Burka

Publié le 1 décembre 2007 - par
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L’homme s’approche de la barre faisant face au tribunal. C’est un vieil homme très digne dont le front haut et la barbe blanche ne laissent aucun doute sur la profondeur de son savoir et de ses arguments qu’il a tenu venir exposer à la cour ; prestance du thaumaturge auréolé de la dignité de l’érudit en écritures saintes, aura rehaussée par le timbre de sa voix grave aux belles sonorités, et par laquelle chaque mot révèle le sens profond de sa pensée.

Le vieillard est l’exacte représentation d’un Moïse ou d’un Khomeni porteurs de la parole de leur dieu qu’ils ont tant approché qu’eux-mêmes en sont devenus la représentation vivante ou tout du moins l’imaginent.

 » Vous êtes l’un des guides spirituels et le théologien le plus influent de la communauté islamique radicale et la cour aimerait vous entendre sur l’interprétation que vous donnez à l’obligation de la femme de porter la burka. Vous savez que cette obligation vestimentaire est dans nos contrées occidentales anachronique surtout lorsque celle-ci, selon nos lois, s’apparente à une discrimination entre les sexes et véhicule aux yeux de nos contemporains le sentiment que cette obligation imposée par les islamistes intransigeants à la femme repose sur l’incapacité de cette dernière de décider de ses choix de vie, car elle serait un être fragile, incapable de jugement, une enfant en somme à protéger d’éventuelles penchants pervers, d’attitudes contraires aux relations hommes-femmes, et donc de la dangerosité qu’il y aurait à lui accorder le droit d’agir, de se mouvoir, de s’exprimer librement et bien entendu de se dévoiler ; enfin, un être incapable de percevoir le monde et de le comprendre, qu’il est préférable de soustraire à la vue des autres et lui interdire ainsi d’influer sur la vie des hommes et de les détourner de la parole de votre dieu. Vos propos dans cette enceinte ne pourront pas être une accusation contre cette jeune femme – dont nous jugeons ici le mari et certains de ses parents – qui après avoir refusé de porté la burqa a été vitriolée au visage par l’accusé et est morte dans d’atroces souffrances sans qu’aucun membre de sa famille ne s’oppose à cet acte barbare. Le tribunal souhaite simplement comprendre les raisons théologiques et les préceptes de votre religion qui autorisent cette forme d’esclavage et donc de contraintes physiques et mentales ravalant la femme au rang d’un accessoire domestique dont le seul intérêt d’exister serait l’enfantement. « 

Le vieil homme me s’émeut pas à l’écoute de ce qui est une profanation envers des règles de vie d’une communauté la plus authentique dans ses sentiments et le respect à la parole du Prophète. Son visage marqué par de profondes rides n’exprime aucune désapprobation à l’écoute de ces propos impies. Il sait qu’il a devant lui des hommes de loi et non de la Loi et dès lors ne sont pas tenus de la comprendre et surtout de l’interpréter. Par contre, s’il est présent, c’est bien pour démontrer que cette obligation du port de la burqa dans certaines communautés islamiques n’est en rien un refus d’accorder sa place à la femme dans la société des hommes, bien au contraire. Elle y est au centre.

 » Monsieur le Président, vous me permettrez de brosser un tableau plus en accord avec la réalité de la condition de la femme dans nos communautés et de ne pas voir comme vous le suggérez, dans ces relations hommes-femmes, une conception moyenâgeuse de notre religion ce qui serait une grave erreur de jugement.

« Les paroles du Prophète – notre Guide que vous avez cité dans vos propos – reconnaît à celle-ci le droit au respect et à l’égalité offerte par Dieu avec les hommes. Leur mari est garant de ces obligations. Le mariage devant Dieu est l’acceptation de vivre dignement selon la Loi que chaque bon musulman est tenu de suivre. Et que dit cette Loi sinon que l’union de l’homme et de la femme est sacrée car elle est la volonté d’Allah et garantit la cohésion de la famille par l’exemplarité de la mère dans sa manière d’aimer son mari et ses enfants.

