Carmen, réinterprétée à la sauce féministe par des crétins

Publié le 14 janvier 2018 - par - 22 commentaires - 939 vues
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A Florence, au Teatro del maggio, a été donnée une représentation du Carmen de Bizet où il a été décidé, comme ça, sans demander l’avis de l’auteur, que ce n’était pas Don José qui tuerait Carmen, mais l’implacable Carmen qui achèverait Don José. Pour contrer l’image dévaluée de la femme victime, c’est dans le vent. Carmen transformée en Calamity Jane, l’idée aurait certainement amusé Bizet, et plus encore, Mérimée…

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Quelle tartufferie… Qui a commandité ou accepté cette version ? Quel est l’âne bâté qui a osé lui donner corps ? C’est le metteur en scène, Léo Muscato, qui donne la raison profonde de cette idée géniale : « À notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles. » Un engagement courageux donc.

Carmen est une femme hautaine, fière, altière, dominatrice. Don José, qu’elle séduit, est son jouet. Non parce qu’elle est cruelle – bien que -, mais parce qu’elle est inflexible. Son éducation, ou son tempérament de gitane somptueuse ne met rien plus haut que sa liberté, et que sa personnalité inaltérable. Parce qu’elle est d’une indépendance féline, irréductible. Une sorte de moderne Athéna. Elle domine. Dès le début, elle le prévient le Don-José : aime moi, mais ne t’attache pas. Et si tu veux que je t’aime, suis-moi. Sans attendre. Ce pauvre naïf n’a rien compris et il a déjà le pied pris au piège de la tragédie. Le rappel est sonné à la caserne. Le pauvre petit soldat doit rentrer, “malgré son amour”. Mais il reviendra, pour sûr. Carmen peut-elle croire cela ?  Carmen ne l’accepte pas en tout cas : « Taratata, c’est le clairon qui sonne. Taratata, je vais être en retard ». Elle se moque, le blesse cruellement.  Il n’est pas libre, donc il est indigne d’elle. Et elle le lui fait savoir crument. Ce pauvre nounours en peluche, qui a abandonné sa Micaella pour cette garce de gitane, qui s’est mis sa hiérarchie sur le dos en la libérant sous l’emprise de sa terrible séduction, qui va faire du cachot pour manquement grave à son devoir va, aussitôt sorti, pleurer dans son giron pendant des heures, un peu comme ces pignoufs qui allument des bougies après les attentats qu’ils ont refusé de voir venir.

Ce qui aiguisera le mépris de la Carmencita à son encontre. Il est perdu. Comme tous les amants transis et trahis, son désespoir le pousse petit-à-petit vers le précipice. « Menace ou prière » ? Rien n’y fait ; Carmen est indestructible, Parce que l’amour pour elle n’a pas le même sens que pour lui. Parce que l’amour « est un oiseau volage ». Point-barre. Qui m’aimera, je l’aimerai. C’est clair ? Et le pauvre Don José, mené du début à la fin par le bout du nez par cette allumeuse sans scrupule, le voilà aujourd’hui condamné par le tribunal international des imbéciles comme un vulgaire obsédé sexuel, un dragueur coupable de harcèlement, un implacable prédateur. Il est pourtant bien difficile de la considérer comme une pauvre victime, la Carmencita… Comme une faible femme. Comme une victime du machisme. Son amant éconduit, qui ne consommera jamais l’amour charnel qu’elle éveille en lui par un jeu de séduction des plus pervers, ce pauvre don José, deviendra son assassin ; Amoureux transi, ridicule ; elle se fait tuer en le  méprisant, avec condescendance. Elle ne cède pas, elle ne s’effraye pas à la vue de l’arme que Don José tient en main ; avec la superbe et la dignité de qui, jusqu’à la mort, sait dire « Non ». Elle méprise cet homme qui a cédé à la passion. Sa mort l’élève à l’absolu de sa condition, la consacre comme figure emblématique de la liberté. D’une manière bien différente certes, mais comme les martyrs chrétiens. Comme les résistants. Comme les soldats qui se jettent au feu sans la moindre hésitation. Elle ne recule jamais. Elle devient une idole. Si la capacité à être libre se lit dans l’aptitude au sacrifice, alors sa mort est indispensable pour rendre explicite toute la dramaturgie. Sa mort, c’est la solution à l’équation posée.

