Capital-islam-gauchisme et les neuf crises de l’Occident contemporain (3/3)

Publié le 19 septembre 2011 - par
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Les articles qui précèdent ont suffisamment déblayé le terrain pour qu’il soit possible de livrer un nouveau schéma de la Triplice, intégrant les neuf crises qui menacent les nations occidentales et même eurasiennes dans leurs identités charnelles et politiques, mais aussi, de proche en proche, l’humanité entière. Le schéma étant relativement complexe, il est conseillé de cliquer sur l’image pour l’examiner en grand. Il nous reste ensuite à faire quelques observations.

Remarque générale sur la précarité

La précarité reste le concept fondamental qui permet de comprendre l’emprise des oligarchies capitalistes sur notre quotidien. Mais encore faut-il donner à ce concept une définition très large. La précarité n’est pas, précisément, qu’une précarité socio-économique, et ce serait une redoutable erreur de la réduire à cela. Nous sommes précaires, certes, au sens où nous sommes de plus en plus nombreux à survivre de petits boulots sous-payés, dont on peut être congédié du jour au lendemain. Mais dans ce cas, il ne s’agit encore que de paupérisme.

Nous sommes également précaires face aux forces naturelles, dont les dégâts sont renforcés par nos errements technologiques. La récente catastrophe nucléaire japonaise illustre parfaitement bien cette « convergence des catastrophes », où la précarité d’antan, face aux deux équivoques divinités que les anciens appelaient fortune et nature, se trouve, aujourd’hui, infiniment aggravée. Un tsunami n’est pas grand chose. C’est un peu le tremblement de terre de Lisbonne, qui n’est déjà pas rien je le reconnais. Un tsunami qui frappe une zone surpeuplée, polluée et de surcroît fortement nucléarisée, c’est totalement inédit.

Et puis il y a la crise du sens. Jamais les moyens d’accéder au savoir et de se cultiver n’ont été aussi grands, c’est-à-dire aussi facile à mobiliser, même pour l’occidental moyen sans grand revenu. Trouver une référence demandait autrefois, dans certains cas, des heures de recherche et une visite peut-être infructueuse à la bibliothèque. Aujourd’hui, la Toile nous livre du savoir et de la vérité en abondance, à condition de savoir un tant soit peu chercher, ce qui s’apprend très vite. Et pourtant l’hyper-bêtise, la mondial-crétinocratie prédomine un peu partout, depuis le peuple décérébré jusqu’aux élites intellectuelles usurpatoires, dont les savoirs ne sont qu’un illettrisme raffiné, une sophistique de circonstance prostituée à la Triplice. L’occidental moyen est donc également précaire d’un point de vue intellectuel, j’allais dire existentiel. Ce sont aussi le chômage du cerveau et le tsunami des idées fausses qui le menacent au quotidien.

Remarque sur l’interconnexion des crises

Le Lecteur qui s’intéresse à la Triplice s’interroge peut-être sur le principe « n’importe quelle crise renforce (et est renforcée par) n’importe quelle crise ». Ce principe n’est-il pas un peu abusif ? N’a-t-on pas poussé la systémique un peu loin ? Quel rapport, par exemple, entre la crise écologique et la crise de laïcité ? Pourquoi l’une renforcerait-elle l’autre et réciproquement ?

La réponse est très simple. Chaque crise est déjà en soi un univers de complexité. Penser une crise, lutter contre elle, c’est à la limite du possible, tant les choses demandent d’érudition, d’approfondissement, de travail. L’ampleur d’une crise induit une spécialisation des savoirs et des activités militantes qui empêchent de manière quasi systématique d’apercevoir, de penser et de combattre les autres crises. C’est la raison, au moins négative, pour laquelle toute crise renforce les autres crises. Quant à ceux qui prétendent promouvoir une approche systémique alors qu’ils en sont incapables – je pense à certains intellectuels de gauche incultes – ils se contentent de lever un coin du voile, de manière si partielle, si approximative, que leur travaux ne servent à rien. Ensuite, les usurpateurs politiques n’ont plus qu’à surfer sur la vague, celle de l’ignorance et de l’à-peu-près.

Prenez Mélenchon et son Parti de Gauche : entouré d’hercules de la pensée aussi redoutables que Peña-Ruiz, il prétend promouvoir une politique à la fois sociale, écologique et laïque. Mais comme il ne comprend rien à la Triplice, ou comme il feint de n’y rien comprendre, on ne saura jamais, il appelle à voter DSK-FMI au second tour, du moins avant le scandale DSK ; il soutient l’islam et les prières de rues, et pour finir son écologie fait sourire quand on pense qu’il s’occupe à rabattre l’électorat de gauche vers le parti socialiste, vendu à toutes les grandes oligarchies industrielles (et pas qu’industrielles). On le répète, la Triplice est un tout.

On a le droit, comme savant, ou comme militant, de se spécialiser dans un combat et un seul. Mais détacher son combat du reste, négliger de situer la lutte à l’intérieur d’un tout, à l’intérieur d’un tout qui est la Triplice en l’occurrence aujourd’hui, c’est se condamner au crétinisme, et, de proche en proche, à la collaboration. La myopie militante est le premier degré du collaborationnisme, elle détermine de proche en proche toutes les attitudes et les philosophie capitulardes.

