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Bolsonaro ne veut pas que le Brésil soit un pays de « pédés »…

Sachant que je connais vaguement le Brésil vu que j’y réside, la rédaction de Riposte Laïque m’a sollicité suite à la dernière saillie d’un certain Jair Bolsonaro, président de ce grand pays et également spécialiste à temps plein des déclarations à l’emporte-pièce.
En la circonstance et vous l’aurez compris, il est question de ceci :
https://www.lci.fr/international/covid-19-jair-bolsonaro-exhorte-le-bresil-a-cesser-d-etre-un-pays-de-pedes-2169567.html

Donc, pour le sémillant chef d’État, le Brésil est un « pays de pédés ». Bon. Admettons en premier lieu que, concernant les gays, lesbiennes, transexuels, travestis et toutes déclinaisons de genre possibles, le patelin ne connaît pas la pénurie ni ne craint la rupture de stock.

À croire que vivre pratiquement à poil l’essentiel de l’année entraîne chez les « cisgenres » un phénomène de routine les incitant à passer à autre chose, à moins que, les tabous tombant aussi vite que les soutiens-gorge, la population extériorise plus facilement désirs et fantasmes, allez savoir. Mais là n’est pas le propos.
Supportant difficilement le système de communication bolsonaresque, pas franchement axé vers le tact et la diplomatie, je rejetai dans un premier temps la demande de ma rédaction bien-aimée.
D’autant que l’Artiste, récidiviste notoire, ayant déjà déclaré par le passé préférer « savoir ses fils morts que pédés », rien ne pouvait plus nous surprendre.
Et puis… vint l’interrogation existentielle.
Quel est le mot utilisé à l’origine par Bolso et traduit par « pédé » sous nos latitudes ?
En la matière, le Brésilien n’est pas avare de synonymes : viado, frango, bicha…
Rien de tout ça, Jair parle de « marica ».
Et marica, terme péjoratif s’il en est, signifie plutôt « femmelette », « sans-couilles », « dégonflé », voire simplement « peureux ».
Bref, une expression relevant plus du machisme ordinaire que de l’homophobie caractérisée. Bolso, « nos » médias l’aiment encore moins que Trump, si c’est possible.
Et concernant la pandémie, lui qui refuse mordicus le vaccin (du moins un type) tout en approuvant la chloroquine, il ne risque pas de se faire de nouveaux copains.
D’autant que – on peut y voir un effet de saison, nous approchons de l’été – la courbe des décès marque une inflexion très nette, globalement au niveau de la française, pour un pays trois fois plus peuplé et avec des mesures de distanciation impossibles à respecter, notamment dans les favelas.
Pour le pouvoir fédéral, y a pas photo ; faut se remettre au boulot et arrêter la casse. Il y a urgence.
Au Brésil, comme aux US, les autorités locales détiennent l’essentiel du pouvoir.
En l’occurrence, les gouverneurs d’État chapeautent le système hospitalier et prennent toute mesure sanitaire jugée opportune, comme le couvre-feu. C’est donc tout naturellement qu’ils agissent avec la plus grande prudence, préférant se voir reprocher une responsabilité indirecte dans l’ effondrement de l’économie, plutôt que directe dans la surmortalité.
Ce qui ne fait pas l’affaire du Président.
Lequel le fait savoir. Dans des termes certes fleuris…
Mais bon. À chacun son boulot.
Et son style.

Jacques Vinent