Bobards d’Or 2012 : une entreprise de salut public

Publié le 29 mars 2012 - par - 3 869 vues
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Caroline Fourest, primée aux Y a bon awards 2012, n’a pas apprécié la distinction. Signe des temps, celle que l’on classera sans hésiter dans la catégorie donneuse de leçons institutionnelle sur l’islam, le féminisme ou la laïcité, a été arrosée par ceux-là même que beaucoup considèrent comme ses pairs idéologiques dans le Grand Ordre des gentils qui pensent bien. L’experte en dogmes antiracistes a découvert qu’en son sein elle couvait un monstre, et que des Rokhaya Diallo et des Houria Bouteldja n’ont pas d’amis ni d’alliés : seulement des ennemis communs. Celle qui traînait Riposte Laïque dans la boue, celle qui emploie sans rougir le terme d’intégriste pour définir la Fraternité Saint Pie X a appris – à ses dépends et sous le sourire narquois de millions de Français qui n’en pouvaient mais – que la bêtise entraînait la bêtise et l’incohérence une incohérence plus grande encore.

Pendant, donc, que se déroulait cette mystification des supposées victimes du racisme, où la couleur de peau relève de l’obsession pathologique, et où la défense de l’islam prend des airs de grand-messe aux antiennes enamourées, avaient lieu les Bobards d’Or 2012, organisés par Polémia.

S’il est un mouvement à défendre, soutenir et encourager plus que les autres, c’est bien Polémia. Car Jean-Yves Le Gallou et ses troupes s’appuient sur une arme efficace et sûre, sur ce dont notre pays (évitons le mot désormais honni de civilisation), de Rabelais à Desproges, a toujours usé pour renverser les puissants : rire d’eux, de leurs vices et de leurs mensonges, de leurs péchés véniels et de leurs impardonnables insultes à la vérité et à la justice. Tandis qu’un Drucker ou une Elkrief ronronnent d’autosatisfaction tout en distribuant des satisfecit de bienséance idéologique, Polémia veille, l’air patelin, la griffe cachée, l’œil grand ouvert. Presse, radio, télévision, ils ne vous épargnent rien des énormités qui vous sont assénées chaque année, à chaque seconde, lorsque vous écoutez Europe 1 en avalant le café matinal, ou quand, épuisé par une journée de travail, vous vous affalez devant BFM TV.

Polémia, par la voix de Jean-Yves Le Gallou, a annoncé la mise en place d’un Observatoire des journalistes et des médias. Site internet participatif, il aura pour objectif d’assurer « la traçabilité idéologique et politique des journalistes. » Il fallait y penser, et il fallait le faire. Une fois de plus, Polémia démontre la nécessité de son existence. Car si un Ruquier n’hésite pas à dire qu’en 2007 il vota pour Ségolène Royal, combien de journalistes et combien de médias dévoilent sans sourciller leur passé idéologique, leurs financements, leurs références intellectuelles, leurs petits copinages (soyons compréhensifs : les temps sont durs !), les tables rondes et autres machins du même tonneau auxquels ils sont conviés (et où ils se rendent à bride abattue) pour donner leur précieux avis d’ « experts » ?

Pour une Audrey Pulvar dont personne n’ignore quel homme partage sa vie, de combien de chroniqueurs connaissons-nous réellement les affinités sélectives ? Lorsque Natacha Polony déclare ouvertement à Éric Zemmour qu’elle partage 99% de ses positions, elle ne réalise pas qu’aux yeux du téléspectateur français, son attitude est inouïe de franchise, tant il est vrai que les Apathie, Duhamel et autres Denisot jouent le numéro des types objectifs, la gueule enfarinée, lorsqu’ils reçoivent un de leurs copains en interview, tentant de donner l’illusion que, Grand Dieu non, ils ne vont pas lui passer la brosse à reluire ?

Inversement, lorsqu’il s’agit d’inviter un gogo (quelqu’un qui ne pense pas systématiquement comme TF1 ou M6) à s’exprimer / se ridiculiser / se faire humilier / à être écrasé par le « jury », on choisit soigneusement tout un parterre d’opposants à qui on laissera un temps de parole considérable, temps de parole qu’ils utilisent en général essentiellement à balancer des affirmation péremptoires relevant davantage d’une psychologie de comptoir ou de postulats politiquement indéfendables.

Lorsque Paul Amar invite François-Xavier Péron sur son plateau, c’est l’abbé de La Morandais qu’il choisit pour l’affronter. Lorsqu’ Yves Calvi fit une émission sur l’avortement et qu’il convia Tugdual Derville (qu’il traita par ailleurs plutôt poliment), il invita une panoplie complète d’opposants, et non des moindres, en « qualité » comme en quantité : Nisand et Fiammetta Venner entre autres.

