Calligraphies du Coran à Toulouse : la jeune fille agressée a porté plainte

Publié le 8 octobre 2012 - par - 2 460 vues
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Samedi 6 octobre, le quotidien la Dépêche  revient sur les évènements du mardi 2 au soir, la jeune fille agressée raconte:

« Je venais de raccompagner une amie et rentrais chez moi. Il était environ 21 heures et je me trouvais sur le Pont Neuf … Il y avait des femmes un peu excitées. Sur le sol je ne savais pas  que l’on projetait des versets du Coran dans le cadre du Printemps de Septembre. J’ignorais tout de cela. J’ai donc marché sur ces inscriptions lumineuses sans savoir ce qu’elles représentaient. D’autant qu’elles avaient déjà été projetées dimanche dernier.

Vous avez été agressée ?

J’ai été frappée à trois reprises par derrière. Trois gifles appuyées. Je me suis retournée et j’ai vu une femme, en face de moi de confession musulmane, très en colère. Elle m’a dit : « Tu ne respectes pas l’islam, ni le Coran.  Il y avait deux autres femmes à côté d’elle dont une avec une poussette. Je suis partie très choquée. J’en ai eu les larmes aux yeux. Un passant a vu que je ne me sentais pas bien. Les pompiers et les policiers sont arrivés car la foule commençait à devenir hostile« . Dans cet article de la Dépêche, une note en bas de page confirme que ce soir là la projection inopinée des calligraphies de Mounir Fatmi avait bien donné lieu à un rassemblement de 80 personnes indignées de voir des passants fouler ces écrits religieux. Elle confirme aussi l’intervention de la police et de l’imam.

Que penser de tout ceci ? D’abord souligner la totale innocence de cette jeune fille, et l’absence totale de contact, d’explication, on ne l’a pas informée, la gifle d’abord…. Et après, le : « Tu ne respectes pas  l’islam ni le Coran »… Drôle de manière de prouver que l’islam est une religion de  paix amour et tolérance.

Cette jeune fille sera réconfortée plus tard par une autre jeune fille,  musulmane, avouant qu’elle venait, elle aussi,  de marcher sur les projections et qu’elle ne voyait pas le problème. Mais elle, elle  n’avait pas été giflée.

Cette jeune femme pense avoir eu à faire à une poignée de personnes surexcitées. Qui sont ces personnes ? S’agit-il de la  branche salafiste de plus en plus visible à Toulouse, de celle qui  n’ obéira qu’à un imam, et encore ?

Les promoteurs de cette manifestation regrettent que l’auteur ait demandé l’arrêt de la projection. Sans doute est-ce parce qu’il a lui-même été choqué de la réaction violente des gens de sa propre culture que l’artiste a renoncé. Sa présence sur les lieux aurait-elle calmé les esprits ou aurait-on été jusqu’à l’agresser lui aussi,  lui casser la figure pour « acte sacrilège »?  (1)

Après cet acte, la jeune musulmane d’une trentaine d’années devra s’expliquer devant le Tribunal de Police  et répondre à cette « plainte pour  violence légère ». Elle risque une amende.  Le tribunal devrait en profiter pour faire oeuvre éducative et lui rappeler ce qu’est le vivre ensemble et les lois de la République, et, pourquoi pas, l’amour du prochain?

Je persiste à penser  que la projection, dans un espace public piétonnier,  de cette œuvre d’art, à caractère essentiellement religieux,  était une erreur.

Chantal Crabère 

(1) Mounir Fatmi avait déjà exposé son œuvre d’Art religieux à Doha.

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