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Besson la culotte

La nouvelle est tombée comme une bouse de vache sur les pieds du fermier : elle a éclaboussé le bas du pantalon. C’est ce qui s’est passé avec la nomination de Philippe Besson au poste tant convoité de consul (même pas honoraire) à Los Angeles, Californie.

D’abord, pourquoi tant de foin pour une telle nomination ? Un consul ne sert pas à grand-chose, sinon à ramper comme le lèche-bottes du président en place. Macron l’a nommé, et alors ?

Pendant plus de vingt ans, aux États-Unis, j’ai lutté contre plusieurs consuls qui étaient censés parler de la France en bons termes et s’occuper de la propagation de la culture et de la langue françaises dans leur région.

Besson (la culotte) a été le porte-parole de la famille Macron dans son bouquin plein de morgue envers les Français et, surtout, portant aux nues de la réussite le conte de fées d’un élève enlevé par son professeur qui est parvenu au sommet de l’État. Personne n’est plus intelligent, plus beau, plus innovateur, plus réaliste que le nouveau dieu élu à Élysée. Aucune femme n’est plus ravissante, plus élégante, plus tendre, plus raffinée que celle qui a enlevé Macron le jeunot.

À son poste, Besson ne fera pas la promotion de notre culture mais plutôt de la propagande pour son bienfaiteur.

Quelques extraits de son bouquin que de nombreux  critiques considèrent comme « plat comme un trottoir » et sans intérêt, sinon de la flatterie, rien que de la flatterie :

« J’ai abdiqué ma neutralité (si j’en ai jamais eu). Je me rends compte que j’ai envie qu’il y arrive. » 

 « Peut-être le fait de m’inscrire dans cette tradition, les écrivains sont parfois intrigués par la conquête du pouvoir, dans sa dimension précisément romanesque, parce que des destins s’y révèlent, des destins s’y fracassent aussi d’ailleurs. Et puis, cet homme-là, Emmanuel Macron, me semblait être un sujet extraordinaire pour un livre au fond, parce qu’il partait à l’abordage comme un corsaire, précisément pas en position de favori. Il partait sans troupes, sans argent, sans histoire à 38 ans, et je me suis dit a priori, il y a peu de chances pour que ça marche, son aventure. Donc, quelqu’un qui s’invente un destin et quelqu’un qui lutte contre l’improbable, pour un écrivain, il y a une matière formidable. »

« Il pourrait avoir de Rastignac le côté jeune provincial monté à la capitale, banquier comme lui, libéral comme lui, même si je crois qu’il n’a pas son cynisme ». « Ça pourrait être Julien Sorel pour la dimension romantique et en même temps la passion pour une femme un peu plus âgée que lui, mais au fond, il s’est inventé son propre personnage. Il est devenu lui-même et il a forgé ce qu’il a montré aux Français. »

Devant un tel déferlement de louanges et d’éloges dithyrambiques, il est facile de comprendre que ce livre méritait récompense suprême. Un poste de ministre ? De secrétaire d’État ? Il y a déjà tellement de raclures et de nullités qui se prosternent devant Macron, le pantalon autour des chevilles ou la jupe relevée, que Besson n’avait aucune chance dans ce gouvernement. Alors, on le balance consul quelque part. Enfin il a reçu, dans sa casquette tendue dans le bureau du nouveau souverain, sa prébende.

Mais, comme dit auparavant : à quoi sert un consul et est-ce que son rôle est primordial dans  la dignité de son pays ?

