Camille Kouchner : une vie saccagée par la gôche morale dépravée

(Olivier Duhamel)

Je viens d’achever le livre de Camille Kouchner, « La familia grande ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur, sympathique et désarmée, essaie de surnager dans une ambiance délétère, et n’y arrive pas toujours. Le climat de son enfance et de son adolescence est sordide. Glauque, poisseux. Mais c’est normal. C’est la gôche morale, celle qui tient le haut du pavé. Celle qui fait ce qu’elle veut. Celle qui nous ordonne comment penser. 

Ce livre, c’est les Eygletière de Troyat : tout le monde couche avec tout le monde. Et c’est normal.

D’abord sa grand-mère, Paula. Elle pavoise parce qu’elle divorce : le divorce c’est la liberté. Certainement, dans certains cas. Mais de là à exploser de joie en le racontant à ses petits-enfants…

Évelyne Pisier aussi pavoise d’être libérée de Bernard Kouchner. Les jumeaux qui ont six ans se font enguirlander parce que ce n’est pas tout à fait leur avis. Et même, leur grand-mère à cet aveu les plante en pleine rue, à Paris, à six ans. Ils se font gronder par leur mère de s’être plaints.

La mère de Camille haïssait son propre père parce qu’il était pétainiste et maurassien. Mais elle-même, Évelyne Pisier, a été pendant quatre ans, dans les années soixante, la maîtresse de Fidel Castro. Ah, mais il ne faut pas tout mélanger. La gôche révolutionnaire, c’est acceptable, toujours.

Fidel a soufflé Évelyne à Bernard, lequel se console avec Marie-France, la sœur. Marie-France, elle-même, est dans les bras de Daniel Cohn-Bendit, celui qui aime bien qu’une gamine de cinq ans lui défasse la braguette. Que du beau monde. L’internationale du cul.

La mère et le père d’Évelyne finissent par se suicider l’un après l’autre. Leur vision idéologique de la sexualité libre n’aurait-elle pas dû faire leur bonheur ? Leur fille Marie-France se suicidera plus tard aussi. À moins qu’elle n’ait été suicidée, ce n’est pas clair… Les beautés de la libération sexuelle sont sans limites.

À l’enterrement de Marie-France Pisier en 2011, toute cette gauche sordide se presse pour se montrer, chacun avec le sourire satisfait d’être vu. Ils y sont tous, les copains et les coquins : Frédéric Mitterrand, Bernard Kouchner, Martine Aubry, Élisabeth Guigou, Daniel Cohn-Bendit, etc.

À Sanary, dans le Var, la famille se réunit l’été. Un baisodrome. Une vingtaine d’enfants dans une maison, et une vingtaine d’adultes, tous de la gauche caviar en vue, dans l’autre. Les adultes vivent tout nus, sauf une amie qui n’apprécie pas mais qui est couverte de sarcasmes à cause de cela. À table, tout le monde fait du pied à tout le monde. Avertie de ce que Olivier en drague une autre, Évelyne commente, impassible  : « la baise, c’est notre liberté ».

Dans la piscine, les parents se baignent nus, en particulier Olivier Duhamel, qui fait semblant de se couvrir d’un pagne qui dévoile tout. La grand-mère aux seins fripés se baigne aussi toute nue au vu de tous. Les photos des culs (le terme est de Camille) des enfants sont épinglées en gros posters sur les murs, par Olivier qui les photographie lui-même.

Quand elle a douze ans, la grand-mère de Camille s’inquiète qu’elle n’ait pas encore fait l’amour à son âge. Et sa propre mère veut lui montrer comment on roule un patin. Camille refuse.

(Christine Ockrent, Évelyne Pisier)

Quand elle a quinze ans, l’été à Sanary, tous les soirs sans exception, les jeunes sont expédiés en boîte de nuit jusqu’à fermeture de la boîte. Car il faut qu’ils dégagent pour laisser les adultes tranquilles. Night club obligatoire. Alcool et probablement plus. On ne sait pas ce que font les parents pendant ce temps-là. On imagine.

