Bienvenue à Paris à Taslima Nasreen, une militante laïque au courage exceptionnel

Dimanche 3 janvier 2009 : j’apprends par la radio ce jour une bonne nouvelle. Talisma Nasreen va s’installer à Paris dès le mois de février. Cette femme née en 1962 au Pakistan, issue d’un milieu aisé a fait des études de médecine. Dès 1986 elle a exercé la profession de gynécologue dans un hôpital public.
Talisma n’est pas connue dans le monde entier pour ses talents de médecin, mais pour son œuvre littéraire. A 24 ans, elle publie un premier recueil de poésie et veut dénoncer avant tout les causes de l’oppression des femmes. En 1990, les fondamentalistes islamistes lancent une campagne contre elle et réclament sa pendaison.

En 1993, le gouvernement interdit la parution de Lajja (La Honte). Un tribunal avait estimé qu’elle avait porté atteinte intentionnellement aux sentiments religieux musulmans dans ce roman. Dans cet ouvrage elle affirmait que la minorité hindoue du Bangladesh était maltraitée. L’oppression des minorités non-islamiques dans les sociétés islamiques est, selon elle, quasi générale. L’organisation « Soldats de l’Islam » exige sa mort en émettant une fatwa.
En 1994, dans une interview, elle déclare que « le Coran est dépassé » ; les autorités lancent un mandat d’arrêt contre elle. Les fondamentalistes brûlent ses livres en public et émettent deux autres fatwas.
En août 1994, elle doit fuir le Bengladesh et commence pour elle une vie d’errance.
En 1995 le Parlement européen lui a décerné le prix Sakharov pour la liberté de pensée.
En 2004, elle reçoit le prix de l’Unesco pour la promotion de la tolérance et de la non-violence. A t
De 1994 jusqu’à présent, elle a été obligée de changer de nombreuses fois de pays et même de continent. Elle a habité à Stockholm (Suède), à Berlin(Allemagne), à New-York(Etats-Unis) et à Kolkota (capitale du Bengladesh occidental).
En mars 2007, sa tête est mise à prix en Inde un comité d’intégristes nommé « Détruisez Talisma » pour 500 000 roupies (environ 9000€).
Réfugiée en Inde en novembre 2007 où elle est protégée par les services secrets dans un lieu tenu secret, elle quitte ce pays pour l’Europe en mars 2008.Désormais elle habitera à Paris.
Avocate de la laïcité, militante féministe, l’écrivain explique faire campagne pour l’émancipation des femmes – « l’Islam est une torture pour les femmes », estime-t-elle – et contre l’oppression des minorités non-islamiques dans les sociétés islamiques.
Talisma Nasreen s’est vu décerner le prix Simone de Beauvoir par le gouvernement français pour ses écrits féministes, mais elle n’a pas pu se rendre en France en janvier 2008 pour le recevoir. Elle a reçu ce prix le 21 mai 2008 des mains de Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme.2 la promotion de la tolérance et de la non-violence004 prix
Talisma Nasreen défend la sécularisation, la liberté de ne pas croire, l’égalité des hommes et des femmes. Elle met en cause la violence au service de l’islam, l’amalgame explosif de la politique et du religieux. « L’islam n’est plus ici, écrit-elle, une religion, c’est un programme politique dont la popularité enfle en une vague plus puissante de jour en jour ».
« Bien évidemment, on ne pourra pas compter sur les musulmanes qui sont contentes de porter le voile et de glorifier leur soumission pour améliorer le sort des opprimées.
Tant qu’une société sera basée sur la religion, tant que la loi ne reconnaîtra pas l’égalité des sexes, la politique ne pourra pas faire avancer la cause des femmes.  »
De l’éducation, un mouvement féministe laïc, des dirigeants politiques des deux sexes, engagés en faveur de l’égalité et de la justice: voilà ce qu’il faudra pour changer les terribles conditions dont trop de femmes souffrent »
(Juin 2000 – le Courrier de l’Unesco).
Le combat de Taslima Nasreen est un symbole de la résistance des femmes persécutées au nom de la religion. Mais Talisma Nasreen n’est pas hélas la seule victime du fanatisme religieux.
Chacun a déjà entendu parler de Salman Rushdie, écrivain indien, qui lui aussi a dû s’exiler en raison d’une fatwa sur sa tête. Cette fatwa, proclamée en 1989, est due à la parution des Versets Sataniques (1989). Rushdie a publié un essai en 1990, De bonne foi en signe d’apaisement et a publié des excuses dans lesquelles il a réaffirmé son respect pour l’islam.
Malgré ce livre de repentirs « La fatwa de l’imam Khomeiny à propos de l’apostasie de Salman Rushdie restera en vigueur éternellement », affirme la fondation des martyrs par communiqué de presse (14 février 2006, exactement 18 ans après la fatwa annoncée par Khomeini).
En France aussi, les islamistes menacent.
Robert Redeker, professeur de philosophie, s’est attiré les foudres des islamistes après la parution d’une tribune « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? » (19 septembre 2006).
Cet homme vit depuis lors sous la menace d’une fatwa et est obligé de se terrer chez lui sous protection policière. Il vit comme un reclus et cela dans son propre pays. Il a même du se cacher pour l’enterrement de son père.
Combien de temps encore, les gouvernants en place se soumettront aux exigences des fondamentalistes intégristes ? Quel homme politique aura le courage de protester haut et fort contre toutes ces fatwas ?
Toutes ces fatwas sont liées à une critique de la religion. Nulle religion ne peut se vanter d’être supérieure à une autre. Toute religion est par essence aliénante à partir du moment où elle refuse la liberté de penser individuelle.
Aujourd’hui, l’armée israélienne envahit la bande de Gaza ; je n’ai nullement entendu dire par des politiques français que cette attaque qui visait les intégristes du Hamas était justifiée. Pour savoir quels sont les desseins du Hamas, il suffit de lire leur charte. Nous ne confondons pas le Hamas et le peuple palestinien.
Combattre le terrorisme islamiste en Afghanistan est un devoir pour les pays occidentaux, a-t-on entendu dire. Combattre le terrorisme islamiste dans la bande de Gaza serait-ce si différent ? Je voudrais bien qu’on m’explique la nuance.
Le devoir de chaque démocrate est de dénoncer l’obscurantisme où qu’il soit, à partir du moment où celui-ci opprime une minorité (femmes, juifs, athées, agnostiques).
Je terminerai en souhaitant bienvenue à Talisma Nasreen dans le pays des Droits de l’Homme.
Il faut espérer que sa protection policière sera maintenue tant qu’elle sera en danger, pas comme celle de Mohamed Sifaoui, journaliste algérien, lui aussi sous le coup d’une fatwa. Rappelons que Mohamed Sifaoui, lui n’a plus de protection depuis janvier 2008 et ceci sans aucune raison particulière.
Marie-José LETAILLEUR

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