BHL, l’homme qui pense que la France est profondément raciste… malgré BHL !

Sur Canal plus, on a pu entendre un étonnant concert à plusieurs voix (1). Dominant l’orchestre par sa puissance vocale, un duo bien rodé était formé par Bernard-Henri Lévy et par un certain Hafid Rahmouni, porte-parole d’une association appelée Zy’ Va, que le beau Bernard nous dit connaître et soutenir. Quelques seconds et troisièmes violons meublaient la fosse d’orchestre et lançaient parfois une brève phrase musicale, juste assez pour fournir une transition et permettre aux deux ténors de rebondir.

Deux rôles principaux et complémentaires se donnaient la réplique et se soutenaient l’un l’autre. Le premier, joué par Rahmouni, claquait comme des cymbales, et consistait à dire à peu près : « Donnez nous des sous ou on va tout casser. » Le second, dominé par BHL, était tout en circonvolutions et en ruptures de registre ; des rondeurs enveloppantes semblaient parfois vouloir atténuer l’effet des menaces ; mais parfois aussi, elles se faisaient venin aigrelet, et venaient, en renfort des cymbales de Rahmouni, percer le tympan du contribuable français pour lui rappeler combien il mérite de payer pour expier son racisme.

Une voix off lance le thème : 150 000 euros de subventions ont été supprimées à des associations qui accomplissent pourtant, nous dit la voix, un travail remarquable ; au Petit Nanterre, par exemple, trois cents jeunes bénéficient de l’accompagnement scolaire par l’association Zy’ Va, celle de Rahmouni.

A lui, donc :

« Moi, depuis quelque temps, je me pose la question sur le fait que : est-ce que on ne doit pas, nous, en tant qu’acteurs associatifs, appeler a la révolte des banlieues pour qu’on ait un peu plus de subventions. »

Hé bien au moins, c’est clair ! Il poursuit :

 » … parce que les subventions baissent dans les quartiers ; les salariés, ce mois-ci, ne sont pas payés, et, à la rentrée de septembre, on a fermé pendant trois mois parce qu’on n’avait pas de quoi faire fonctionner l’association. »

Drôles de bénévoles, qui ne travaillent que contre salaire !

On commence à comprendre ce que « acheter la paix sociale » veut dire. Hors zone spéciale, il ne suffit pas qu’un chômeur crée une association et s’en déclare salarié pour que la collectivité subventionne l’association « bénévole » et paie le salaire !

On est un peu estomaqué. Heureusement, comme on nous l’explique, tous ces acteurs sont des gens responsables ; ils n’appellent pas à la violence (ah bon … j’ai du rêver, tout à l’heure …). BHL nous rassure pleinement :

« Zy’ Va, je les connais ; c’est des gens très très bien ; responsables. »

Ouf !

Il les connaît parce que (pur hasard, bien sur), Zy’ Va est aidé par une fondation « que » BHL s’occupe. Et lui aussi nous demande de passer à la caisse :

« J’en profite pour lancer un appel … une petite fondation que je m’occupe les aide … »

Nous respectons scrupuleusement ici la « grammaire » béhachélienne. Heureusement, Zy’Va, c’est une association qu’elle fait du soutien scolaire.

BHL poursuit :

 » … et je voudrais que d’autres les aident »

Pour qu’on comprenne bien, il précise :

 » … pour leur donner de l’argent, parce qu’ils font un travail extraordinaire à Nanterre et dans les banlieues. »

Pour être sur que notre chèque aille au bon endroit, il rappelle le nom de l’association qu’il s’occupe en faisant sonner les syllabes :

 » ZY’-VA »

Zyva, c’est justement l’association dont le porte-parole, Rahmouni, nous a menacés plus haut (  » …est-ce que on ne doit pas, nous, en tant qu’acteurs associatifs, appeler a la révolte des banlieues pour qu’on ait un peu plus de subventions. »). C’est fascinant, cette façon de passer en quelques minutes de la menace à la sollicitation. Dans un tel cas, cela aide, bien sur, de parler à deux voix.

Pour ceux dont les menaces de Rahmouni pourraient coincer le portefeuille, BHL explique :

« Qu’ils en soient là c’est un signal très inquiétant parce que c’est pas des fous, c’est pas des irresponsables ; c’est très inquiétant. »

Bon, maintenant, on passe à la phase culpabilisation. Sourcil froncé, mèche en bataille, il nous parle de la « révolte des banlieues » de 2005, contre laquelle le gouvernement Villepin « avait fait donner quasiment la troupe »

Diantre ! La troupe ! Combien de morts sous les sabots des chevaux ?

Le beau philosophe doit se rendre compte qu’il en fait trop, et il corrige :

 » …en tout cas il avait déclaré l’état d’urgence. »

Il remet une deuxième couche de correction (les donateurs potentiels, c’est si susceptible …) en nous précisant que, malgré tout, les banlieues, même sous état d’urgence, ce n’est pas l’Egypte ou la Lybie.

Ouf ! En tant que Français, on se sent respecté !

Pas pour longtemps. Le constat qu’il y a beaucoup de chômage dans les banlieues le mène tout droit à pointer le racisme qui constitue, selon lui, l’essence éternelle de notre pays :

« Il y a quelque chose qui s’appelle le racisme en France et ça voilà … on a créé SOS racisme il y a 26 ans ça s’est pas arrangé depuis …la France reste un pays très profondément … »

Très profondément quoi ?

Le philosophe engagé ne finit pas sa phrase.

Faut pas être timide comme ça, beau gosse !

C’est vrai que c’est plutôt raciste d’émettre un tel jugement négatif général sur tout un pays, mais, quand ce pays est la France, la police de la pensée n’entend rien.

Catherine Ségurane

(1) « France : les banlieues vont elles se revolter ?  »
(via Fdesouche.com : http://www.fdesouche.com/183814-bhl-et-le-racisme-la-france-reste-un-pays-tres-profondement)

image_pdfimage_print