Bob Morane est mort et je suis un peu orphelin

Publié le 27 juillet 2021 - par - 33 commentaires - 1 454 vues
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Bob Morane est mort.

Ou plutôt son créateur, l’écrivain Charles-Henri Dewisme, dit Henri Vernes.

Il avait vu le jour le 16 octobre 1918 à Ath (Belgique) et s’est éteint ce 25 juillet.

Auteur de plus de 230 romans d’aventures sous différents pseudonymes, il connut un immense succès auprès des jeunes adolescents des années 60-70 avec Bob Morane, un aventurier qu’il emmena non seulement aux quatre coins de la planète mais aussi dans l’espace, dans le passé et dans futur.

 

Le futur Henri Vernes, à l’image de Bob Morane, était un personnage.

Il quitta le plat pays qui était le sien à l’âge de 19 ans pour l’amour de Madame Lou, une Chinoise de dix ans son aînée, rencontrée à Anvers. Marseille, puis la Chine. Un parfum d’Ylang-Ylang.

La dame de l’Empire du Milieu tenait une jonque-bordel à Canton.

Rentré au pays, il épousa la fille d’un diamantaire et s’engagea dans le négoce des pierres précieuses. Pendant la Seconde Guerre mondiale, épris d’une agente du MI6, il travailla comme espion pour les services secrets britanniques.

À la Libération, à Paris, il fit la connaissance de Jean Cocteau, Blaise Cendrars, Fernand Léger, Juliette Gréco. Il œuvra dans la capitale française en qualité de correspondant et de nouvelliste.

Il voyagea en Amérique du Sud et dans les Caraïbes.

En 1953, le directeur littéraire des éditions Marabout cherchait pour la création d’une collection destinée aux adolescents, un auteur capable de créer un héros récurrent dont les aventures seraient bimestrielles. Charles-Henri Dewisme fut l’élu.

Le 16 décembre 1953, la collection Marabout Junior publiait sous la signature d’Henri Vernes, La Vallée infernale, une histoire se déroulant en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le héros, Bob Morane, un ancien pilote français de la Royal Air Force.

Ce fut le début d’un marathon littéraire d’un demi-siècle.

Au fil des romans, un ennemi personnel, Monsieur Ming, L’Ombre jaune, un ami indéfectible, l’Écossais Bill Ballantine, un savant, le professeur Clarembart et nombre de splendides jeunes filles toujours en danger. On n’était pas chez Gérard de Villiers, il ne se passait rien entre Morane et ces déesses en péril, du moins durant l’aventure. Après ou entre les pages, nous n’en savions rien.

 

Je me souviens qu’au lycée – nous étions alors au lycée de la 6e à la Terminale – pour une rédaction, je décrivis un incident, une panne automobile, en le dramatisant à la Henri Vernes. La nuit, le vent, un village abandonné, des bruits bizarres montant des ténèbres. J’étais assez fier de moi.

J’eus une note excellente mais avec une désobligeante remarque du professeur. Pour lui, dit-il à la classe, j’avais recopié le texte dans un roman mais il n’avait pu découvrir lequel. Il ne trouva jamais et pour cause : il n’existait pas. Soulignons que ce professeur n’avait pas attendu Pennac pour nous lire à haute voix des livres. Je me souviens avec délice de La route d’Altamont de Gabrielle Roy.

 

Il fut un temps où je possédais les 117 premières aventures de Morane.

Je me souviens avoir posé devant une partie de ma collection… comme Henri Vernes.

Adulte, je découvris durant l’un de mes retours de Nouvelle-Calédonie que ma mère avait offert toute ma collection au fils de sa filleule.

Je fus aussi décontenancé que Philip Roth quand il apprit que son père avait donné sa collection de timbres sans l’avertir.

Plus tard, j’en rachetais quelques-uns dans des vide-greniers. Par nostalgie.

 

Je me souviens de la couverture de P. Joubert de La Vallée des Mille Soleils que je copiais sur une feuille Canson  pour décorer ma chambre.

Je me souviens des illustrations de Gérald Forton.

Je me souviens d’un reportage sur le film The lost city of Z. « Peu d’entre vous doivent connaître Percy Fawcett», disait la commentatrice.

Sauf ceux qui ont lu Sur la piste de Fawcett quand ils étaient gamins, lui ai-je silencieusement rétorqué.

