Camerone et ses héros

Publié le 29 avril 2021 - par - 9 commentaires - 893 vues
Traduire la page en :

« Qui sait si l’inconnu qui dort sous l’arche immense,

Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé,

N’est pas cet étranger devenu fils de France,

Non par le sang reçu mais par le sang versé. »

                              (Quatrain tiré du poème « le volontaire étranger » de Pascal Bonetti, 1920)

 

« Ils furent ici moins de soixante opposés à toute une armée. Sa masse les écrasa.

La vie plutôt que le courage abandonna ces soldats français »

                             (Inscription figurant sur le monument  de Camarón de Tejeda, au Mexique)

Pour la Légion étrangère, où qu’elle se trouve, dans ses casernements ou en opération, le 30 avril  est un jour sacré : la commémoration de Camerone, le 30 avril 1863. Même en pleine bataille de Diên-Biên-Phu, à quelques jours à peine de déposer les armes, la Légion a fêté Camerone.

Camerone, c’est ce combat épique qui opposa une compagnie de la Légion étrangère aux troupes mexicaines durant la calamiteuse expédition française du Mexique (1).

Une soixantaine de légionnaires, assiégés dans un des bâtiments d’une hacienda de Camarón de Tejeda, résistèrent toute une journée à l’assaut de 2 000 fantassins et cavaliers mexicains.

À la fin d’une longue et éprouvante journée de combat, les six survivants encore en état de combattre, à court de munitions, chargèrent baïonnette au canon.

Un officier mexicain – d’origine française – somme alors les survivants de se rendre. Le caporal Maine répond : « Nous nous rendrons si vous nous faites la promesse la plus formelle de relever et de soigner notre sous-lieutenant et tous nos camarades atteints, comme lui, de blessures ; si vous nous promettez de nous laisser notre fourniment et nos armes. Enfin, nous nous rendrons si vous vous engagez à dire à qui voudra l’entendre que, jusqu’au bout, nous avons fait notre devoir. »

« On ne refuse rien à des hommes comme vous », lui répond l’officier mexicain.

Les rescapés sont présentés au colonel Milan, qui s’écrie : « ¡Pero estos no son hombres, son demonios! » (« Mais ce ne sont pas des hommes, ce sont des démons »).

Chaque 30 avril, partout où se trouve la Légion et dans les amicales d’anciens légionnaires, on lit le « récit de Camerone ». Un texte claire, concis, rédigé avec des mots simples pour que les légionnaires, issus de 180 nationalités différentes et maîtrisant souvent mal le français, puissent le comprendre : « L’armée française assiégeait Puebla. La Légion avait pour mission d’assurer, sur cent vingt kilomètres, la circulation et la sécurité des convois. Le colonel Jeanningros, qui commandait, apprend, le 29 avril 1863, qu’un gros convoi emportant trois millions en numéraire, du matériel de siège et des munitions était en route pour Puebla. Le capitaine Danjou, son adjudant-major, le décide à envoyer au-devant du convoi, une compagnie… etc. »

Le 1er mai 1853 – soit presque dix ans jour pour jour avant Camerone –  le sous-lieutenant Jean Danjou, au cours d’une expédition en Algérie, perdait  la main gauche à la suite de l’explosion de son fusil. Il la remplacera par une prothèse articulée en bois, dont il se servira comme d’une vraie main. Il sera lieutenant le 23 décembre 1853, puis capitaine le 9 juin 1855 à titre exceptionnel au siège de Sébastopol et, enfin, capitaine adjudant-major le 18 septembre 1855. Le 16 avril 1856, il est fait  chevalier de la Légion d’Honneur.

À Camerone, le capitaine Danjou jure de ne jamais se rendre et demande à ses hommes de faire de même, ce qu’ils font. Il meurt frappé d’une balle en pleine poitrine.

En 1865, la main articulée du capitaine Danjou est rapportée à Sidi-Bel-Abbès, berceau de la Légion étrangère. Depuis, cette relique est conservée à Aubagne (2), dans la crypte du musée de la Légion. Tous les ans, lors de la cérémonie de Camerone, la main du capitaine Danjou est portée sur la « voie sacrée », jusqu’au monument à la gloire de la Légion étrangère (3), par un légionnaire – officier, sous-officier ou homme du rang – choisi par ses pairs.

