Beaubourg-Versailles, deux expositions, deux mondes : l’un sale et l’autre pas !

En deux jours j’ai fait un voyage que n’auraient pas renié les professeurs Lidenbrock – Voyage au centre de la terre, de Jules Verne – et Challenger – Le Monde perdu, d’Arthur Conan Doyle –, ces deux explorateurs qui visitèrent d’autres mondes. Moi aussi, j’ai visité des mondes étranges…

J’ai tout d’abord exploré un monde de vulgarité idéologique et vindicative, qui émoustille tant l’aréopage parisien, pour ensuite me réfugier dans un autre, nimbé de cet état de grâce qui fait de notre pays ce qu’il est aux yeux du monde. Mais permettez que je vous raconte ma petite histoire qui, à défaut du « sud de la France, au pays des santons », comme chantait Hugues Aufray, se passe à Paris et Versailles, entre Beaubourg et le château où, jadis, se levait et se couchait un soleil.

Émoustillé par les dithyrambes gauchistes lus çà et là, je décidai de m’enquérir sur place de la rétrospective consacrée à la peintre américaine Alice Neel, au Centre Georges-Pompidou. Eh bien, je ne fus pas déçu, puisque je venais y chercher rien moins que l’art, expression à prendre au sens originel le plus négatif !

Alice Neel coche – enfin cochait, elle est morte en 1984 – toutes les cases du progressisme, qu’on appelle aujourd’hui wokisme : antiraciste, antipatriote, porte-étendard des minorités, dégoût de la maternité, et j’en passe. De nos jours, elle copinerait volontiers avec Sardine Roussette !

La peinture d’Alice Neel pourrait être intéressante si elle ne se complaisait pas dans la laide paresse. Non qu’il faille privilégier absolument le beau en art – sauf à jeter au feu L’Enfer de Dante ou Judith décapitant Holopherne, du Caravage ! –, mais l’art implique un minimum de volonté créatrice. Ou alors, versons dans l’humour à la manière de Marcel Duchamp et sa fontaine, en fait une pissotière. Hélas, Alice Neel n’est même pas drôle.

Évidemment, avec une telle exposition, je ne devais pas m’étonner de cette mélasse interlope de visiteurs où de nombreux garçons affichaient leur refus de genre, avec force maquillage et codes vestimentaires caricaturaux à souhait, et inversement pour certaines filles. À force de ne pas vouloir être ce que l’on est, on finit par n’être rien qu’un épouvantail informe.

Passons et concentrons-nous sur les toiles exposées sur des murs, la plupart sombres comme la perspective qu’ils offraient. Notons d’emblée que les visages noirs peints étaient les seuls joliment représentés, là où les portraits blancs recelaient toujours quelque chose de déliquescent, façon fin de race, jusqu’à une actrice porno sur le retour, dont je vous épargnerai l’image aussi futile que gratuite, et prétendant dénoncer la condition des femmes. Autre chose, la plupart des Blancs portraiturés appartenaient au milieu intellectuel new-yorkais, c’est-à-dire pas le prolétariat de Détroit, si vous me suivez bien !

Las de cet étalage de platitudes et d’ennui, le lendemain, je sautai dans le train, direction l’exposition consacrée au tricentenaire du retour du roi Louis XV à Versailles, domaine abandonné le temps de la Régence : « Louis XV, passions d’un roi ».

Quel contraste avec l’exposition précédente ! Versailles avait mis les petits plats dans les grands et s’était vu prêter des documents si précieux qu’ils sont très rarement montrés au public, dont le testament de Louis XIV. Testament cassé après sa mort par le Régent Philippe d’Orléans, dont les pouvoirs avaient été limités par le vieux roi.

On montait tout d’abord un grand escalier, surmonté de part et d’autre d’imposantes statues évoquant des figures de notre roman national, pour arriver à l’exposition proprement dite où les ors et les arts du XVIIIe siècle français nous replongeaient sans effort dans une époque où le raffinement n’était pas un vain mot.

Époque où madame de Pompadour, la favorite qui devint ensuite l’amie et confidente du roi, régnait à sa façon sur le goût à la cour. Des portraits de la famille royale – dont ces dames, filles de Louis XV, empruntant un chemin appelé à de plus tragiques destinées, pour ceux qui ont lu mon article sur la bataille du Chemin des Dames – émaillaient la visite. Portraits d’une douceur exquise.

