Bobo Jocelyn : Faut pas rêver !

C’est avec un grand plaisir que j’ai lu le roman de Pierre Cassen et Christine Tasin « La faute du bobo Jocelyn » (1). Rappelons brièvement qu’il s’agit d’un roman de politique-fiction imaginant quel pourrait être le devenir de la France si la gauche, suite à une victoire aux prochaines élections (présidentielle et législatives), profitait de ses pleins pouvoirs pour, de manière quasi totalitaire, soumettre la Nation aux instances dirigeantes européennes et mondiales, et favoriser une domination sociale et surtout religieuse issue de l’immigration, au détriment de nos traditions et de nos libertés. Heureusement, c’est bien connu, le Français a une âme de résistant…

En tant qu’œuvre romanesque, ce texte joliment écrit, mêlant l’émotion et même le tragique au burlesque, est un petit régal. Mais ce qui complique l’analyse, c’est que la plupart des personnages mis en scène sont des copies conformes (ou presque) des personnalités politiques et médiatiques existantes – comme si les auteurs avaient voulu donner une valeur prédictive à ce qu’ils prétendent par ailleurs (2) être un monde inventé de toutes pièces pour divertir le lecteur. Et là, soyons clairs : D’accord pour le divertissement, mais dans la vie politique réelle, il ne faut pas rêver !

En effet, aussi incompréhensible que cela puisse paraître à un rédacteur militant de Riposte Laïque, l’Islam n’est pas un problème existentiel pour la majorité des Français. Ce n’est pas un problème pour la simple raison que les populations non intégrées issues de l’immigration se trouvent concentrées dans des quartiers urbains ou suburbains assez bien délimités en dehors desquels leur capacité de nuisance diminue rapidement avec l’éloignement. Et si, dans nos provinces, un certain communautarisme existe bel et bien, c’est en raison des cultures et traditions locales qui, s’affichant sans complexes, ont un effet plutôt dissuasif sur la « diversité » d’où qu’elle vienne… La majorité des Français, donc, n’est pas directement confrontée à la vie des quartiers dits « sensibles », et ne fait que croiser, dans la rue, quelques tenues vestimentaires bizarres portées avec plus ou moins d’arrogance – de quoi être énervé, certes, mais pas terrifié. D’ailleurs, si cette majorité avait eu vraiment peur, cela se saurait : Le Président de la République ne s’appellerait pas Nicolas Sarkozy, il s’appellerait Jean-Marie Le Pen.

Restent, évidemment, les pauvres gens qui vivent dans ces quartiers hors-la-loi. On ne peut rien pour eux, sinon leur conseiller de fuir, mais cet exode n’est pas un phénomène nouveau : Il y a belle lurette que les plus intelligents et les plus dynamiques sont partis les premiers, parfois en y laissant quelques plumes, mais bon, dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut. Ceux qui restent, ce sont des vieux qui ont toujours vécu là, des pauvres qui n’ont pas les moyens d’aller ailleurs… Ils essaient bien de s’adapter, mais c’est de plus en plus dur. Ils finiront un jour ou l’autre par se faire massacrer par la racaille, mais on peut faire confiance aux médias pour n’en pas parler, et puis, mon bon Monsieur, qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse?…

C’est dans ce contexte que se présente la perspective d’une victoire de la gauche aux prochaines élections. Et alors ?… Après des décennies de laisser-aller tous azimuts (économie, école, immigration et le reste), qu’est-ce qu’un gouvernement de gauche, simple alternance au demeurant, pourrait bien faire de pis – à part bien sûr continuer dans la même direction ?…

D’abord, dans les quartiers enfin débarrassés des « souchiens » (et bien délimités par une signalisation adéquate), il faudra permettre, avec éventuellement une aide financière, la construction d’instituts « culturels », avec mosquées, écoles coraniques et tout. Le coût de ces opérations restant relativement faible pour la collectivité, seuls quelques laïcards protesteront pour le principe. Ensuite, il faudra donner à ces braves gens les moyens de s’autogérer : Cela coûtera moins cher de leur financer une police à eux, et une justice à eux (charia oblige), que de chercher à leur imposer notre code civil dont ils ne veulent pas. Gageons donc que le Français moyen, dans la mesure où cela ne le touchera pas directement, ne s’en inquiétera pas. Néanmoins, par égard pour certaines âmes sensibles, on ne pourra peut-être pas laisser les Islamistes appliquer toutes leurs coutumes, par exemple le caillassage à mort de leurs bonnes femmes – quoique… s’ils le font avec discrétion…

