Boko Haram : les autorités musulmanes continuent de se taire…

valls-boubakeurrupturejeunNigeria « je les vendrai au nom d’Allah. Il y a un marché pour vendre les humains »

Narguant les familles de ses victimes, en transformant Dieu en chef de bande négrier, le porte-parole des bandes djihadistes Boko Haram, a tenu ces propos, devant la caméra destinée à la vidéo donnant un maximum de publicité aux crimes du groupe armé.

Comme certains d’entre vous le savent, j’ai écrit à ce sujet à Madame Taubira

En effet, traquant par la loi le souvenir éventuellement positif de la traite négrière transatlantique, j’ai pensé, à tort ou à raison, qu’elle ne pouvait pas, qu’elle ne devait pas, rester sans tout mettre en œuvre pour que les centaines de fillettes, coupables d’être allées en classe, soient toutes restituées au plus vite à leurs familles.

Mon propos m’a valu des critiques. L’une m’a laissée presque sans voix.

En effet, un ami, musulman par sa naissance, – mais affichant dans la vie un quasi-athéisme républicain et fortement laïque-, m’a reproché, samedi passé, d’avoir pris une position qui ne serait celle là, que, je le cite : parce qu’il s’agit d’islamistes sur lesquels taper, pour taper sur l’islam.

Je n’aurai pas interpellé Christiane Taubira, le 4 mai, pour la cause de ces 234 (plus dix nouvelles fillettes enlevées depuis) fillettes et jeunes filles du Nigeria (musulmanes, animistes et chrétiennes) – coupables de crime contre la religion, celui d’être allées à l’école- que parce que leurs tortionnaires seraient islamistes…

En clair, ce ne serait pas une cause légitime en soi, que de s’insurger contre l’oukase de Boko haram, invoquant pour justifier son crime monstrueux:

– Qu’instruire des filles, ferait de ces dernières des coupables, légitimement châtiées par leur mise en esclavage

– Qu’instruire les filles, les condamne légitimement à être vendues, -si on parvient à s’en saisir-, pour en faire l’objet «conjugal» de barbons polygames du Tchad et du Cameroun.

Tu tapes sur l’islam, m’a opposé cet ami.

En clair, pour ne pas «taper sur l’islam ou l’islamisme», je devais laisser à leur sort d’esclave les 244 fillettes et adolescentes.

Tu tapes sur les islamistes, mais tu ne dis rien sur les intégristes juifs…

Je vous avoue que cette critique m’a laissée pantois. A-t-on jamais vu, un «intégriste juif» kidnapper des fillettes et des jeunes filles, pour les vendre comme esclave «épouse», qu’elles soient juives, chrétiennes, bahaï, druzes, musulmanes ou athées?

Où et quand a-t-on vu des «intégristes juifs» kidnapper des centaines de fillettes, se moquer de la douleur de leurs parents et narguer l’humanité toute entière en disant qu’on continuera? Où et quand a-t-on vu cela?

Je me suis dit, lisant cette critique, que même chez des amis, que même chez des esprits se voulant éclairés par les lumières francs-maçonnes, l’hostilité à Israël fait dire des énormités telles que l’on se frotte les yeux, en se demandant si l’on a bien lu?

Où et quand a-t-on vu un chef «intégriste juif», bardé de cartouchière, agitant épée et kalachnikov, prétendre dicter à l’humanité toute entière l’interdiction, pour les filles, d’aller à l’école, au nom d’un Dieu unique ravalé à l’état de tortionnaire sanguinaire et esclavagiste?

Allons au bout de l’objection de cet ami, se qualifiant de «musulman»

En écrivant publiquement à Madame le ministre Garde des sceaux, -au sujet de ce massif crime d’esclavagisme négrier- j’aurai stigmatisé les seuls islamistes, – les djihadistes de Boko Haram-, et j’aurai épargné les «intégristes juifs».

Bref, dès qu’il se passe quelque chose qui ne va pas quelque part dans le monde, pour agir, il faut d’abord lui chercher des poux dans la tête et taper sur le Juif!

En outre, il y aurait d’autres criminels au Nigeria*1.

Donc, tout se vaudrait. Et, cerise sur le gâteau, – qui ferait que la responsabilité et la culpabilité du rezzou négrier prenant en otage 244 fillettes pour interdire l’école à toutes les filles de ce pays et, – par effet domino-, à toutes les filles de par le monde: l’armée nigériane ne serait pas intervenue quand elle aurait dû.

