Belgique : Une vraie école, comme en Suisse ?

Publié le 18 février 2021 - par - 12 commentaires - 689 vues
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Il y a 2 500 ans, Platon, un des plus grands philosophes de tous les temps, a observé que l’émulation – dans le cadre d’une bonne éducation, d’un bon enseignement – pouvait faire dériver l’agressivité naturelle des jeunes vers l’ambition de se surpasser, de surmonter des épreuves difficiles. L’émulation participe de la vie adulte et l’enfant doit s’y entraîner pour devenir un membre efficace, digne, de sa société.

L’émulation est interdite dans nos écoles ! Les écoles sont devenues des garderies où la bienveillance, l’égalité et donc l’indifférence pour les prestations individuelles, sont la règle. (1) Beaucoup d’entreprises se plaignent du résultat de cet enseignement qui handicape leur fonctionnement. Et on peut se demander s’il ne serait pas utile de s’inspirer du système suisse.

Les parents d’Adrien – 13 ans – s’installent en Suisse. Il vient de passer l’examen d’entrée d’une école genevoise. Ce n’était pas brillant – il a l’excuse de venir du système français – et on lui a expliqué qu’il était « au niveau 1 » de sa classe, qu’il pourra arriver au niveau 2 et puis 3 s’il fait les efforts nécessaires. Adrien est bien décidé à progresser.

Observons qu’en Suisse la sélection pour une filière d’enseignement se fait très tôt – juste après l’école primaire – et que de multiples passerelles permettent de bifurquer en cours de route. Le jeune motivé qui se découvre don et ambition peut donc à tout âge décider de changer de voie. Il lui faudra du courage, l’émulation l’aidera et, quelles que soient les études suivies, il sait qu’il sera respecté : il n’est pas question en Suisse de la chute cran par cran si pénible en Belgique ! Toutes les études demandent de vraies compétences (2), du vrai travail et toutes sont estimées car utiles au pays, toutes assurent la dignité de celui qui les a réussies.

En Suisse, on peut envisager un apprentissage après l’obtention de la « maturité gymnasiale » (l’enseignement général en Belgique) comme on peut envisager des études supérieures après l’apprentissage. Des contrôles sont prévus et on ne risque pas de voir des étudiants rater trois fois de suite la même année parce qu’ils ont cru – ayant réussi les études secondaires – être capables de « tout » réussir. Cette souplesse est remarquable et réussit à la Suisse.

En Belgique, on a décidé de regrouper tous les élèves commençant le secondaire dans un « tronc commun » identique (3), lit de Procuste des dons des élèves,  avant de leur permettre de faire un choix, choix qui les liera pour le reste de la vie s’ils ne « tombent » pas en cours de route. Ajoutons que la formation professionnelle en Suisse se fait d’office en milieu professionnel alors qu’en Wallonie le CEFA est réservé à ceux qui ont d’abord « tout  raté » à l’école : valorisant !! Quelle différence avec la Suisse où les élèves sont regroupés selon leurs capacités, où ils peuvent se développer, évoluer… changer de canton si cela apporte un avantage : en Suisse l’émulation existe même entre cantons qui organisent librement leur enseignement…

Terminons par une observation générale : en Suisse règne la discipline, discipline acceptée, renforcée par l’émulation. Certains diront que la Suisse n’est pas la Belgique et j’ose répondre : la Belgique a connu la discipline, l’émulation, la dignité – la renommée internationale pour ses techniciens ! – et il n’y a vraiment pas de raison à l’existence de « garderies » qui préparent les jeunes à devenir des adultes frustrés, adultes incités à la facilité, à la tricherie,  et comprenant trop bien qu’ils ne sont pas ce qu’ils auraient pu devenir.

Mia Vossen

(1) Des écoles, comme l’École du Dialogue de John Rizzo, obtiennent des résultats remarquables : chacun peut et doit montrer de quoi il est capable.

(2) Pas de cours « de haut niveau » pour montrer que « tout le monde est capable », cours inutiles que souvent même le prof ne comprend pas…

(3) Tronc commun qui permet un maximum d’économies sous prétexte d’enseignement démocratique… « Le lit de Procuste » était le lit où ce personnage grec mythique couchait ses victimes : celui qui était plus long que le lit était raccourci, celui qui était plus petit était étiré…

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Notifiez de
petit

En France c’est comme en Belgique apparemment, le nivellement par la base, pas une tête ne doit dépasser, ce serait vexatoire pour les cancres, pas de ça chez nous allons.
Un norvégien m’a expliqué que c’est comme ça aussi chez eux, études très bon marché mais niveau maintenu à un niveau seulement moyen, du coup ils manquent de grosses têtes.