De la vaisselle, des meubles et des objets tous plus raffinés les uns que les autres complétaient le parcours, où, note plus sombre et tragique, le supplice et l’exécution du régicide Robert François Damiens avait sa place. Louis XV, très légèrement blessé par son agresseur, lui avait pardonné mais le roi, qui ne s’appartenait pas, dut cependant se rendre à la raison d’État, et l’exécution du pauvre bougre fut particulièrement atroce.

Ces deux expositions mises en vis-à-vis racontent finalement l’état culturel de notre société : d’un côté la déconstruction sordide et de l’autre, l’attachement non pas à des valeurs – le XVIIIe siècle recelait lui aussi ses licences – mais à l’éblouissement artistique qui, quelle que soit notre condition sociale, nous élève au-dessus de notre réalité.

À Versailles, tout un chacun peut en effet jouir de la magnificence des lieux et s’alléger du poids parfois bien lourd de sa vie. Et ce serait faire injure au peuple que de croire qu’il n’est bon qu’à subir les déjections diverses et variées de pseudo-artistes contemporains. Car je reste convaincu que ce peuple préférera toujours se perdre dans les jardins de Le Nôtre plutôt que dans les manifestations crasseuses de l’anti-art.

Picasso disait : « L’art lave notre âme de la poussière du quotidien. » Aussi, croyez-moi, à l’aune de ce que j’ai vu, lavez-vous à Versailles plutôt qu’à Beaubourg !

Charles Demassieux

(Photos : Charles Demassieux)

 

 

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13 Commentaires

  1. La France est en déclin depuis Louis XV . Abandon du Canada , du Missisipi, des Indes aux Anglais, les plaisirs de ces dames dans des salons bavards décadents , Un roi laissant le déluge comme avenir.. A vomir, pire que notre époque.

  2. Les tableaux hideux de cette pseudo artiste prograisseuse valent largement ceux de Soutine ou de Chagall (Chat gale) .
    Une fois agréés par les merdeux parisiens ou nouilles orcais  » du Snobistan , ces merdes croûteuses deviennent des oeuvres célèbres .
    HALLUCINANT

  3. Cette comparaison est inutile; je vous désapprouve. Versailles ne tient rien moins que du merveilleux mais Alice Neel, ce n’est pas si nul. Qu’importent ici les pensées « woke, genre etc », son coup de pinceau est bien vu et son art du portrait a dans sa grande qualité la possibilité de révéler la misère humaine personnelle que chacun aimerait cacher. J’irai voir, en amateur d’art, et pas, c’est promis, en bobo extasié.

  4. la commode en photo est celle de Mme Du Barry attribuée à Cardin et offerte par Edmond de Rotschild au Louvre en 1990 .(dation / impôts ??)

  5. Outre le fond, c’est un plaisir de lire une telle prose, soignée et riche !

  6. Cette comparaison est ridicule ! On achète pas une Lamborghini comme on achète une 2CV, l’un n’est pas mieux ou pire que l’autre, ce sont deux approches différentes ! IL y a du bel art contemporain et certaines expos à Beaubourg sont tout à fait passionnantes ! Et ce n’est pas parc eque le Château de Versailles n’expose pas du Pollock ou du Kandinsky, que c’est nul ! SVP, que Riposte Laique se cantonne au social / politique mais pas en goûts artistiques, merci !

    • Votre réponse imbécile démontre que vous ne savez pas lire. J’ai sans doute vu plus d’expositions à Beaubourg que deux fois votre âge et j’ai la prétention de mieux connaître l’art que vous. Parlez-moi des surréalistes, des futuristes, de Kandinsky ou Mondrian, d’accord, mais Alice Neel est vulgaire et médiocre. Rien à voir avec sa compatriote Georgia O’Keeffe ! Crétin !

      • c’est vrai qu’à choisir je préfère et de loin Kandinsky et aussi Lanskoy ( j’en ai offert un à ma fille ) ou Mathieu injustement sous coté à mes yeux .

  7. C’est sûr, la différence est flagrante !, que voulez vous l’art Français est en declin depuis le 20ème siècle comme celui de l’industrie depuis les années 80, l’age d’or est hélas revolu, et voir toutes ces merveilles nous donne un sentiment de nostalgie d’un monde perdu « in arcadia ego »

  8. À la longue à trop le regarder le noir fatigue. Mais fermer les yeux n est pas la solution.

  9. EXCELLENT! Merci pour cette comparaison entre ces deux expositions.

    La haine du « blanc » par un blanc est en fait la traduction de la haine de soi conséquence d’un mal être personnel.

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