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BFM TV et les restos clandestins : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais »

Quelle ne fut pas ma surprise, hier, de visionner samedi dernier à 20 h 30 un reportage signé BFM TV sur… les restaurants et fêtes clandestines ! Un document d’une demi-heure, assemblage d’images smartphone filmées en immersion au milieu de jeunes qui dansent sur de la techno, verre d’alcool en main, de notables attablés dans des endroits chics, le tout en visage floutés… Avec, bien sûr, les commentaires inquisitoriaux maison, véritable marque de fabrique de la chaîne préférée de LREM, du gouvernement, du préfet Lallement et de bien d’autres : « images hallucinantes de ces jeunes irresponsables qui dansent collé-serré, sans masque, au mépris des gestes barrière, en oubliant les risques de propagation du virus » ; ou encore « les convives attablés se régalent des plats gastronomiques hors de prix servis en gants blancs, égaient leurs papilles et se moquent bien des consignes sanitaires ».

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai déjà du mal à condamner ces jeunes qui n’en peuvent plus des restrictions, ces restaurateurs sur le point de mourir, et qui ne peuvent faire autrement que de braver l’interdit. Pour moi, se réunir, faire la fête, dîner au restaurant ne sont pas, et ne seront jamais des délits. A fortiori dans un pays où la racaille prospère, fait la loi dans de nombreux quartiers, vit de trafics, viols, violences sans que BFM TV ne s’en offusque plus que cela. Que les journalistes aillent donc faire un reportage en immersion dans les cités, filmer les comptoirs de vente de drogue installés au pieds des barres HLM, et qui eux ne souffrent aucune fermeture administrative : la délinquance est là, pas chez les étudiants ou les restaurateurs.

Mais il y a mieux. On a appris cette semaine que le parquet de Lisieux a ouvert une enquête contre le journaliste star de la chaîne, Bruce Toussaint, suspect d’avoir participé à un dîner clandestin à Deauville. Alain Duhamel a lui-même avoué avoir dîné au Palais Vivienne, chez Pierre-Jean Chalençon, à l’insu de son plein gré, selon ses dires… En février dernier, le Canard Enchaîné avait révélé qu’une descente de police dans un restaurant clandestin de Balard avait surpris nombre de journalistes de BFM attablés à minuit, festoyant sans se soucier des mesures sanitaires. On comprend mieux dès lors la faculté de BFM TV à diffuser ce type de reportages en immersion : visiblement, les journalistes de la chaîne sont des spécialistes hors pairs, on peut même parier qu’ils pourraient nous vendre un annuaire des meilleures tables et dance floors clandestins de Paris…

Mais alors, comment s’ériger encore en donneur de leçons ? Comment se permettre de tancer, le sourcil froncé, ceux qui remettent en cause les restrictions, comment blâmer ceux qui souffrent de la situation, quand on se permet soi-même de passer outre la loi, pour continuer à vivre en privilégié ? Et nous, téléspectateurs, comment continuer à croire en de tels tartuffes, comment continuer à subir les leçons de gens si peu fiables, si peu recommandables ?

Olivier Piacentini