En revanche, je ne crois guère à la possibilité d’un abus de pouvoir de la part de nos futurs dirigeants, non qu’ils risquent d’être étouffés par les scrupules, mais parce qu’il existe de nombreux contre-pouvoirs, notamment dans le monde associatif et sur Internet, qui offrent encore un espace de liberté. On pourra continuer à enfumer le bon peuple, mais pas museler totalement l’information, toute atteinte frontale à la liberté d’expression risquant d’être sanctionnée dans les urnes ou, à défaut, dans la rue. Que les Français ne soient pas angoissés (pour l’instant) par l’islamisation de leur pays, c’est une chose, mais qu’ils acceptent sans broncher qu’on prétende leur interdire de rouspéter, ça m’étonnerait (à moins, bien sûr, d’une dictature politico-militaire, mais on n’est pas en Corée du Nord). Le scénario, dans le Bobo Jocelyn, d’une dérive totalitaire de notre pays est donc très joli, mais complètement romanesque. À commencer par l’interdiction du Bloc National dès le lendemain des présidentielles, ce qui, dans la vie politique réelle, serait d’une folle imprudence : un coup à provoquer, avec ces sacrés frondeurs de Français, un raz-de-marée du Front des Patriotes aux législatives suivantes !

La suite du roman n’est pas plus réaliste : Une dictature que l’action démocratique n’aurait pas su empêcher, faute d’une majorité suffisante, ne saurait être vaincue (à moins d’une intervention armée étrangère) par une résistance clandestine minoritaire, le régime en place disposant pour se défendre des moyens policiers nécessaires et de la collaboration plus ou moins active d’une partie de la population (la référence à 1940-44 devrait nous le rappeler). Alors, cette belle histoire romantique de résistants qui, sans être victimes de la moindre dénonciation, arrivent à organiser d’abord des « villages gaulois » (dans lesquels toute délinquance disparaît comme par enchantement), puis une insurrection convergeant vers Paris (en rameutant des populations devenues soudain enthousiastes) sans rencontrer la moindre opposition des forces de l’ordre, c’est de la poésie pure !

Résumons : Tant qu’une majorité de Français n’aura pas pris conscience du danger, les choses ne pourront que s’aggraver progressivement, sans qu’il soit besoin pour cela d’imaginer une dérive totalitaire. Le jour où cette prise de conscience aura lieu, elle se concrétisera dans les urnes sans qu’une révolution soit nécessaire. Est-ce à dire que tout se passera sans heurts ?… Évidemment pas !

Il y a d’abord un élément que les auteurs du « Bobo Jocelyn » n’ont pas pris en compte : Dans le contexte actuel, la droite catholique trouve l’occasion de reprendre du poil de la bête face à la moindre pièce de théâtre jugée « christianophobe » ; dans le même temps, il suffit que des petits crétins malmènent le drapeau français ou sifflent l’hymne national pour que les militants patriotes hurlent au sacrilège… Autant dire que le délit de blasphème que voudraient instaurer les Islamistes pour protéger leur prophète risque bien de trouver aussi preneur auprès de deux autres catégories de personnes que j’ai toujours exécrées, à savoir les cocardiers et les culs-bénits – notez que ce sont souvent les mêmes. On le voit bien dans les écrits de Riposte (dite) Laïque, où certains jouent la carte des « valeurs chrétiennes » au nom des traditions françaises pour, croient-ils, mieux s’opposer à l’Islam… Tenez, je verrais bien un passage humoristique à insérer dans « La faute du bobo Jocelyn » : Prenez deux personnages de la résistance, au hasard Jean-Pierre Fracasse et Martine Santin ; cette dernière, au nom de la nécessaire union de tous les courants patriotes montant sur Paris (chapitre 11), se retrouve dans une procession de cathos sur l’air de « Sauvez, sauvez la France, au nom du Sacré-Cœur ! » ; pour Fracasse, ancien syndicaliste laïque, la pilule est un peu dure à avaler, imaginez la dispute… Bon, ça va, je blague.

Je blague, mais quand même j’enrage de voir que, pour lutter contre la bien-pensance du multiculturalisme, nous aurons tiré les marrons du feu (3) pour une autre bien-pensance tout aussi haïssable, celle du patriotisme catho de droite, la vieille union du sabre et du goupillon, qui nous ramènera (pour peu qu’en plus la peine de mort soit rétablie comme le souhaitent certains) aux alentours des années 1950 – ça me rajeunira !… « Je ne fais pourtant de tort à personne en n’écoutant pas le clairon qui sonne… en laissant courir les voleurs de pommes… en suivant des ch’mins qui n’mèn’nt pas à Rome… » (4). Tonton Georges, reviens ! Il y a eu une erreur quelque part…

