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Bellamy n’incarnait pas ce qu’est devenu LR

Nombreux sont ceux qui s’étonnent ou se désolent du score de LR aux européennes. Deux facteurs devraient pourtant être pris en compte.

La tête de liste : celle-ci, atypique chez LR et dans le paysage politique, mena une campagne qui fit découvrir une inhabituelle façon de penser son action. Brillant, clair dans ses propos, il redonna hauteur et profondeur de vue à la fonction politique.

Aux yeux de la droite à refonder, celle qui ne conçoit quelque alliance avec LREM, comme celle des proches du RN, une erreur vint cependant entacher son parcours : celle d’être tombé dans le piège d’avoir eu à dire une préférence entre l’Europe de Macron et celle de Marine. Les électeurs du parti de celle-ci lui pardonneront-ils ? Rien n’est moins sûr, à moins qu’il ne s’en dédise.

Mais cette élection n’était celle d’un homme , aussi bon candidat fût-il ! Car sinon comment comprendre qu’une Nathalie Loiseau obtînt plus 23 % des voix ? Sans charisme personnel ni brio des propos, sa campagne fut bien terne, ne sortant aucunement d’un discours convenu sur « l’urgence écologique » et un « plus d’Europe » qui seraient nécessaires, mais dont l’abstention et le mouvement des Gilets jaunes montrent que les Français se foutent un peu.

Non, il s’agissait en fait de l’élection d’un parti. Or Bellamy n’en était la figure historique et ne pouvait l’incarner. Dès lors , comment ne pas comprendre la chute d’audience subie par des LR déchirés dans un parti dont le président se vit contesté dès qu’il en prit la tête ? Un parti dont s’éloignèrent des cadres notables, jeunes – Philippe, Darmanin, Mariani – ou vieux : Juppé. Un parti au sein duquel un ancien Premier ministre, Raffarin, crut bon de soutenir la tête de liste LREM tout en revendiquant de rester au sein des LR… Des LR dont tant de figures critiquèrent le choix de Wauquiez, et qu’ils soutinrent tardivement et en se pinçant le nez : Larcher, Pécresse et Estrosi… Ceux-là firent-ils bon ouvrage pour ces élections ? LR demeure entre une ligne droitière (guère éloignée du RN), et une ligne sans autre valeur que celle de la recherche de poste et de propos consensuels mous, politiquement corrects… Cette fracture interne que Wauquiez ne sut résoudre, fut ici trop visible.

Mais entre deux défiances, il leur va falloir choisir, sauf à se retrouver coquille vide :

– D’une part la défiance envers la ligne de droite populaire chez ceux qui craignent une connivence idéologique avec le RN fait fuir cadres, élus et électeurs boboïsés ;

– De l’autre les compromissions de l’ex-parti gaulliste avec tous les corrects imposés par la gauche et les médias – corrects politiques, sociétaux et religieux, voire civilisationnels – ajoutés aux réelles connivences d’avec une pensée mondialo-socialiste régnant à Strasbourg -, méfiance ressentie par le peuple et la vraie droite.

Ainsi les ex-électeurs LR partirent, qui chez Macron – en dépit de la personnalité de sa tête de liste, et car ils ne voulaient voir Bardella en vainqueur – qui au RN ou ailleurs… à la pêche. Bellamy ne put dès lors que retenir ceux qui croyaient voter pour lui… En se trompant d’élection ! En ne voyant que lui, sans le moindre regard sur ses colistiers…

Cette base « bellamiste », 8,5 %, réunie sur sa seule personne, est le socle sur lequel LR peut reconstruire en s’affirmant clairement de droite, en marquant un refus clair et net de compromission, en France comme à Bruxelles, avec les libertaires de la Macronie. Là, la seule voie possible, car l’autre continuerait de lui faire perdre sa base droitière et populiste – celle qui vote comme celle qui ne vote plus.

Le reste de ce qui composait l’électorat LR préférera toujours l’original (LREM) à la copie qu’en deviendrait un LR tirant vers le même bord et offrant un succès bien peu garanti devant ce qu’ils voient comme « l’hydre populiste du RN »…

Nombre de Français reviendraient-ils ? Ce ne peut être que le travail des élites d’en montrer la nécessité pour le bien de la France ; élites de la pensée qui défendent l’identité de la France (Bellamy, Villiers, Zemmour, Rioufol, Finkielkraut, etc.). Et élite religieuse le jour où les clercs rappelleront dans les médias les principes non négociables que sont la défense de la vie ; le souci des pauvres, des handicapés et des vieillards ; et l’impossible adhésion à la franc-maçonnerie.

Où trouver ce renfort d’électeur ? Chez les partisans du Chirac, de Cochin, du RPR de 1988 et… chez les abstentionnistes.

Bertrand du Boullay