Remarque sur la myopie militante

Le cas navrant des syndicalistes : alors même que nos peuples sont frappés par neuf crises à la fois, totalement interconnectées les unes aux autre, nos braves syndicalistes (et j’en sais quelque chose, connaissant le problème de l’intérieur) se contentent de continuer leur lutte pointilliste contre le capitalisme assoiffé de sang, et encore sous le seul aspect de la crise économique et sociale. Un neuvième de la difficulté ! En soi, ce n’est pas un crime, puisque tout militant bénéficie en quelque sorte d’un droit de spécialisation. Ce qui est criminel, en revanche, c’est de situer son combat en dehors de l’approche systémique, de la pensée complexe. Ce qui conduit les syndicats à soutenir l’islam, l’immigrationnisme, la xénophilie, l’antisécuritarisme, bref toutes choses qui nuisent gravement à la santé du travailleur national et même à celle de l’immigré assimilé, honnête et bosseur. J’ai essayé en interne de rappeler toutes ces choses à mon propre syndicat ; ils n’ont jamais compris ce que je voulais dire…. J’ai répondu alors en rendant mes mandats.

Le cas navrant des scientifiques : si l’on fait abstraction des faux scientifiques qui se contentent de servir la soupe aux oligarchies, notamment industrielles, dans le cadre de ce qu’on appelle la « technoscience », il se trouve tout de même certains savants sincères pour alerter les populations sur un certain nombre de nuisances techno-environnementales, qui modifient de manière alarmante les conditions de la vie humaine, animale et végétale. Mais là encore l’hyper-spécialisation, le pointillisme, qui n’est pas en soi condamnable je le répète, conduit souvent ces savants à négliger tout le reste, pire : à épouser des positions des plus collaborationnistes dans des domaines qui ne sont pas les leurs. Beaucoup de savants, par ailleurs respectables en tant que savants, se comportent comme de parfaits petits gauchistes au service de la Triplice, et on les voit ramener leur fraise dans tout ce que le pays peut produire de manifestations xénophiles et remplacistes.

Le cas étrange des intellectuels néo-réacs : les penseurs néo-réacs, bien plus synthétiques que les syndicalistes ou les scientifiques, essayent de combattre à la fois la crise du sens, la crise de la culture, de la civilisation, parfois la crise ethnique, et, d’une manière générale, l’inversion des valeurs (la crise des valeurs). Ils ont au moins le mérite de se balader aux trois coins de la Triplice, et, sur l’inversion des valeurs, ils poussent l’analyse assez loin, ayant bien compris le fonctionnement du triptyque barbus-gauchos-racailles. Ils ont d’ailleurs souvent notre sympathie dans les colonnes de Riposte Laïque. Il faut dire qu’ils nous changent des gauchistes ! Mais là encore, la spécialisation, même s’il s’agit d’une bien moindre spécialisation dans leur cas, les pousse à fourrer un ou deux doigts dans l’engrenage de la Triplice. Ils haïssent les gauchistes et ils ont raison, mais, par réaction, cet antigauchisme les pousse à épouser certaines positions de la droite libérale-conservatrice, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas vraiment composée de résistants à la Triplice. Les intellos néo-réac sont donc ambigus sur tous les dossiers au bout du compte. Cela posé, à tout prendre, il vaut mieux un intellectuel de droite qu’un intellectuel de gauche ; et même sur le dossier du Capital. L’intellectuel de droite ne soutiendra jamais le « libéralisme » le plus extrême, il est trop clairvoyant pour cela. L’intellectuel de gauche, aveugle ou hypocrite, qui nous bassine à longueur de journée avec son anticapitalisme, est pourtant l’allié objectif des oligarchies.

Observations sur le 11 Septembre

J’ai remarqué que le débat fait rage, et que c’est encore un peu maintenant la guerre des hypothèses. En ce qui me concerne, je n’ai pas grand chose à dire du 11 Septembre, même si je partage la ligne de Riposte Laïque : de toute manière, on retombe toujours sur la Triplice. Si on considère que des musulmans ont commis l’attentat, ça les arrange bien car ils confirment ainsi la forte capacité de l’islam à imposer la terreur. Si on considère qu’ils ne l’ont pas commis, ça les arrange bien car ils jouent la carte de la victimisation, ce qui est encore une forme de terreur. Si les capitalistes ont commis l’attentat, ça leur permet de lancer des processus de guerre (Afghanistan, Irak), de vendre des équipements militaires, de transformer quelques chômeurs en soldats et d’imposer une législation antisociale sous couvert d’antiterrorisme (1). S’ils n’ont pas commis l’attentat, cela leur permet… la même chose. Et si ce sont des musulmans financés par des capitalistes qui ont fait le coup : comme cela, ô combien, revient au même !… Et quand bien même ce serait ma grand-mère, ou des martiens, ou la reine d’Angleterre qui auraient commandité le truc, on en reviendrait toujours aux mêmes conséquences. L’islam en sort renforcé, le capitalisme conforté, et le gauchisme, quant à lui, continue à lustrer les babouches de l’islam tout en mimant la lutte des classes.

Jacques Philarcheïn

(1) De sources syndicales, les lois antiterroristes de G. W. Bush autorisent la répression accrue des grèves et autres mouvements de salariés au non de la sûreté de l’État.

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