En 2019, en lisant le bouquin de Le Bris, Pour l’amour des livres, je compris que la lecture des romans d’Henri Vernes m’avait évité de sombrer, contrairement à l’immense majorité de ma génération, contrairement à la plupart des écrivains et des journalistes, dans le politiquement correct, la bien-pensance, l’idéologie de gauche.

Bob Morane n’était pas de cette étoffe-là.

 

Henri Vernes (ou Bob Morane) est mort à 102 ans. Il nous a aidés à partir, à voyager loin du charnier natal, à ne pas céder à l’adversité, à trouver en nous consistance et courage pour ne pas désespérer – hier comme aujourd’hui – du monde que l’on veut nous imposer.

Marcus Graven

 

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Notifiez de
Jean

Très bel hommage !
Moi aussi, j’ai eu (presque) tous les Bob Morane. “La piste de Fawcett” a longtemps été introuvable…
Il y avait le concours Marabout et les petits badges de couleur qu’on nous retournait…
Il y avait aussi les autres héros de Marabout : Dylan Stark, Doc Savage et tant d’autres…

Vincent Sureau

Peu importe les idéologies de droite ou de gauche.

Henri Vernes était aussi un copain de Jean Ray et ça, ça veut tout dire !

Kilo

Bonjour Mr Graven
Je me retrouve dans quelques éléments de votre article. La rédaction, le politiquement correct, la collection, et même l’affichage dans ma chambre d’une couverture de ces livres….Merci beaucoup pour ce bel hommage.

Michel

Un grand merci pour cet article. Bob Morane est encore dans ma bibliothèque et malgré mon âge, je continue à relire les aventures chevaleresques du héros et de son ami Bill. Un régal, presque aussi magnifique que les oeuvres de Jules Verne.

trump

Malgre Sa devise: le monde est mon royaume , il n’etait pas globaliste au sens reducteur d’aujourd’hui.
Grace a Mr Vernes et a son hero, j ai appris le patriotisme, la loyaute, l’amitie,l’amour courtois, la geographie mondiale,l Histoire,le respect pour les peuples premiers de tous les continents.
Son amitie avec Bill Balantine personnifiait l’entente cordiale, il avait ses entrees et ses amis au FBI et a la CIA: tout cela se passait dans un fond de guerre froide….
Bob Morane a lutte contre tous les totalitarismes: il restera ma reference absolue jusqu’a la fin !

Cruet73

J’ ai des larmes aussi grosses que lorsque mon autre HERO est parti en1983!! TINTIN, vous avez deviné! Mes deux héros d’ un monde qui a disparu. Là, il s’ effondre un peu plus! Bob, tu es le roi de la guerre! Et quelqu un nous a dit que nous étions en guerre. Revient, BOB!!!! Et je n’ oublie pas le Prince Eric!

Richard Mil

Les Chevaliers du Ciel sont également à remettre à l’ordre du jour. Tanguy et Laverdure, c’est tout de même autre chose que Tangay et La verdure EELV !

En France, on a dix ans d’avance sur les MIG mais on est incapable de protéger une Skoda Octavia banalisée d’un mortier de crapule islamomo ! À quand le mirador obligatoire sur chaque rond-point ?

Michel Polack

en France, on a dix ans d’avance sur les MIG ???
si tu parles des MIG Soviétiques des années 50
tu dis vrai mais depuis c’est le Rafale qui en a pris dix
de retard sur les derniers avions hypersoniques Russes
5ème et 6ème génération +++
et grâce à Qui et merci à Qui Grâce à Poutine et Merci Poutine
et qui Lui te dis Merde et t’emmerde en même temps

Richard Mil

En attendant la mise en application du SCAF qui devrait refroidir les ardeurs de Poutine et de sa bande de godillots de la Douma !!!

Marc

Bob Morane, Bill Valentine, l’ombre jaune…que de bons souvenirs de lecture.

Joëlle

Bel hommage ! Merci

ISA

Merci pour ce bel hommage ! Henri Vernes est parti, Bob Morane est encore avec nous.

Christine B

Les BDs étaient également formidables, je les ai découvertes tardivement grâce à l’aventurier d’Indochine, que je ne remercierai jamais assez , c’est l’excellent Jade de Séoul qui m’avait donné envie d’aller à Singapour .

