devant DAR BAROUD j’ai vu une jambe au milieu de la rue, elle était coupée à mi-mollet, chaussée d’un soulier noir, et un lambeau de pantalon kaki était encore enroulé autour. Un peu plus loin, un lambeau de chemise écossaise de teintes vert, jaune rouge. Des Assès en tenue marron interdisaient l’accès du chantier où les corps avaient été transportés la veille.

Je vous ai dit tout ce que j’ai vu
Lecture faite, persiste, signe et signons

cadavresmaroc

*Émile Mauchamp (né le 3 mars 1870 à Chalon-sur-Saône, Saône-et-Loire – mort le 19 mars 1907 à Marrakech, Maroc) était un médecin français, qui fut assassiné à Marrakech, près du dispensaire où il exerçait.
**Drap blanc ou Haïk que les femmes se drapaient sur le corps, ne laissant voir que les yeux
***Aguedal : grand bassin d’accumulation d’eau, situé dans la médina

Oriana Garibaldi

 

 

 

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