Brigitte et Roger sont toujours vivants !

Brigitte et Roger nous ont quittés. Cela serait banal si nous ne les connaissions pas. Mais nous les connaissions, et soudain tout change.

Nous savions qu’ils étaient mortels – comme nous tous – et surtout qu’ils étaient malades. Nous ne saurons jamais le tréfonds de ce qu’ils ont vécu à l’approche de la mort, mais nous savons ce qu’ils ont vécu en tant qu’êtres libres. C’est cela que nous devons retenir, à commencer par le courage de leur engagement politique en faveur des valeurs laïques et républicaines. Car il faut du courage pour affronter les vents mauvais de notre époque, qui confond « laïcisation» et « islamisation », et fait de l’islam une race, pour mieux combattre le racisme !

Le regard de Roger sur la presse nationale et internationale brillait de lucidité, et son souci d’objectivité forçait l’admiration. Ses analyses étaient justes, et ses nuances particulièrement fines. Il allait au fond des choses pour ne pas être dupe de la force des choses. Il s’intéressait au sort de Marseille, ville où il résidait et qu’il scrutait jusque dans ces quartiers à hauts risques, faits de règlements de comptes et de mort violente. Les informations qu’il nous transmettait respiraient l’intelligence et la sobriété. Le recul théorique l’accompagnait toujours, comme si Socrate et Descartes l’habitaient sans cesse. Roger aimait réfléchir. Aussi accordait-il de l’importance à la multiplication des différentes sources d’information. Si les groupes fascistes n’étaient composés que de Roger Heurtebise, le fascisme n’existerait pas !

Brigitte avait le sens de l’action : c’est elle qui, sur la couverture de La colère d’un Français, pointe l’islam du doigt dans ce qu’il a d’intolérable et d’intolérant. C’est elle qui, au cœur des mouvements de gauche, avait vu que la gauche n’avait pas saisi la nature de l’offensive islamiste à l’encontre des démocraties occidentales. Elle savait, d’instinct, que la défense de la laïcité rejoignait celle de notre identité. Elle avait anticipé la lâcheté des féministes actuels, qui s’indignent de ce que l’Afghanistan soit le pays des femmes en burqa, mais qui ne disent mot sur les burqas françaises. Elle avait surtout compris le dévoiement de la laïcité, à tel point que cette même laïcité n’oppose plus désormais les laïques aux anti-laïques, mais les laïques aux laïques, comme le montrent les innombrables affaires relatives au port du voile.

Brigitte et Roger n’avaient qu’un ennemi : la mort ! S’ils n’ont rien pu contre elle – et pour cause ! – ils ont au moins pu montrer par leur exemple qu’il ne faut pas en avoir peur, ou plutôt qu’en raison même de la peur qu’elle inspire, il ne faut avoir peur de rien d’autre, et donc vivre jusqu’au bout de soi-même, en disant haut et fort ce que l’on pense, quitte à déplaire – ce qui est inévitable pour toute personne qui commet l’affront de penser. Car penser, c’est penser « contre » : qui pense « avec » ne fait que suivre le courant !

C’est en cela que Brigitte et Roger demeurent : ils seront vivants tant que sera vivant le beau peuple de France – qu’ils ont défendu contre vents et marées jusqu’à leur dernier souffle.

Maurice Vidal

 

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