En clair, l’armée du Nigeria serait la responsable du crime contre les 244 fillettes…

Elle n’aurait pas tenu compte d’informations permettant d’empêcher l’action criminelle de Boko Haram.

En d’autres termes, notre ami nous repasse le plat frelaté de la machination, ourdie pour «dénigrer l’islam». Il ne m’a pas dit que «Boko Haram»: c’est le Mossad déguisé en djihadistes Haoussa*2, mais l’argument ramène à cela.

Question: mais alors, pour un antisioniste, si Boko Haram n’est que Boko Haram, pas l’islam, et si, en plus, il est un groupe radical instrumentalisé par le Mossad et ses alliés, qu’est-ce qui gène à le combattre? Qu’est-ce qui embarrasse: pour exiger et faire en sorte que les 244 fillettes retrouvent, au plus vite et libres, leurs familles?

A l’inverse, pour les mêmes, qui ne mesurent pas la gravité de leur critique: me reprocher ma prise de position signifie que Boko Haram n’est pas qu’une dérive sectaire locale; qu’il n’est pas qu’un groupe sanguinaire local ne représentant que lui même; qu’il n’est pas, au corps sain de l’islam, ce que les FARC furent au corps du foquisme guevariste et staliniste, en Colombie et ailleurs.

Je laisse à cet ami, à la vue présentement obscurcie par son ralliement à l’hostilité systématique envers Israël, la responsabilité des conséquences terribles de sa critique concernant mon appel à agir effectivement, – lancé aux hommes et femmes de pouvoir autant qu’aux simples citoyens-, pour ramener saines et sauves les 244 fillettes nigérianes.

J’observe cependant, que, jusqu’à ce jour (12 mai 2014), les autorités morales et institutionnelles musulmanes (université Al Hazar, CFCM, UOIF et autres organisations et représentants des Frères musulmans, Tarek Obrou, Tariq Ramadan…) ne se sont pas encore exprimées. Le feront-elles d’ici mardi, d’ici les deux premières manifestations pour le retour de toutes les 244 dans leurs familles, en vie et libres. Le feront-elles ensuite?

Ne pas réagir, officiellement, ne pas inviter les musulmans à manifester au coude à coude avec les non-musulmans, revient aujourd’hui à cautionner, sinon à soutenir Boko Haram et à favoriser, à légitimer, l’état d’esprit provoquant les centaines de départ de jeunes gens et jeunes filles s’en allant mener le djihad en Syrie, au moyen du sabre, de la kalachnikov et/ou du vagin.

Alain Rubin

*1 On aimerait bien savoir de quels «criminels» il s’agit?

«Criminels», -peut-être-, les Nigérians chrétiens ayant décidé de ne pas se laisser traiter comme les Coptes égyptiens ou comme les Assyro-Chaldéens d’Irak et de Syrie, pour rendre, autant que possible, coup pour coup à une armée de l’ombre, une armée de la guerre pour la suprématie absolue de la charia, dans sa déclinaison talibane interdisant l’école aux filles de toutes confessions, comme pour s’imposer intégralement à tous les musulmans mais aussi aux non-musulmans.

On se souviendra aussi, que dans les États du nord Nigeria, avant l’élection de Goodluck, les autorités locales (musulmanes) avaient confirmées des décisions de tribunaux contre lesquelles l’opinion mondiale avait dû se mobiliser: pour sauver deux femmes, condamnées à mort au nom des normes de la charia. Une de ces femmes, une chrétienne, avait été déclarée coupable pour n’avoir pas observé les normes de la charia… en matière de choix d’époux.

*2 Les Haoussa sont une ethnie négro-africaine islamisée ayant, – au 19ème siècle-, engagé un processus de radicalisation djihadiste, qui en  fera un des pivots de la traite négrière soudanaise.

Ce processus djihadiste s’apparente à celui, commencé un siècle plus tôt, que l’on connaît comme le wahhabisme, chez les arabes de la péninsule arabique.

La colonisation britannique stoppera ce djihadisme; elle neutralisera ce «wahhabisme» haoussa, sans, on le voit aujourd’hui, l’avoir éradiqué.

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