Benoît XVI, Sarkozy,Tariq Ramadan et la laïcité dite "ouverte"

Le Pape Benoît XVI vient d’intervenir dans le débat en cours sur la laïcité par l’intermédiaire d’une vidéo dans laquelle il s’exprime en français à l’adresse de personnes participant à une manifestion dite « Parvis des gentils », qui se tenait ces derniers jours à Paris. C’est donc bien la laïcité à la française qu’il vise lorsqu’il décrit ainsi la laïcité telle qu’il voudrait qu’elle soit :
 » Les religions ne peuvent avoir peur d’une juste laïcité, d’une laïcité ouverte qui permet à chacun et à chacune de vivre ce qu’il croit, en conformité avec sa conscience. S’il s’agit de bâtir un monde de liberté, d’égalité et de fraternité, croyants et non-croyants doivent se sentir libres de l’être, égaux dans leurs droits de vivre leur vie personnelle et communautaire en fidélité à leurs convictions, et ils doivent être frères entre eux. »
Que de pièges en peu de mots !
Déjà, le rapprochement des expressions « juste laïcité » et « laïcité ouverte » revient à insinuer qu’une laïcité sans qualificatif ne serait pas juste. Les termes de « laïcité ouverte » ne sont pas innocents. Ce sont ceux utilisés par Sarkozy dans son discours de Latran, et aussi dans son discours de Riyad ; nous rappellerons que notre hyper-président ne s’est pas contenté de comparer l’instituteur au curé en valorisant le second au détriment du premier ; il a aussi jugé bon de faire l’éloge des religions au coeur de l’islam le plus intégriste, en Arabie saoudite.
La « laïcité ouverte » est aussi une notion chère à Tariq Ramadan, qui la définit comme un « espace qui permet la coexistence des religions ». La laïcité mérite donc des éloges à proportion de sa capacité à s’effacer.
D’où cette question : qu’est-ce qui manquerait à la vraie laïcité, celle que la loi de 1905 organise avec précision, pour que nos religieux et leurs relais politiques soient satisfaits ? Que faudrait-il lui ajouter ou lui enlever pour que la laïcité puisse être louée par l’adjonction des qualificatifs « ouverte » ou « positive » ?
Y a-t-il quelque chose que la loi de 1905 refuse aux religions, alors même qu’elle accorde la liberté de conscience et la liberté de culte , dans le respect de l’ordre public ?
Que revendique Benoît XVI quand il  dit : « croyants et non-croyants doivent se sentir libres de l’être, égaux dans leurs droits de vivre leur vie personnelle et communautaire en fidélité à leurs convictions. » ?
On voit déjà qu’un certain pouvoir politique est demandé sournoisement ; au moins un pouvoir de chaque religion sur sa communauté, c’est à dire un pouvoir hiérarchique des autorités religieuses sur leurs fidèles. C’est légitimer toutes les surveillances communautaristes. C’est contraire aux libertés de l’individu, qui doit pouvoir prendre toute la distance qu’il veut par rapport à sa religion d’origine, voire la quitter.
On se demande aussi ce qu’il manque à la laïcité tout court (celle qui n’est pas qualifiée d’ouverte ou de positive) pour que le Pape soit satisfait des conditions dans lesquelles un croyant peut vivre sa vie personnelle en fidélité à ses convictions.
La laïcité offre une liberté complète dans le respect de l’ordre public. C’est à dire qu’elle marque aussi la limite au delà de laquelle la liberté religieuse cesse parce que les formes qu’elle pourrait prendre potentiellement ne sont pas compatibles avec ce qu’un pouvoir républicain et démocratique permet. La liberté religieuse ne permet pas d’organiser des sacrifices humains ; elle ne devrait pas permettre de cacher des femmes sous des voiles ou d’importuner des personnes supposées musulmanes au vu de leur faciès ou de leur nom pour s’assurer qu’elles suivent le jeûne du Ramadan. Elle ne devrait pas non plus permettre, au nom d’une pratique religieuse, d’envahir l’espace des autres. Ce n’est pas pas parce qu’un musulman veut faire sa prière à heures fixes que ses collègues kouffars doivent faire son travail à sa place.
La laïcité offre, c’est important,  des droits égaux aux croyants et aux non-croyants. Certes, Benoît XVI ne conteste pas ce point formellement, mais, lorsque la laïcité se transforme trop en un espace ouvert où les communautarismes religieux se déploient à l’aise, c’est bien le non-croyant (ou celui qui ne veut pas pratiquer tel rite précis) qui voit fondre son espace de liberté. On citera les nombreuses situations qui conduisent un consommateur ordinaire à manger de la viande sacrificielle sans le savoir.
La « laïcité ouverte » telle que Benoît XVI, Ramadan et Sarkozy essaient de nous la vendre, c’est la pluri-théocratie.
Léonidas
RÉFÉRENCES :
Benoît XVI célèbre la liberté, l’égalité et la fraternité ; par Jean-Marie Guénois ; Le Figaro des 26 et 27 mars 2011, page 11.
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