J’en reviens à mon expérience car, au cours de ma carrière aux États-Unis avec le ministère des Affaires étrangères, j’ai rencontré de nombreux consuls : à San Francisco, à Los Angeles, à Chicago. J’avais surtout affaire à celui de la Windy City (Chicago) et nos rencontres n’étaient pas toujours agréables pour diverses raisons. Le premier reproche que je peux leur faire en général, c’est qu’ils ont un rôle élitiste. Je m’explique : les invitations lancées par le consulat pour les fêtes traditionnelles françaises, comme le 14 juillet, ne le sont qu’à une partie de la haute société triée sur le volet. Le petit peuple en est totalement exclu. Ces Américain(e)s avaient, au cours de leur jeunesse dorée, appris le français que certains parlaient avec dextérité. Ils étaient, par nature et carrière, proches de la France. Donc, inutile de les convaincre des valeurs de la culture française. Le verre de champagne à la main, un petit gâteau au bout des lèvres, ils se livraient dans ces cérémonies au jeu des chaises musicales avec élégance, un mot ici, une tendresse là, un geste familier plus loin. Cet assemblage de notoriétés n’apportait aucune valeur ajoutée à la France.

Lorsque j’avais affaire à eux pour des réunions de travail (que le personnel consulaire était le seul à organiser), je leur faisais part de mon propre travail : élaborer un programme révolutionnaire pour enseigner le français au niveau des écoles primaires, là où commencent la curiosité et surtout l’avenir des enfants. Étudier le français en 4th ou 5th grades (CM1, CM2) était beaucoup plus efficace que de tenir la jambe à des membres âgés d’un club de femmes qui avaient baigné dans la culture française vers les années 60/70. Eux s’intéressaient au passé, eux faisaient de la culture rétroactive tandis que je visais un horizon plus lointain. Je leur demandais alors de venir, par gentillesse, dans une école primaire où le programme de la classe franco-américaine venait de s’implanter. Ce fut toujours, pour des raisons d’emploi du temps, un refus. Les notables valaient mieux que les mômes.

Mais ce fut terrible avec l’un d’eux que j’appelais le Sapeur Camenbert : il m’indiqua que, par manque de respect et surtout par des effets de commercialisation (sic), mon détachement n’était pas renouvelé. Il m’a accusé de « vendre la culture et la langue françaises » au système scolaire des États-Unis comme un vulgaire  colporteur. Mais ma méthode, qu’il n’approuvait pas, était pourtant d’une terrible efficacité car, en 25 ans de détachement, le programme toucha plus de quatre millions d’enfants américains et fit passer l’enseignement du français devant l’espagnol qui avait pris la première place dans les années 70 grâce à la détermination des Cubains exilés qui voyaient dans l’enseignement un moyen de s’intégrer et de gagner leur vie. Les professeurs de français étaient comme des commerçants qui attendent sur le seuil de leur boutique que le client arrive. Les Cubains battaient la campagne, faisaient le tour des écoles primaires pour convaincre les gamins yankees que ce serait formidable d’apprendre une langue étrangère, la leur.

Alors, le rôle de consul dans une grande ville est, de toute façon, limité car il ne va guère au-delà des murailles de la cité. Il n’est qu’un gyrophare de la nation qui attire les gens bien de la haute et ne s’occupe pratiquement pas de la propagation de notre culture et de notre langue.

Par un moyen détourné, j’attendis qu’il fût remplacé par un autre qui, d’une plus grande lucidité, s’aperçut que mon travail aux États-Unis apportait des résultats considérables dans l’enseignement du français. J’ai été nommé « citoyen d’honneur » par de nombreuses villes dont Springfield, capitale de l’Illinois et ville d’Abraham Lincoln, ce dont je doute que cela arrive un jour à Besson ! Et les félicitations personnelles de Barak Obama, d’Hillary Clinton ! Attendons de voir ce que fera notre nouveau consul chouchouté à Los Angeles !

Le consul était parti ailleurs mais notre mission demeurait.

Philippe Besson jouera la même partition que celle du « Sapeur Camenbert », en espérant qu’il ne massacre pas ceux qui, beaucoup plus bas, au niveau du peuple, essaient de partager leurs valeurs avec la jeunesse américaine. S’il se tient à carreau et ne s’occupe pas trop de la couche prolétaire qu’il faut atteindre, alors il peut être un consul convenable, mais très limité en efficacité !

André Girod