Dans le meilleur des cas, si, comme nous l’espérons, de futures élections portent au pouvoir des gens réellement décidés à changer de politique, nous devrons nous attendre tout de même à quelques désagréments. D’une part parce que la restauration de notre indépendance nationale vis-à-vis de l’Europe et de la mondialisation se paiera, au moins dans un premier temps, par de sérieuses difficultés économiques. D’autre part et surtout parce que le premier gouvernement courageux qui décidera de « siffler la fin de la récré » dans la vie publique de notre pays se heurtera à des résistances d’autant plus fortes que le laxisme antérieur aura été important. Lorsque les forces de l’ordre, intervenant enfin pour de bon dans les quartiers pourris, seront accueillies par des tirs d’armes de première catégorie, elles n’auront pas d’autre solution que de se servir des mêmes armes : Il y aura du sang versé, des « dégâts collatéraux », des interrogatoires « musclés »… toutes choses que l’opposition gauchiste ne manquera pas d’exploiter. Ainsi que je l’ai déjà écrit (5), cette gouvernance forte devra alors s’imposer en limitant peu ou prou nos libertés individuelles, notamment vis-à-vis de la police et de la justice (fichage, écoutes téléphoniques, etc.), surtout s’il lui faut en outre prévenir de possibles représailles terroristes. Nos dirigeants ne seront-ils pas alors tentés, au nom de l’ordre public, de pérenniser ces méthodes policières au détriment des droits des citoyens ?…

Cela n’est pas très drôle, mais il peut y avoir bien pis si, comme c’est à craindre, les prochaines élections n’apportent aucun changement à la politique actuelle. Encouragés par les premiers accommodements « raisonnables » qu’ils auront obtenus grâce à la veulerie et au clientélisme des élus, les Islamistes, de plus en plus nombreux sous l’effet de l’immigration incontrôlée, seront en position de force pour en demander encore plus, et surtout pour tenter de conquérir de nouveaux quartiers urbains, voire des municipalités entières… Tant que cette évolution ne sera pas trop rapide et laissera le temps aux anciens résidents de fuir les uns après les autres, on évitera provisoirement les drames. Mais que se passera-t-il si les choses s’emballent, si les nouveaux conquérants, suivant en cela l’exemple de leur prophète, se montrent de plus en plus agressifs, et surtout si, en face, les chrétiens se radicalisent à leur tour ?… Imagine-t-on le conflit religieux, voire ethnique, sur lequel une telle situation pourrait déboucher ?… Une guerre de religion à l’Irlandaise, certes limitée dans l’espace mais pas dans le temps, où les massacres punitifs répondraient aux attentats et vice-versa – et à ce petit jeu, les chrétiens ne seraient pas forcément les plus mauvais : La fameuse réplique « Tuez-les tous ! Dieu reconnaitra les siens ! » (6) ne fut pas prononcée par un disciple de Mahomet. Aimables résistants du Bobo Jocelyn, oubliez dans ce cas votre date fétiche du 18 juin, il faudra passer au 24 août – c’est la Saint-Barthélemy.

Les choses n’iront sans doute pas aussi loin, du moins peut-on l’espérer, avant que nos dirigeants – quels qu’ils soient, et éventuellement sous la pression de la rue – se sentent obligés d’y mettre bon ordre. Peut-être se souviendront-ils alors d’une vieille loi dite « Loi de Séparation des Églises et de l’État » (1905) qui, après avoir subi toutes sortes d’entorses pendant plus d’un siècle, mériterait aujourd’hui d’être remise à l’honneur, rigoureusement appliquée et si possible renforcée. Lorsque, en septembre 2008, le Président Sarkozy avait reçu le Pape avec un empressement révérencieux sans que les divers mouvements laïques aient été capables de susciter une protestation populaire notable, j’avais écrit dans un article rageur (7) que la laïcité dite « positive » s’imposait ainsi magistralement dans l’indifférence générale. C’est cette indifférence des citoyens aux valeurs de leur République qui rend celle-ci vulnérable. Réciproquement, la peur des émeutes pourrait amener les Français à se réapproprier ces valeurs. C’est un message à retenir de « La faute du bobo Jocelyn » : Les invasions barbares n’anéantissent que les civilisations qui n’ont plus envie de vivre.

Jean-Marie Blanc 

(1) Éditions Riposte Laïque – 2011.

(2) Avertissement au lecteur, p. 7.

(3) Voir à ce sujet l’article très pertinent de Pierre Severin : « Ne seriez-vous pas en train de devenir les idiots utiles de l’extrême droite » – Riposte Laïque, N° 230 (19 décembre 2011) : http://www.ripostelaique.com/ne-seriez-vous-pas-en-train-de-devenir-les-idiots-utiles-de-lextreme-droite.html

 (4) Georges Brassens : « La mauvaise réputation » (1952, Éd. Intersong, Paris).

(5) « Face à l’Islam, la médecine traditionnelle ne suffit plus : Il faut amputer » – Riposte Laïque, N° 165 (4 octobre 2010) : http://www.ripostelaique.com/Face-a-l-islam-la-medecine.html

 (6) Attribuée à Arnaud Amaury, Légat du Pape, en croisade contre les Cathares (Béziers, juillet 1209).

(7) « Tristes laïques » – Faire le Jour (28 septembre 2008) : http://www.fairelejour.org/spip.php?article1830

 

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