Des patrons d’émission de télé ou de radio, des rédacteurs en chef voudraient ainsi faire avaler aux Français que l’abbé de La Morandais (ou, plus récemment, sur RMC, le père Patrice Gourrier qui déclare, en mode cool et détendu : « Je suis devenu prêtre à 40 ans. Avant, je n’ai pas été un ange. J’ai eu une vie comme tout homme bien portant entre 20 et 40 ans. J’ai malgré tout vécu le célibat comme une amputation. ». Voilà, on s’en doute, un prêtre tout à fait représentatif du clergé catholique.) serait une lumière pour comprendre les phénomènes religieux ; ou que Houria Bouteldja aurait un avis pertinent à donner sur l’immigration ou le racisme ; ou encore – et surtout – que l’on pourrait encore se fier au Parisien lorsque ce dernier illustre en Une une manifestation anti-Poutine avec la photo d’un défilé…pro-Poutine (il a d’ailleurs été distingué par les Bobards d’Or).

Il existe aujourd’hui quelques – trop rares encore – journalistes capables de dire « Je ne suis pas d’accord idéologiquement avec vous. Mais votre opinion mérite d’être relayée et critiquée sans caricature. » et d’appliquer concrètement ces propos. Comme un Robert Ménard, qui paie d’ailleurs pour cela un prix très élevé. On n’attend en effet pas des journalistes qu’ils n’aient pas d’opinion. Il n’est nullement question de les prier d’être de droite ou de gauche. Il est en revanche du droit des téléspectateurs français d’exiger d’eux un minimum de transparence, de justice et de déontologie.

Nous avons mis entre leurs mains les clés du pouvoir, admettons-le. En n’écrivant pas systématiquement aux diverses rédactions, en faisant le choix d’avoir chez soi la télévision et de payer la taxe audiovisuelle, en n’acceptant pas toujours les invitations des divers média (certes, on prend le risque de se faire lyncher et ridiculiser. Mais on apprend aussi à fourbir des armes cathodiques. Mais on doit bien comprendre qu’aujourd’hui les téléspectateurs lisent de plus en plus entre les lignes et les images et se sentent soulagés d’être représentés).

Lorsque Rémy Pfimlin (président de France-Télévision), fut interrogé sur le fait que le téléfilm sur Toussaint Louverture piétinait allègrement la réalité, il eut cette réponse splendide de cynisme : il s’agissait de « tordre le cou à la vérité historique au nom de la vraisemblance idéologique. ». On ne sera pas surpris, je pense, d’apprendre qu’il a reçu un Bobard d’Or.

De la même façon que Christophe Alévêque s’interroge, dans un de ses spectacles, sur la nécessité de mettre un policier  pour surveiller le policier qui surveille l’enfant sortant de son école, il convient désormais de se demander s’il n’est pas nécessaire de mettre un journaliste derrière chaque journaliste ou « expert » autoproclamé.

Les Bobards d’Or sont devenus une arme incontournable dans le combat contre la crétinisation collective. Débusquer sans relâche les approximations, mensonges et absurdités que nous payons pour écouter et subir n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Les journalistes se chargent des politiques ? Chargeons-nous donc des journalistes. C’est la vague de soutien sans précédent dont bénéficia Éric Zemmour qui fit plier Étienne Mougeotte. Catherine Barma veut de l’audimat ? Rémy Pfimlin veut pouvoir continuer de diffuser son consternant Plus belle la vie ? Canal + rêve de se rouler longtemps encore dans le fric de ses publicités imbéciles ? Rappelons-leur que, comme tous les puissants, ils vont devoir un jour ou l’autre justifier leurs incroyables privilèges.

« La merde a de l’avenir. » écrivait Louis-Ferdinand Céline. « Vous verrez qu’un jour on en fera des discours. » Ce temps est arrivé. Il est venu le siècle où Alain Duhamel traîne ses années d’inutilité comme un drapeau, où Malek Chebel nous parle sans rire de l’islam des Lumières tandis que Franz-Olivier Giesbert en vient presque à lui lécher les pieds de délectation, où Clémentine Autain se croit bien placée pour dire n’importe quoi sur le mariage homosexuel, où l’on va interroger gravement un Frédéric Lenoir sur le célibat des prêtres. Il est venu le temps où l’on demande des avis littéraires à Christine Angot, et des avis sociologiques à Raphaël Lioger. Il est venu et il s’est diablement trop attardé, pique-assiette exaspérant qui refuse de comprendre le froncement de sourcils de la maîtresse de maison qui bat nerveusement du talon. Faisons comme Feydeau : raccompagnons à la porte sans barguigner ce Dindon des temps modernes, après avoir, tout de même, pour le panache et pour la postérité, découvert l’inconsistance de ses mollets.

Myriam Picard

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