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Bolloré et Sarkozy préparent la contre-offensive médiatique contre Macron


Macron est, paraît-il, furieux depuis plusieurs semaines contre Vincent Bolloré, homme d’affaires milliardaire propriétaire entre autres de Canal Plus, et Sarkozy, qui l’aiderait activement à dépecer le groupe Lagardère. Tout se passe entre amis, ou plutôt ex-amis, au vu de la tension qui s’est installée entre les protagonistes. Bolloré et Macron se connaissent depuis le passage de ce dernier chez Rothschild, et les affaires qu’il a eu à traiter pour le compte de la banque avec ce prestigieux client. Macron est par ailleurs très proche du fils Bolloré depuis des années. Macron connaît bien également Arnaud Lagardère : du temps où il était conseiller à l’Élysée, il avait personnellement négocié pour le compte de l’État le rachat des parts que ce dernier détenait dans EADS. Et Lagardère a fait une plus-value plantureuse qui lui fit dire : mais ce Macron est formidable…

Ça tombe bien, Arnaud Lagardère est propriétaire de Paris Match, de VSD, d’Europe 1, du JDD… Peu de temps après cette transaction, Macron encore presque inconnu du grand public à l’époque, s’est retrouvé propulsé en une de tous ces magazines, et à maintes reprises. Du jour au lendemain, on ne voyait plus que lui et Brigitte, dans les kiosques… Une coïncidence, sans doute, que seuls des esprits mal tournés comme votre serviteur ont méchamment relevée et montée en épingle… Mais justement, voilà que le groupe de médias de Lagardère, qui entretient une véritable bienveillance avec le pouvoir, au même titre que le groupe BFM-RMC, est à présent attaqué par Bolloré, l’autre ami de Macron… Car Lagardère est très endetté, et en difficulté : à croire que Macron ne trouve comme soutiens que des groupes au bord de la faillite, si l’on songe à son autre soutien de poids Patrick Drahi.

Bolloré a beau être l’ami de Macron, sa ligne politique semble hermétique à leurs relations : voir l’évolution récente des chaînes comme C8, Canal Plus, CNews. Bolloré est un homme de droite, tendance conservateur. C’est aussi un businessman avisé : avec Zemmour, et l’inflexion populiste de ses chaînes, il a senti le vent porteur, celui de la rébellion au discours convenu et politiquement correct des médias concurrents. Et son projet, concernant Europe 1 et le JDD, serait de dupliquer la recette gagnante de CNews…

Évidemment, Macron est furieux. Étrange, vous ne trouvez pas, pour quelqu’un qui passe son temps à se poser en défenseur de la liberté de la presse, à expliquer qu’en France, les médias sont libres, les journalistes font leur travail sans aucune pression… Il balaie d’un revers de la main les soupçons de compromissions médiatiques, et traite de complotistes tous ceux qui émettent des doutes. Mais quand un groupe de presse aussi conséquent que celui de Lagardère menace de changer de propriétaire et de ligne éditoriale, à un an de la campagne présidentielle, voilà qu’il voit rouge. Et comme le bruit court que Sarkozy aiguillonnerait Bolloré dans ces manœuvres, voilà que Macron se fait à son tour complotiste : l’ex ne préparerait-il pas son grand retour pour 2022, poussé par une camarilla de médias et d’hommes d’affaires ? L’oligarchie aurait-elle lâché son poulain, pour revenir à ses anciennes amours ? Il ne faut pas penser à mal, Monsieur le Président, vous pourriez imiter les travers psychologiques que vous prêtez si volontiers à vos adversaires de droite…

Olivier Piacentini