Benalla : les manœuvres de l’Élysée se retournent contre Macron

Publié le 22 janvier 2019 - par - 12 commentaires - 1 742 vues

De négligences en omissions, de dissimulations en contrevérités, le pouvoir fait feu de tout bois pour empêcher que soit connue la vérité sur l’affaire Benalla.

Les sénateurs de la commission des lois ont longuement interrogé le 21 janvier l’ancien chargé de mission de l’Élysée pour tenter d’obtenir des réponses aux questions que tout le monde se pose. À savoir : comment et pourquoi Alexandre Benalla a-t-il pu utiliser des passeports diplomatiques alors qu’il n’avait plus de fonction à l’Élysée ? Pourquoi ne lui a-t-on pas demandé de rendre le téléphone de service ultra sécurisé Teorem ? Qu’est-il allé faire en Israël, au Maroc, et au Tchad notamment où il a été reçu par le chef de l’État en décembre, une semaine avant la visite d’Emmanuel Macron dans ce pays ? À ces questions précises, l’ancien chef de cabinet adjoint de l’Élysée, licencié fin juillet 2018, a refusé de répondre au prétexte que la justice était saisie de l’affaire et qu’une information était ouverte par le parquet.

Une manière de faire un joli pied de nez à ces sénateurs un peu trop curieux dont l’obstination à vouloir connaître la vérité agace passablement l’Élysée. Qu’y a-t-il donc de si important à nous cacher? On se souvient que la commission d’enquête de l’Assemblée nationale avait été torpillée au bout d’un mois par sa présidente Yaël Braun-Pivet (Lrem). Faut-il rappeler les mises en garde adressées par la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, à la commission d’enquête du Sénat contre « l’empiétement sur le judiciaire » ? Les nouvelles révélations du Canard enchaîné (16/01/2019) sur « l’oubli » par l’Élysée de réclamer à l’ex- chargé de mission les « outils » qu’il utilisait lorsqu’il exerçait ses fonctions auprès de Macron ont relancé l’affaire.

À chaque audition l’étau s’est resserré un peu plus sur l’actuel locataire de l’Élysée. Et les efforts de ses collaborateurs pour tenter de lui sauver la mise n’ont fait que jeter un peu plus le discrédit sur l’exécutif. Ainsi Patrick Strzoda, son directeur de cabinet, cuisiné le 16 janvier et pour la deuxième fois par la commission d’enquête, soupçonne-t-il l’ancien collaborateur d’avoir falsifié un document pour obtenir un passeport diplomatique.

Empêtré jusqu’au cou

Une accusation grave qui a justifié à ses yeux la saisine du procureur de la République. Mais à l’Élysée on prend son temps. Alors que le directeur de cabinet a indiqué quelques instants plus tôt aux sénateurs avoir eu connaissance de l’existence de ce passeport de service délivré par le ministère de l’Intérieur en juillet, puis de l’existence du document réputé faux « dans le courant de l’automne » il a attendu, tenez-vous bien, le matin de son audition pour déposer plainte. Un manque de réactivité qui ne s’explique que par l’embarras dans lequel se trouve Macron, empêtré jusqu’au cou dans cette affaire.

Une plainte déposée d’ailleurs, remarquons-le, cinq jours seulement avant l’audition de Benalla par la commission d’enquête sénatoriale. « Est-ce que c’est précisément pour l’empêcher de répondre au Sénat ?» s’inquiète Marine Le Pen. Au fil des auditions, on découvre l’incroyable force d’inertie déployée par l’Élysée pour protéger Benalla. Alors que tout collaborateur du chef de l’État est tenu, comme il s’y est engagé par écrit en prenant ses fonctions, de restituer à son départ passeports, téléphone portable, cartes de cabinet, son épinglette macaron « présidence de la République » et surtout un pin’s tricolore, rien de tel pour l’ex-chargé de mission.

En dépit des courriers recommandés envoyés par le ministère des Affaires étrangères lui demandant la restitution de ses passeports diplomatiques, Benalla fait la sourde oreille. Une absence de réaction qui conduira le ministère à les invalider. Cette « invalidation de document n’avait pas de précédent » confira Jean-Yves Le Drian à la commission d’enquête. Son ministère attendra néanmoins le 8 novembre pour saisir celui de l’Intérieur dont on apprend à cette occasion « l’incompatibilité entre les bases de données des deux ministères ». Un aveu à peine croyable qui paraît inquiétant pour notre sécurité face à la menace terroriste!

Diplomatie secrète

En attendant Benalla a tout loisir pour se déplacer un peu partout dans le monde et rencontrer nombre de personnalités et de chefs d’État. Est-ce uniquement pour son compte personnel que travaille l’ex-gorille de l’Élysée, comme il le prétend, ou pratique-t-il une diplomatie secrète comme le laisse supposer la grande liberté d’action dont il jouit ? Toujours est-il que ce n’est que le 24 décembre 2018, à la suite d’articles de presse, que le ministre des Affaires étrangères se décidera à porter plainte contre lui. Et il faudra attendre le 11 janvier pour que l’avocate de Benalla remette les fameux passeports au ministère de l’Intérieur.

Mis en examen pour « utilisation abusive de ses passeports diplomatiques » – mais pas pour « faux et usage de faux » comme il s’est plu à le souligner devant la commission d’enquête – Alexandre Benalla joue sur du velours en s’abritant derrière l’enquête judiciaire pour ne pas répondre aux questions des sénateurs.

