Boxe : Le FLN ne voulait pas que Cherif Hamia gagne pour la France

Photo prise la veille de la réunion, le 11.12.1954, au Milk-Bar d’Alger. Debout et de G à D : Garde du corps, Hilaire Pratési, Chérif Hamia, Garde du corps – accroupis de G à D : Séraphin Ferrer et votre serviteur.

Une polémique s’est installée, entre journalistes sportifs algériens, lors de la célébration des 25 ans de la mort du boxeur Chérif Hamia (Crise cardiaque en 1991, il avait 60 ans) au sujet de son combat pour le titre mondial, à Paris en 1957, contre le Nigérian Kid Bassey.

Chérif est né à Guergou, petite Kabylie, en 1931, et il fut le seul boxeur d’origine algérienne, jusqu’à ce jour, qui avait le potentiel pour devenir champion du monde de boxe.

J’ai entretenu d’excellentes relations avec Chérif Hamia alors que j’étais journaliste à « La Dépêche d’Algérie » : 38 combats – 33 victoires, dont 15 par ko – 3 défaites et 2 nuls.

Chérif remporte les Golden Gloves (championnat du monde amateur) le 26 juin 1953, au Chicago Stadium (USA) en battant l’américain Dick Martinez.

A son palmarès 200 combats amateurs et quelques rares défaites.

Il devient professionnel en novembre 1953, entraîné par l’exceptionnel Philippe Filippi.

Chérif devient champion de France des poids plumes, à Paris, contre Jacques Dumesnil.

Le 12 décembre 1954, pour fêter ce titre et le présenter aux Algériens, j’organise dans la salle du Foyer Civique, à Alger, une réunion de boxe avec en vedette bien entendu Chérif Hamia.

À l’affiche également un autre « Algérien », Séraphin Ferrer, également champion de France et né à Tlemcen, en 1931 lui aussi.

Et troisième combat opposant Hilaire Pratesi à Antonio Diaz.

J’étais particulièrement fier d’offrir aux Algériens leur nouveau champion de France, qui était alors la coqueluche du tout Paris et ce fut, pour moi comme pour Hamia, une désillusion historique car, opposé au rude combattant belge, Louis Cabo, Chérif Hamia fut mis KO au premier round. C’était sa première défaite chez les professionnels.

Il conservera son titre de champion de France, en juin 1955, contre son compatriote Chikhaoui.

En décembre de cette même année 55, Chérif battait Robert Cohen, champion du monde des poids coqs et, en janvier 1957, il deviendra champion d’Europe face à Jean Sneyers.

Baptisé par les américains « Baby Face » après ses victoires contre Carmelo Costa, Ike Chestnut et Rican Miguel Barrios, Chérif défie, pour le titre mondial, le redoutable champion Sandy Saddler.

Ce combat n’aura pas lieu car ce dernier abandonne son titre fin 1956, mais les organisateurs désignent Hamia pour affronter Kid Bassey. Ce championnat du monde se déroulera à Paris en 1957.

Chérif Hamia domine largement dès les premières reprises et envoie au tapis Kid Bassey dès le deuxième round. Alors, pour des raisons incompréhensibles pour tous les chroniqueurs sportifs et les milliers de spectateurs, il se laisse malmener, se contentant d’esquiver au maximum les coups sur son visage meurtri et, devant ce qui est devenu un simulacre de combat, l’arbitre met fin en déclarant Hamia battu par KO technique au 10e round.

Nous le retrouvons au vestiaire, avec d’autres amis qui l’entouraient ce soir-là, et c’est alors qu’il nous explique « avoir reçu l’ordre du FLN, réseau de Paris, de ne pas apporter ce titre mondial à la France afin que le drapeau français ne soit pas déployé en signe de victoire, ou alors qu’il se recouvre d’un drapeau algérien » ce que Chérif ne pouvait accepter de faire, dans un tel contexte (je rappelle que nous étions en pleine guerre d’Algérie – 1957 –  et qu’il y avait des centaines de morts en France et notamment à Paris, entre le FLN et le MNA).

Après une défaite, le 15 octobre 1959, contre le belge Pierre Cossemyns, à Bruxelles, Chérif Hamia décida d’abandonner la carrière.

Voilà la réalité des faits.

En Algérie on tenta de faire croire qu’il s’agissait de faux FLN qui avaient menacé Hamia, mais quand on a quatre terroristes armés qui vous donnent un ordre, on ne cherche pas à savoir si ce sont des vrais ou des faux ! Il était difficile à Chérif Hamia de se laisser battre mais bien plus dangereux de ne pas obéir !

Il méritait largement ce titre de champion du monde.

Manuel Gomez

 

 

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2 Commentaires

  1. Chérif, c’était mon Ami. Un bon petit gars.Il n’y avait pas plus sympa que lui. Toujours le sourire.
    Un champion du Monde à tout point de vue.

  2. 60 ans apres…vous remuez la mdr algerienne qui empoisonne encire la Frabce voys n avez encore pas compris Gomez…nada de nada

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