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Burqa ! de Jamila Mujahed et Simona Bassano di Tuffilo

Le titre de cet ouvrage au texte épuré et aux illustrations satiriques est un cri de révolte, celui de Jamila Mujahed. Née à Kaboul avant l’arrivée des Talibans, cette militante féministe Afghane a dû, un jour, se résigner à porter la burqa pour pouvoir sortir de chez elle. « Ce fut comme si le monde entier venait d’un seul coup de tomber dans le noir, et moi je me trouvais soudain emprisonnée dans une cellule minuscule ».
Jamila Mujahed était journaliste à Kaboul. C’était une femme libre, convaincue que sa profession la protégeait de cet habit-prison qu’elle avait vu quelques fois dans les rues de certaines petites villes de provinces. Déjà, sous la pression des Moudjahidin, beaucoup de femmes s’étaient résignées à porter le hijab qui leur laissait au moins le visage découvert. Pendant les conflits, elles commencèrent à se cacher entièrement sous cette tenue grillagée pour échapper aux soldats qui les terrorisaient. A cette époque, les mariages forcés, les viols se multipliaient et les agressions à l’acide étaient de plus en plus fréquentes. Certaines femmes étaient défigurées.
Ce fut pire encore quand les Talibans prirent le pouvoir. Les escadrons religieux tournaient dans les rues à l’affut de chaque morceau de peau trop visible, corrigeant à coups de fouets les femmes aux tenues jugées incorrectes.

Jamila compris qu’elle ne pourrait plus retourner travailler, qu’elle devrait dorénavant vivre cloîtrée, chez elle ou sous une burqa. Elle abandonna tout espoir en des jours meilleurs.
Racontant en quelques phrases comment l’enfer s’est refermé sur elle, témoignant pour toutes les femmes qui, derrière leur grillage, doivent sacrifier leur liberté pour « protéger de la tentation les yeux des hommes », l’auteur de ce petit livre sans prétention a trouvé en Simona Bassano di Tufillo une illustratrice de talant. Cette artiste italienne a le sens de la dérision et l’humour provocateur de ceux qui savent que les dessins peuvent être une arme aussi forte que les mots.
Ce livre, comme l’ouvrage incontournable de la romancière d’origine iranienne Chahdortt Djavann (1), n’est pas seulement un témoignage. C’est un message de mise en garde envoyé à toutes les femmes et à tous les hommes attachés aux principes de liberté et d’égalité.
En dépit de notre histoire, en dépit de notre démocratie, en dépit de notre République laïque, la burqa est portée aujourd’hui en France. Cela laisse indifférent la plupart des responsables politiques de gauche comme de droite qui sont capables de tenir le même genre de discours que Nicolas Sarkozy sur l’insupportable vision de ces tenues portées par les afghanes. Pour ne pas heurter les bonnes consciences, risquer l’intolérance, ou être accusé de discrimination, on ferme les yeux sur ce qui se passe dans notre pays, on laisse s’y installer une pratique d’enfermement des femmes qu’on combat en envoyant l’armée française faire la guerre contre les Talibans.
Ici comme ailleurs, ces femmes sans visage n’ont pas leur place. Elles n’ont de place nulle part dans l’humanité. Elles sont une offense à toutes les femmes. Elles sont une insulte à toutes celles, esclaves des religions, des traditions et des croyances, qui luttent et qui souffrent, à celles qui meurent dans la barbarie.
Brigitte Bré Bayle
éditions de La Martinière – rayon BD
Jamila Mujahed a fondé la revue « Malalai », seule revue féministe afghane. Elle préside « The Voice of Afghan Women’s Association and Radio », ONG composée de femmes professionnelles des médias.
Simona Bassani di Tufillo est une artiste « engagée » italienne, fondatrice du mouvement « Direzionz Obbligatoria »
(1) « Bas les Voiles ! » paru en 2003 aux éditions Gallimard -existe en poche-