Cette exigence ainsi posée conduit obligatoirement à des attitudes qui vous semblent coercitives mais qui dans la réalité permettent de maintenir intacts et même de renforcer les liens sacrées du mariage en protégeant mari et femme de toute tentation à rompre avec la Loi. Ainsi des garde-fous, avec sagesse, ont été établis afin que la descendance du prophète soit assurée par une filiation connue et reconnue par Dieu seul. Satan toujours présent se tapit dans le cœur de certains hommes les poussant à commettre l’acte impure de fornication avec celles qui sont également sous l’emprise du malin.

La femme, ainsi, devient une proie facile si elle n’est pas protégée de ses propres tendances perverses. Qu’y a-t-il de plus digne que de la préserver de toutes tentations en la soustrayant à la vue des autres, lui interdisant ainsi de laisser libre cours à une passion condamnable, à un acte de chair avec un inconnu qui lui salirait l’âme et ferait d’elle une prostituée que son mari et ses enfants ne pourraient que haïr et rejeter.

De plus en retrait, protégée par cette barrière, l’homme étranger à la famille ne peut en aucun cas porter un regard concupiscent sur l’épouse qui n’est pas sienne. Ainsi le port de cette burqa n’est plus une contrainte mais une protection pour l’épouse qui, protégée de toute convoitise des hommes, se consacre à son seul mari, dévoile à lui seul ses traits, son sourire et ainsi maintient la flamme de leur union. La dignité de la femme, de la jeune fille, de la mère, se voit de cette manière renforcée. Elle n’est pas un objet, du tout, mais une représentation presque divine de la pureté que l’on protège et vénère.

De plus, Monsieur le président, imaginez ce que peut être pour la femme cette espace de vraie intimité lorsqu’elle marche dans la rue, côtoie ou croise de multiple individus hommes ou femmes. En retrait de leur regard, elle acquière par le port de la burqa une vraie liberté, une totale autonomie de jugement sans que son regard puisse trahir ses pensées. Libre pour elle d’apprécier, de juger, de critiquer, de choisir ce qui lui convient ou pas dans le comportement des autres, sans devoir s’expliquer, rendre de comptes à quiconque. Elle n’est comptable que devant son mari. N’est-ce pas là une des formes les plus élaborées de l’émancipation de l’être humain ? « 

Le juge écoute d’une oreille attentive le sage islamiste. Sur son visage nul signe d’agacement à entendre la sempiternelle histoire de l’esclavage féminin devenu par miracle des écritures une des plus grandes vertus de l’espèce humaine à la satisfaction pleine et entière des femmes concernées. L’homme s’étonne du reste que le vieux singe à la barre ne lui ait pas encore sorti l’argument décisif comme quoi la femme réclame cet espace de liberté sous ce vêtement pesant, derrière cette grille rétrécissant le champ visuel, ce voile compliquant tout, jusqu’à la simple action de se moucher et bien entendu de montrer ses fesses aux passants, une manie obscène bien connue de la part de toutes les femmes, toutes putes et soumises à la tentation adultérine.

De la foule assistant à l’audience quelques murmures et commentaires s’élèvent vite réprimés par le rappel à l’ordre du président. Lui posera la seule question qui brûle les lèvres de quelques individus dont il fait partie. Car sous sa fausse indolence, le Président fulmine de tant de bêtises où les justifications ne sont là que pour mieux occulter le vrai motif : la soumission totale de la femme à l’homme, à ses désirs, ses pulsions les plus basses sans qu’elle s’y oppose.

 » Pouvez-vous nous dire alors pourquoi l’homme ne devrait-il pas être soumis aux même obligations que la femme si comme vous le dites le rôle de la burqa et d’offrir à celui qui la porte le confort d’une vie pleine et entière dans un espace de liberté personnel retrouvé et fait en sorte que la dépravation et les regards de convoitise ne puissent induire un comportement que votre morale religieuse bannit ? « 

Le théologien blêmit sous l’offense. Ce mécréant devant lui n’a aucun droit d’insulter les croyants, ces vrais hommes de foi de l’unique vérité, seuls capables de comprendre la nature humaine, de la modeler pour la seule gloire de Dieu.

L’affrontement est visible, l’air est électrique, les yeux du vieillard sont un court instant deux tisons de haine. Puis l’homme reprend sa dignité malgré l’attaque impie.

 » Alors, pouvez-vous fournir une réponse qui éclairerait le tribunal ? « 

 » Oui, monsieur le président. Allah est un homme et seuls les hommes méritent d’être regardés. « 

Gérard Lamy

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