                                                                                                                                                                  -2-

Le 30 avril 1961, la main du capitaine Danjou n’a pas été présentée aux légionnaires : ce jour-là  était  un jour de deuil : celui de la dissolution du 1er REP (4), régiment fer de lance du putsch d’Alger les 21-22 et 23 avril précédents. Un régiment qui avait choisi « les voies de l’honneur ».

Ce combat de Camerone, défaite contre un ennemi mieux armé (5), à un contre trente, est entré dans l’histoire – comme Bazeilles pour les « Marsouins »  ou Diên-Biên-Phu pour les paras et (encore !) la Légion – parce qu’il symbolise l’acte gratuit, le courage, la volonté, l’honneur et la fidélité à la parole donnée. « Honneur et Fidélité » : c’est la devise de la Légion étrangère !

Rendons également hommage au caporal Louis-Philippe Maine, ce héros qui, avec une poignée de survivants, imposa ses conditions de reddition aux troupes mexicaines.

Louis-Philippe naît à Mussidan, en Dordogne, le 4 septembre 1830, au foyer de Joseph Ména dit « Maine », bottier de profession et de Thérèse Félix, française née en Espagne.

On ne sait pas grand-chose de l’enfance de Louis-Philippe Maine, sinon qu’il rêve d’aventure. Le 21 décembre 1850, il s’engage pour deux ans au 1er régiment de zouaves à Alger. Mais l’Algérie qu’il va connaître est trop calme pour lui. L’émir Abdelkader a fait sa reddition au duc d’Aumale en 1847. Cette phase de la conquête se termine par l’annexion de l’Algérie à la République française, via la création des  trois départements français d’Algérie en décembre 1848. En 1850, l’armée se charge surtout de veiller à la bonne intégration des révolutionnaires de 1848, déportés en Algérie et dont on fait, contre leur gré, des paysans et des laboureurs.

À la fin de son contrat, déçu, Louis-Philippe rentre à Mussidan où il reprend le métier de bottier de son père. Mais l’aventure le démange. Le 25 avril 1854, il s’engage à nouveau au 4e  bataillon de chasseurs à pied, qui part se battre en Crimée. C’est là que sa brillante carrière débute vraiment. Le 18 juin 1955, il est blessé lors de la prise de la tour Malakoff. Son courage lui vaudra la Légion d’honneur – sur le même théâtre d’opération que Jean Danjou –  clin d’œil de l’histoire !

En juin 1959, il est déjà adjudant et, après la victoire de Magenta, il est décoré de la valeur militaire italienne. Puis il suit le 4e bataillon de chasseurs à pied, en Algérie, où il s’ennuie.

L’expédition du Mexique est une aventure qui le tente. Il rend ses galons et s’engage comme 2e classe au régiment étranger qui part pour le lointain Mexique. La Légion va s’empresser de donner les galons de caporal à ce légionnaire blessé en Crimée et chevalier de la Légion d’honneur.

Rescapé de Camerone, Maine est nommé sous-officier, puis, plus tard, officier. En 1870, il est  capitaine au 3e  régiment d’infanterie de marine. Il participe, à Bazeilles,  au combat héroïque appelé  « Maison de la dernière cartouche ». Il est fait prisonnier à Sedan le 2 septembre 1870, et… s’évade le 18. Il gagne Bruxelles et rejoint la France. À Rochefort, il intègre les « francs-tireurs » et organise une phalange de volontaires qu’il conduit au feu.  Il y gagne ses galons de lieutenant-colonel du 8e régiment de gardes mobiles de Charente-Inférieure. À la révision des grades (en 1872) il redevient capitaine. Il termine sa carrière au 3e RIMa. Rayé des cadres pour infirmités temporaires le 30 novembre 1878, ce héros de Sébastopol, de Camerone et de Sedan, grande figure de la Légion et des « Marsouins », meurt à 63 ans, à Douzillac, en Dordogne, le 27 juin 1893.

Concluons avec quelques mots sur cette triste campagne du Mexique.

