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Beulin et Hollande, deux fossoyeurs des petits agriculteurs

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Le Pingouin, La Présidence de la République pour les Nuls sous le bras, a été copieusement sifflé au Salon de l’agriculture.

«Démission», «Casse-toi», «Bon à rien», «On n’est pas des migrants», «Connard», «Fumier», les bons mots et les insultes ont fusé tandis que le locataire de l’Elysée tentait un dialogue à la Hollande avec le monde paysan sur le thème le follien du «J’ai conscience de vos problèmes, mais je n’y peux rien, c’est la faute à l’Allemagne».

Reconnaissons à mou Président d’avoir eu le courage de venir à la Porte de Versailles.

Il n’est pas le premier à subir la colère des agriculteurs.

En 2001, Lionel Jospin, alors à Matignon, et son ministre de l’Agriculture Jean Galvany, avaient été sifflés par des centaines d’éleveurs bovins. Des œufs projetés dans leur direction. Sans les atteindre. Comme la bouse de vache qui est passée à côté de Hollande.

En 2008, Nicolas Sarkozy avait lâché dans ce même Salon, son célèbre «Casse-toi pauvre con» à un type qui refusait de lui serrer la main.

Cette année, après les ukulélés de Tahiti et les colliers de fleurs de tiaré, Hollande est brutalement retombé dans la merde quotidienne.

le-roi-soleilIl avait pourtant négocié avec Xavier Beulin, le patron de la puissante FNSEA, un ticket de visite sans incidents. Raté. Cette présence a fait l’effet d’un chiffon rouge aux yeux des éleveurs. «Mais qu’est-ce que Beulin fout avec lui? Alors qu’on crève, Beulin et Hollande se promènent main dans la main au salon, tranquilles.» 

Le paratonnerre Beulin n’a pas fonctionné et l’orage a méchamment grondé, éclair et foudre ont été au menu. Les ploucs se rebiffent. Contre Hollande, contre Le Foll, contre Beulin, considéré comme le véritable ministre de l’Agriculture.

Xavier Beulin n’a pas grand-chose à voir avec les paysans qui hurlent leur colère depuis des mois. Surnommé le «céréale killer», Beulin tire les ficelles de l’agro-industrie française, celle-là même qui entraîne la mort des agriculteurs.

Président du groupe Sofiprotéol (150 sociétés) rebaptisé Avril pour «symboliser la force du renouveau» (chiffre d’affaires 7 milliards d’euros en 2013), Beulin est partout. Il possède les huiles Lesieur et Puget, les œufs Mâtines, il nourrit les porcs, la volaille, le bétail, avec Glon Sanders, numéro 1 français de l’alimentation animale. On le trouve dans le soin et la génétique des bêtes. Il est également dans les moteurs Diesel avec Diester Industrie, champion européen du biodiesel (une vraie «rente de situation», selon la Cour des comptes en 2012 puisque l’entreprise bénéficie d’une exonération fiscale). Sans oublier les cosmétiques, les peintures, les matelas en mousse polyuréthane par l’oléochimie.

Beulin préside le port céréalier de La Rochelle, l’IPEMED (Institut de prospective économique du monde méditerranéen), un cercle de pensée fondé par Jean-Louis Guigou, mari de la socialiste Elisabeth Guigou.

En 2011, il a soutenu la proposition du sénateur Christian Demuynck (UMP) désirant transposer en loi française un règlement européen de 1994 sur la protection des obtentions végétales. De quoi s’agit-il? Les agriculteurs qui voudront ressemer leur propre récolte devront verser une «rémunération aux titulaires des certificats d’obtention végétale» que sont les semenciers. Quand on sait qu’Avril détient des participations dans Euralis Semences, Limagrain, RAGT Génétique, Serasem, les grands groupes semenciers français, on comprend mieux.

Beulin ne défend pas les petits agriculteurs, il les étrangle.

Il possède une exploitation de 500 hectares de blé, orge, colza, tournesol, maïs, pois protéagineux, dans le Loiret.

Il prétend y aller deux week-ends par mois (on n’est pas obligé de le croire). Le reste du temps, il est en voyage ou dans son fauteuil de P.D-G. dans un beau quartier parisien.

Les agriculteurs devraient choisir quelqu’un de moins dangereux pour les représenter.

Notre président pensait avoir acheté une matinée de visite en paix avec l’allègement de 7% des cotisations sociales des agriculteurs négociées avec Beulin en début de semaine.

On a vu le résultat.

S’il voulait réellement avoir du courage, Hollande, au lieu de négocier avec Beulin, se rendrait à Bruxelles. Là-bas, tapant sur le pupitre avec une de ses chaussures fabriquées en France, comme Khrouchtchev à la tribune des Nations unies, il menacerait l’Union européenne d’un Frenchexit, dirait sans défaillir de trouille que la France fermera ses frontières aux produits agricoles provenant des pays qui se foutent des normes environnementales et élèvent les animaux dans des conditions sanitaires à côté desquelles l’existence des rats d’égout est paradisiaque, qu’il demandera une taxe sur le lait, les légumes, les fruits importés pour qu’ils ne concurrencent plus les productions de l’Hexagone.

Mais Hollande ne fera rien.

Pour lui, -membre imminent de la caste – la France agricole est à l’image de la France industrielle, de la France des services publics, de la France de la laïcité, de la France de l’école: en faillite.

Et les «élites» se moquent de ces vieilles France.

Pour elles, ces France-là puent le moisi, le rance, le purin, la fiente, la connaissance, le service gratuit, la solidarité. Elles sont condamnées à disparaître dans la mondialisation. Les ploucs, les ouvriers, les facteurs, les instituteurs ne sont pas l’avenir de la nouvelle Terre (Terra Nova, pour les initiés).

Il n’y a rien à attendre de la prochaine élection présidentielle, tous les candidats sont sur la même longueur d’onde: le monde paysan est une survivance du XXe siècle qui doit rejoindre les musées des Arts et Traditions populaires. En attendant qu’ils ferment.

Marcus Graven