Son audition qui aura duré plus de deux heures n’a pas permis de lever complètement le voile sur cette ténébreuse affaire. Philippe Bas, qui préside la commission d’enquête, a relevé « beaucoup d’invraisemblances » et de « contradictions » dans le dossier. Il a aussi estimé que la question d’une éventuelle « protection » de l’ancien collaborateur du chef de l’État n’était pas « résolue complètement ». À noter d’ailleurs que Benalla, bien qu’officiellement lâché par l’Élysée, n’a jamais eu de paroles désagréables à l’égard de Macron. Au contraire, il lui a « souhaité de réussir ». Les deux hommes ne sont-ils d’ailleurs pas restés en contact jusqu’au 24 décembre dernier, selon les dires de Benalla ?

Saura-t-on un jour la vérité dans cette affaire? C’est « un mensonge d’État » juge François Grosdidier, l’un des membres de la commission d’enquête sénatoriale. Les sages de la Haute Assemblée vont devoir maintenant faire la synthèse des auditions menées depuis six mois. «On a du pain sur la planche » a lâché Philippe Bas. Les conclusions du rapport ne sont pas attendues avant plusieurs semaines.

Alain MARSAUGUY

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Notifiez de
Blanchey

Monsieur Marsauguy, ne cherchez plus. Il n’y a pas d’énigme Benalla ! Je dis idem à Zemmour et Naulleau qui hier soir encore s’interrogeaient en vain. Alexandre Benalla est le poulain de Macron qui l’a jugé apte à faire ministre de l’Intérieur de la “diversité” dans 10 ou 20 ans. Pour cela il lui procure un maximum d’ouvertures sur la politique et la diplomatie avec carrière accélérée de sous-préfet, préfet, préfet de région etc… La France étant bientôt sous domination métissée, notre PR prépare pour plus tard ses appuis et sa protection, et notre soumission aussi.

amandinelonchamp

Merci pour les pouces en l’air.

DUFAITREZ

Pour moi, un point reste obscur et peu médiatisé… Son “Mariage”.
Prévu qq jours après ses ennuis, à Issy les Moulineaux, sans bans, et… annulé en catastrophe. Bizarre !
Serait-il hétéro ? Macron doit le savoir.., car “je ne suis pas son amant” (sic).

patphil

ils ont beau minimiser l’affaire, ils ont honte des pratiques de l’élysée , il n’y a qu’à entendre leurs arguments sur les plateaux télés

eric delaitre

C’est bien vu, se faire protéger par une enquête en cours, c’est vraiment bien trouvé, et ça a fonctionné, j’ai bien aimé le chapitre ” pour mettre à l’abri ma femme et mon fils ” que c’est beau ! Le téléphone portable au fond d’un carton, également, “mais j’entends quelque chose sonner d’où ça vient ? “Coup ” bas ” chez les sénateurs, vous ne saurez rien, je vous ai fait paumer deux heures !

senechal

Les services officiels de protection en charge de l’élysée doivent se tordre de rire, ahahahah….
Mais chut!!!, ces gaziers tiennent à leurs places sous les plafonds dorés à l’or fin!.
Dans quelques temps nous connaitrons certainement le fond de cette histoire, quoi qu’il en soit, les vieux briscards des mandatures précédentes ne faisaient peut-être pas mieux, peut-être même pire, mais au moins ils enlevaient leurs gros sabots pour ne pas se faire remarquer!.

Colonel de Guerlasse

Vu sa position avant le 1er mai, et les magouilles avec le filou Crase pour monter une milice prétorienne à l’intérieur de l’Elysée, avec la bénédiction de Macron, il est certain que des services étrangers (et pas un seul) sont intéressés par ce profil. Le système MICE s’applique (Money, Idéologie, Corruption (sexe, drogue, fraude…), Ego). Ego c’est sûr. Sexe probable. Les fins limiers du Petit Nicolas sont ils sur le coup ? La DRM dort elle ?

Romanor

La vrai question est : Pourquoi ce bonhomme a autant de Privilèges ?
– on commence a connaitre Macron…son goût pour les esthètes exotiques… Fabrice Eboué le disait dans une vidéo…on se rappelle des soirées à l’Elysée…de son regard face au dealer de Guadeloupe…bref…il aime l’exotisme.
Donc j’émets cette hypothèse :
– Ben Allah pourrait être le gigolo de notre président….en contrepartie de son labeur, l’énergumène aurait pu négocier quelques menus avantages….
Car dans ce cas là ….et celui là uniquement…on comprend mieux la protection dont il fait l’objet.
Car pour quelles autres raisons aurait’il reçu autant d’avantages et n’a t’il pas été juste viré des le premier problème…. comme n’importe quel autre président l’aurait fait d’un simple garde du corps….????

Esprit critique

L’information ouverte par le parquet est un enfumage destiné a ce que Benalla justifie son refus de parler devant la commission du sénat !
Le Marocain nous explique c’est pour protéger l’enquête !
Foutage de gueule !

amandinelonchamp

Comment un homme peut-il utiliser un faux prénom pour travailler dans les hautes sphères dirigeantes d’un pays ? (d’après wilkipédia ,il serait né Rédoine Benalla) , comment se fait-il que de garde du corps, il soit devenu conseiller du président ? Et puis selon l’article 433-15 du code pénal , utiliser illégalement un uniforrme ou un insigne de la police peut être puni de 6 mois de prison et de 7 500 euros d’amende. c’est bien ce qu’il a fait quand il a tabassé des manifestants .On verra si Benalla est condamné pour ce délit.Cette étrange affaire risque de coûter à Macron sa carrière politique.

amandinelonchamp

Il invoque toujours l’article 73 du code pénal : ” Dans le cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement , toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police le plus proche” . par contre , il n’avait pas le droit de porter un brassard de la police.Voilà ce qu’il oublie Rédoine Banalla.

gigobleu

Un mensonge est un mensonge, un demi mensonge reste un mensonge et une demi vérité est toujours un mensonge … Et ce n’est pas Macron qui le contredira.

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