Anne Lauwaert

En effet, en Suisse il ne faut pas s’étonner quand le fils du voisin commence par un apprentissage de maçon et que quelques années plus tard il sort de polytechnique… ou la fille du voisin fait un apprentissage de coiffeuse ensuite la maturité professionnelle et quelques années plus tard est ingénieur agro-alimentaire. Mais ça signifie du travail ! de la persévérance et le soutien de la famille. Commencer par un apprentissage a l’avantage d’apprendre la vraie vie, ensuite ceux qui veulent « continuer » le font parce qu’ils le veulent.

En France, il fut un temps où des bons points sanctionnaient le travail quotidien (ceux qui en avaient et ceux qui n’ en avaient pas, ceux en ayant beaucoup et ceux en ayant peu); chaque mois étaient inscrits au tableau d’ Honneur les trois meilleurs de chaque classe; en fin d’ année, des prix étaient remis aux meilleurs élèves en présence des familles: généralement de très beaux livres reliés en édition complète.
Ce temps-là s’ acheva en 1968 et ce fut le début de l’ effondrement de l’ enseignement français qui se spécialisa dans l’ élevage des bourriques!

Heraklite

C’est faux. J’ai connu les bons points et la distribution de prix qui étaient également des livres en primaire et ce, après 68.

Jean05

Soit, le processus n’a peut-être pas eu lieu d’un coup, il a pu s’étaler sur des années, mais il a bel et bien eu lieu. Enseignant à l’Université, j’ai pu voir quels ânes incultes et quasi-illettrés on nous envoyait.

Heraklite

Normal les meilleurs lycéens ont toujours fait leurs études dans des filières sélectives, sanctionnées par des concours : classes prepa et sinon en fac de médecine. En maths sup, on nous enseignait un certain mépris de la fac. Mais je vous confirme que mes camarades de prépa n’excellaient pas en français. Moi j’adorais ça et j’admirais d’ailleurs Vian au lycée pour son double bac. Comme quoi, 68 n’a pas ruiné ma scolarité.

Jean05

Je suis bien d’accord avec vous (j’ai fait moi-même, avant 68, hypokhagne, khagne, Normale Sup’, et agrégation, donc la voie des concours)… mais c’est peut-être justement en raison de cette sélectivité que les prépas sont maintenant menacées, et que Normale Sup’ recrute de plus en plus sur dossier et s’aligne de plus en plus sur le mode de fonctionnement d’une université ordinaire. L’X évolue de même. L’ENA aussi, qui certes partait de moins haut, mais qui vient de supprimer l’épreuve de culture générale et recrute de plus en plus sur dossier et sur “motivation”. Les meilleurs seront toujours d’excellent niveau, mais l’ensemble baisse, et parfois s’effondre.

Heraklite

La sélectivité est indispensable, tant que c’est équitable, pour nous tirer vers le haut à titre collectif. On ne peut que se réjouir de chercher à viser l’excellence : de l’ouvrier à l’ingénieur, de l’agriculteur à l’artisan, du médecin au militaire, … Je crois ainsi aux premiers de cordée chers à Macron mais dans tous les métiers. Inversement, je n’imagine pas que tout le monde puisse en être mais s’efforce de faire de son mieux. Je m’interroge en revanche sur la hiérarchie des métiers réglée par l’économie quand elle conduit à la hiérarchie des citoyens dont certains survivent et d’autres se goinfrent. Il ne s’agit pas seulement de social au sens politique mais d’éthique au sens philosophique et spirituel.

zéphyrin

ouais et la distribution de poings aussi….nous étions tous des “agités” qui ne baissaient ni les yeux ni la tête (sourire)

Heraklite

Pas moi. J’étais passionné par l’école.

Duval

Vous parlez d’un temps qui n’existe plus hélas… Tout s’écroule en France et depuis l’invasion migratoire… il faut être honnête et le dire. Si la suisse continue à laisser entrer les mêmes individus et faire comme ici alors ils seront dans les mêmes problèmes très vite…

dan25

j,ai connu ca avant 68…..vous avez tout a fait raison…

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