En avril 1865, la Guerre de Sécession américaine prenait fin avec la victoire du Nord. Les républicains mexicains  poussèrent  les Américains à masser leurs troupes le long de la frontière avec le Mexique, avec armes, munitions et matériel. Dans le même temps, les États-Unis pressaient les Français d’abandonner le Mexique. Napoléon III retira donc ses troupes, abandonnant les villes du nord, Mexico, Puebla, et Veracruz. En février 1867, le dernier navire français quittait les rives du Mexique. Sur les 38 493 militaires français envoyés au Mexique, 6 654 y sont morts de blessures ou de maladie. Puis la guerre du Mexique fit trois derniers morts.

En juin 1867, l’empereur Maximilien avait refusé d’abdiquer. Il se réfugia dans Santiago de Querétaro. Bientôt cerné par les républicains, il se rendit. L’empereur pensait qu’il serait  conduit à Veracruz et rembarqué sur le premier navire en partance pour l’Europe. Il fut condamné à mort.

Le 19 juin 1867, à Santiago, il fut exécuté avec ses généraux Miramón et Mejía.

Depuis le combat héroïque de la compagnie du capitaine Danjou, chaque fois qu’une unité mexicaine passe devant le monument de Camerone, elle présente les armes.

Et les légionnaires – jeunes ou vieux – continuent à chanter en souvenir de la campagne du Mexique : « Eugénie les larmes aux yeux / Nous venons te dire adieu,

      Nous partons de bon matin / Par un ciel des plus sereins.  

      Nous partons pour le Mexique / Nous partons la voile au vent,

      Adieu donc belle Eugénie / Nous reviendrons dans un an… ».

Éric de Verdelhan

1)- « Camerone » de Pierre Sergent (Fayard ; 1980) est, à mon humble avis, l’un des meilleurs livres sur le combat de Camerone.

2)- Maison-mère de la Légion depuis la fin de l’Algérie française.

3)- Ce monument, construit à l’initiative de général Rollet, le premier « Père Légion »,  sera démonté et reconstruit à Aubagne, Le 26 octobre 1962. Ce sera le premier travail accompli par les légionnaires du 1er régiment étranger.

4)- REP : régiment étranger de parachutistes.

5)- Les légionnaires étaient équipés de fusils à un coup à chargement par la bouche : la carabine Minié à balle forcée. Chaque légionnaire  disposait de 60 coups, mais les Mexicains, outre l’avantage du nombre, disposaient d’armes américaines à répétition et à grande portée.

 

Print Friendly, PDF & Email

Riposte Laïque vous offre la possibilité de réagir à ses articles sur une période de 7 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires injurieux ou diffamants envers les auteurs d'articles ou les autres commentateurs.
  • La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de langage ordurier ou scatologique, y compris dans les pseudos
  • Pas de commentaires en majuscules uniquement.
  • Il est rappelé que le contenu d'un commentaire peut engager la responsabilité civile ou pénale de son auteur

Notifiez de
antonini

en Algérie pendant mon SM j’ai été par deux fois transféré ,la 1ere fois au 1,’REP et la 2me fois au 2éme REP ou j’ai pus apprécier la valeur et le courage des ces légionnaires

POLYEUCTE

Le Temps des Héros !
Le jour où l’on veut condamner nos Militaires…
Honneur et Patrie !

NADJAZA

Salut à tous! Un bref retour sur ce site pour un ancien officier de L.E. afin de saluer tous mes camarades,connus ou inconnus,légionnaires ou gradés et leur souhaiter une bonne commémo de Camerone! Honneur,Fidélité !

Fonzy

Croire et Oser.

gaston

chanson de JP Mefret!!

Barracuda

Ancien Para du 3, respect pour mes frères d’ armes de la Légion Etrangère à qui je souhaite une bonne commémoration de Camerone.

Camerone

Des hommes, des vrais. Le sens de l’honneur, la patrie, les couleurs. Maintenant c’est que des Lopettes apatrides depuis 40ans de gouvernements successifs. Aucune honte a déshonoré la France. La potence serait la moindre des choses.

Theodore

Correctifs sur Louis-Philippe Maine
:
1 Le 18 juin 1855 ( et non 1955 ! ), il est blessé lors de la prise de la tour Malakoff.
2 En juin 1859 ( non 1959 ), il est déjà adjudant et, après la victoire de Magenta

Éric de Verdelhan je reconnais c est pas simple de parler du lointain passe et du passe proche…tout se melange !
Louis-Philippe Maine etait peut etre cache lors du putsch de 1861 a ALGER !! ??( 1961 ) va savoir

Lire Aussi