Bas les masques : Tarik Ramadan ne condamne pas les islamistes maliens, mais tape sur la France.

«La seule vraie réponse qui doit être la nôtre, la vôtre, en tant qu’Africains, c’est celle de montrer que non seulement vous êtes dans l’histoire, mais que vous être en train de la faire et vous allez faire l’avenir. Que l’Afrique, que cette conscience qu’est la vôtre à partir de vos références, de vos racines n’a pas forcément besoin de répondre à l’image que l’on se fait d’elle à partir de l’occident. Elle a besoin de répondre par l’image venant d’ici. C’est ici que les choses se jouent (…) Donc, au lieu d’être les victimes d’un discours de la France, soyez les sujets de la libération africaine, c’est-à-dire de la présence, de la dignité, de l’avenir. Ça c’est votre réponse. Ce n’est pas une réponse verbale, c’est une réponse concrète, d’être humain, de pratique, de réalisation».

Tel est le discours que Monsieur Tarik Ramadan tient aux Sénégalais, à l’heure où la France donne la chasse à des types qui voulaient faire du Mali un Etat terroriste. Chasse implorée par ceux-là même à qui s’adresse notre distingué vendeur international de loukoums piégés.

Au-delà des analyses et considérations sur la situation globale du continent, il est intéressant de lire entre les lignes de ce poulet au miel. Passant sous silence, comme l’immense majorité de ses co-religionnaires, l’énorme risque auquel échappent ces jours-ci les Maliens et leurs voisins (dont le Sénégal), Monsieur Ramadan leur dit en gros ceci : la communauté eut accepté, quoi qu’il fût arrivé, le sort réservé aux habitants du Mali, car ce sort est entre les mains de Dieu, et Dieu seul est apte à décider ce que doivent devenir les peuples. Votre incapacité à fédérer vous-mêmes les énergies pour faire face au soi-disant péril djihadiste montre que vous n’êtes pas tout-à-fait prêts à faire l’Histoire. À cet égard, le discours de la France prétendant vous venir en aide n’est rien d’autre qu’une tentative néo-colonialiste de vous soumettre une fois de plus. Vous auriez donc dû accepter la loi de Dieu imposant la charia chez vous par le biais de ses soldats les plus déterminés, car là sont pour de vrai la présence, la dignité, et l’avenir par la libération.

Voilà ce que sous-entendent ces mots à l’heure où les instruments de la servitude se dispersent dans le désert et les montagnes du nord-Mali. Ai-je entendu Monsieur Ramadan dénoncer les terribles exactions des soldats en question avant que Bamako appelât à l’aide? Non. L’ai-je vu courir d’une capitale musulmane à l’autre pour affirmer que l’Afrique devait se saisir d’urgence du problème et lever, seule, l’armée capable de débarrasser le Sahel de sa pollution fondamentaliste? Non. Ai-je lu l’une ou l’autre de ses proclamations appelant les diverses « sectes » dévastant l’Afrique sahélienne à cesser immédiatement de martyriser les populations? Non.

Monsieur Ramadan tape sur la France, ce qui lui est d’autant plus facile que cette gourde emplumée lui ouvre encore en grand la porte de ses universités, de ses mosquées, de ses journaux et de ses plateaux de télévision. Comme si elle redemandait de ses prêches à entrées multiples. Comme si elle n’avait pas encore compris que cet ami de sa culture et de ses traditions, ce pur esprit seulement occupé de fraternité, de paix et de consensus, travaillait en vérité contre elle, de toutes les forces de son engagement.

Les Français, eux, ont aujourd’hui démystifié le bonhomme. Ils ont compris, pour cela il a fallu les aider de façon répétitive. Ils se posent, concernant le silence de Monsieur Ramadan sur le Mali, les mêmes questions que moi et s’interrogent sur les étranges collusions de leurs gouvernants avec cette dangereuse passerelle. Ils pensent à leurs soldats, à ces hommes désintéressés que Monsieur Ramadan passe par pertes et profits de son utopie trans-nationale. Ils aimeraient bien, eux aussi, que l’Afrique s’en sorte toute seule. Ils savent que l’heure n’en n’est pas encore venue et se confrontent un peu plus chaque jour aux risques que quarante années de mépris pour eux ont fait naître dans leur propre pays.

La Corrèze avant le Zambèze, affirmait Raymond Cartier, et les Sénégalais traiteront Monsieur Ramadan comme ils le voudront. Nous sommes au Mali, en urgence, pour une cause juste trop longtemps négligée. La cause de la France vaut elle aussi que des gens tels cet homme y soient empêchés de répandre le brouillard toxique de leurs arrière-pensées.

Alain Dubos

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