Miles Gregarius

A l’examen du Certificat d’études primaires, je l’ai placé dans ma rédaction, le « bruit strident semblable à celui d’une scie attaquant un métal trop dur ».

a.hourquette d'arre

Très belle photo, ce veillard est beau, présent et nous interpelle…du genre : et toi racontes, qu’as tu fais de ta vie.

Gilles13

Très bel homage, la lecture de ces livres a formé toute une génération avec celle du prince Erik.

ISA

Serge Dalens, exact !

Paskal

Même plusieurs générations.

Stentor

Bravo Marcus !

Je pense aussi aux livres de la collection “Le Signe de Piste”.

Ces livres qui nous ont façonnés étaient déjà, à l’époque, dans l’océan du politiquement correct et de la pensée unique qui s’annonçait, le seul espace de liberté qu’il restait.

Maintenant, ils disparaissent à leur tour, remplacés par des téléphones vides d’imaginaire, vides de sens et vides de contenu mais qui sont la seule chose que l’on voit dans les mains des jeunes.

Demanchy

Egalement toute ma jeunesse. Merci Marcus.

Bernard Carrier

Magnifique hommage à Henri Vernes dont le héros Bob Morane a bercé une grande partie de notre vie, une vie que nous n’aurons plus…

Furax

Je lisais les aventures de Bob Morane! j’adorais. Et tiens, Françoise Arnould est décédée, une grande actrice que la Télévision a totalement occultée. Entre ignorance et indifférence… écoeurant.

Chassaing Jacques

À cette époque, rien que l’illustration exotique et d’aventures de la couverture donnait envie de lire ces livres.

Champignac

Lecteur de Bob Morane depuis le début, et ayant toute la collection, j’ajouterai un bémol à cet hommage. Si les premiers romans étaient remarquables, le style a peu à peu dégénéré. De plus, sur les 230 titres, au moins la moitié n’est plus de lui. Enfin, contrairement à son héros, Henri Vernes était un personnage peu sympathique.

gigobleu

Merci. Bob Morane a accompagné toute ma jeunesse en Belgique. C’était effectivement un grand!

Jacques Guillemain

Grand fan de Bob Morane dans les années 50-60, je ne peux que dire “bravo” à Marcus Graven pour ce remarquable article qui nous ramène à notre jeunesse insouciante et rêveuse d’aventures exotiques.
En ce temps là, les garçons ne restaient pas scotchés devant leur écran à bricoler leurs jeux vidéo.
Un autre monde, dans cette France dynamique des Trente Glorieuses, véritable paradis à côté de la France de 2021 qui roule vers l’abîme sans le savoir.

theodore

En ce temps là, les garçons ne restaient pas scotchés devant leur écran à bricoler leurs jeux vidéo./ dixit

et ça nous manquait pas !

quoique pour la période de 1969 à 1972 j’étais assez scotché a ma TV pour la mission apollo des Américains, j’aurais aimé à l’époque avoir les moyens d’aujourd’hui, car nous étions frustrés pour les retransmissions images de l’ORTF….

Theodore

“Bob Morane contre tout chacal, L’aventurier contre tout guerrier”….
Je me souviens parfaitement des episodes, a l’époque les BD de FORTON étaient a la mode… ( dessin typiquement base sur des idees de BD americaines / caniff ou hogart surtout )

Henri Vernes n’a pas perdu sa vie, il a mis dans la tete des jeunes ( vous, moi et Indochine…) des idées et un univers imaginatif valable. La preuve avec votre message !

Jon-Erik Harper

Le groupe Indochine avait rendu un bel hommage avec leur chanson “L’aventurier”, énorme tube de l’été 1983.

gardimore

Franchement, si c’est pour raconter ça, retourne te coucher

BobbyFR94

Je n’ai jamais lu aucun de ses romans, mais, dis-moi, garcimore, t’es qui pour écrire ton gribouillis et te permettre de donner des ordres aux autres, hein ?

Pierre

Le groupe Indochine c’est nul de chez nul

Michel Polack

Exact
des petits Bobos pseudo-rockeurs qui jouent les Punks soft
et aux révolutionnaires à la mode manga bisounours
Nuls à chier qu’ils sont . . .

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