On ne se gêne pas. Duhamel est très lié avec Matzneff, il a signé son papier sur la libre sexualité avec les enfants et l’a fait signer à Kouchner.

C’est à Paris vers les quatorze ans de Victor qu’Olivier Duhamel prend l’habitude de se glisser dans la chambre de Victor le soir, pour « lui montrer ». Après, il vient voir Camille et lui demande si elle dort avec une petite culotte. Question normale pour un père ou un beau-père ?

Puis Olivier va voir le frère aîné et lui mesure le sexe, avec un double décimètre. Il adore faire ça. Lui, le beau-père, conjoint de la mère.

Bernard Kouchner, lui, s’est remarié avec Christine Ockrent, une vraie marâtre qui se fait rapidement détester. Pour avoir la paix le soir, quand les jumeaux viennent le voir, il leur fait avaler des somnifères.

Concernant Olivier Duhamel, Camille est sous emprise, ainsi que toute la famille. Car Olivier est brillant et a du charme, semble-t-il. Surtout, il faut préserver Évelyne, qui est si « fatiguée », dit-il. Donc, pas d’histoires.

Camille Kouchner frôle alors la déprime la plus totale, avec boulimie et anorexie, étudiant comme un fantôme. Elle a du mérite d’être devenue avocat et professeur de droit. D’autres s’en seraient moins bien tirés…

Camille devient mère et comprend enfin qu’elle n’a pas le choix : ses enfants ne peuvent pas aller en vacances à Sanary et subir ce qu’a subi son frère. Et probablement d’autres enfants. D’ailleurs, certains enfants avaient interdiction de leurs parents d’aller à Sanary. Des couples fuyaient. On se demande bien pourquoi…

(Camille Kouchner)

Camille, pour protéger ses enfants, doit dénoncer son beau-père, qu’elle a toujours jusque-là essayé de protéger. Elle parle à sa mère.

Évelyne Pisier le prend très mal. « Comment avez-vous pu ainsi me tromper ? Toi, la première, Camille, ma fille, qui aurais dû m’avertir. J’ai vu combien vous l’aimiez, mon mec. J’ai tout de suite su que vous essaieriez de me le voler. C’est moi, la victime, » a-t-elle écrit. 

Victor est devenu le coupable et Camille la complice. « Pourquoi tu n’as pas parlé ? » ajoute la mère. « Mais, quand j’ai fini par parler, je suis devenue celle qui n’avait rien dit. Avec l’inceste, c’est comme si la dénonciation était pire que le crime. » explique Camille.

« Salauds ! vous avez tout balancé  «  aurait-elle hurlé à ses jumeaux. « Je hais votre perversité. Tout le monde maintenant va être au courant «  . La grande bourgeoise se mue en petite bourgeoise affolée, espèce qu’elle a toujours détestée. Cette gôche internationaliste n’a qu’une peur : que sa perversité se sache. On se croirait dans une petite ville de province. On se croirait dans Balzac, dans Zola, dans Mauriac. Évelyne ne veut rien reconnaître et ne veut apporter aucun soutien à ses enfants face au prédateur.

Camille se brouille avec sa mère. Laquelle sombre dans l’alcool avec la complicité active d’Olivier qui remplit son verre. Puis décède, en 2017. Les « Sanaryens » viennent à l’enterrement mais ignorent Camille. Ils ne veulent pas se mouiller, alors qu’ils savent tout.

C’est ainsi que Camille décide d’écrire cette histoire. Le comble : Olivier Duhamel, pour se défendre, invente une histoire d’amour entre lui et son beau-fils.

On découvre le vrai visage de cette gôche soi-disant libérée, sûre d’elle, qui croit que tout lui est dû, que tout lui est permis, se partage la France et ses prébendes. Et surtout, prétend donner des leçons. Prétend qu’on peut faire n’importe quoi avec ses enfants, alors que c’est révulsant.

Une misère friquée est décrite, dorée même, mais vraie misère morale de la gôche morale.

On a volé à Camille son enfance en la faisant vivre dans ce que l’idéologie sexuelle post-soixante-huitarde avait de plus répugnant. Comme si c’était normal.

Sophie Durand

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