Le seul homme qui aura été, en quelque sorte, son alter ego, c’est Escamillo, le Toréador, précisément, on ne peut plus couillu et macho. Superbe mâle dédaigneux, elle est seule à faire fléchir son dédain. Genre de mec que les féministes ne portent pas dans leur cœur. Elle aime visiblement se confronter à la virilité. Lui aussi, d’une autre manière, il affronte la mort, « car avec les soldats, oui, les Toreros, peuvent s’entendre ; Pour plaisirs, pour plaisirs, Ils ont les combats ! ».  Il est digne, arrogant, suffisant. Il est à la hauteur. Pas comme ce minus de Don José, qui ne cesse de se ridiculiser, et qui se tord de douleur de voir que c’est cette horrible bête de torero qui va l’emporter. La jalousie est à son comble. Quand Don José tue Carmen, de fait il se suicide. Par ce superbe sacrifice, elle, consacre sa personne, son irrévocable liberté, elle s’affirme de manière définitive. Elle est splendide dans la mort, il est un homme écrasé par sa propre faiblesse.

Voilà en substance le contenu de l’œuvre

Revenons à la version hautement révolutionnaire exposée par Léo Muscato. Carmen qui tue Don José ? Elle ne l’aurait jamais fait. Pas à la hauteur, le Don José. Il n’en est pas digne. Elle ne se serait jamais abaissée à cela. Elle le méprise trop pour attenter à sa vie. Cette inversion est d’une incommensurable bêtise. Elle fait de Carmen une mégère sordide, une salope de bas étage qui martyrise et qui, après s’être tapé le toréador, va flinguer celui qui fut son souffre douleur pendant des mois. Il devient un christ, elle un démon. Quelle bassesse, quelle nullité. Le niveau monte dans le domaine des arts ! Le féminisme le plus ringard a de beaux jours devant lui avec ce ramassis d’imbéciles.

Le haut courant de pensée humaniste qui affiche le vagin de la reine bien en vue dans le parc du palais de Versailles, un “plug anal” dégueulasse en place de la colonne Vendôme, où un artiste créateur expose ses merdes (ce n’est pas une métaphore) dans une exposition à Londres, où l’on vend des centaines de millions de dollars une cuvette de chiottes en or, où un vieillard malade conchie une effigie du Christ en pleine Cour des Papes dans le cadre d’un prestigieux festival de théâtre, mais où l’on demande la censure d’un tableau de ce pédophile de Balthus,  où l’on fait disparaître les croix sur les photographies d’édifices religieux, où l’on trafique les photos de Sartre, de Camus, de Gainsbourg pour que n’apparaisse plus leur mythique cigarette, où de grandes œuvres classiques sont stigmatisées pour un rien qui déplaît, où le moindre mot “déplacé” au sein d’une œuvre littéraire ou dans un commentaire public condamne l’auteur à passer au tribunal… « Le poids du droit est devenu tel qu’un nouveau phénomène rend les anciennes pratiques de censure obsolètes : l’autocensure. De peur d’être accusé de porter atteinte à telle ou telle communauté, les médias, les artistes et toutes personnes ou institutions disposant d’un espace de parole public, contrôlent leurs paroles à l’excès. Les idées controversées, les polémiques et les joutes verbales disparaissent derrière les menaces de sanctions légales. L’inflation de lois sur le sujet prouve que le droit est devenu le substitut du débat : plus besoin de contester ou de débattre d’une idée lorsqu’il est possible de simplement interdire son évocation sur la place publique. L’omniprésence du droit explique désormais la frilosité des polémistes : une parole trop libre mène parfois son auteur à la situation inverse. Mais de l’impossibilité du débat découle l’atrophie de la pensée : il n’y a plus de contradictions possibles lorsque seules les opinions aseptisées restent légales ».
(http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/n-y-a-t-il-vraiment-plus-de-censure-en-France).

Nos “carménistes” florentins font mieux : comme de plus en plus “d’artistes engagés”, ils prennent servilement les devants, lèchent le c… par avance, anticipent la demande, s’inclinent comme des laquais devant les rois de la bêtise. Des fois que ça leur assure un succès qu’ils sont incapables de trouver autrement. La procédure devient constante. Cette époque apparaîtra un jour, je l’espère, au regard de l’histoire, pour ce qu’elle est, envahie et dominée par une multitude de dégénérés moribonds incapables de comprendre le monde et d’une tristesse désespérante. Une époque au regard de laquelle l’Angleterre victorienne semblera un gigantesque lupanar…

Ce militantisme de crétins se développe dans un climat général qui résulte d’une instrumentalisation politique de tout et de rien, amplifiée et consacrée par une mafia médiatique qui fait feu de tout bois. Mais quand on monte une telle pièce dans un théâtre de la prestigieuse Florence, on fait nécessairement l’effort de lire le texte et de l’analyser, non ?

C’était quoi, ton argument, Muscato ? La version initiale est superbement féministe, avec panache, c’est le moins qu’on puisse dire. La version “corrigée” se révèle épouvantablement misogyne.

Retourne à l’école, Muscato. Analyse de texte et compréhension : 0,1/20.

Parce qu’on ne met jamais, par humanité, zéro à qui n’a pas eu l’audace de rendre copie blanche. C’eut été pourtant préférable.

Yves Queyroux

Musicien

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Notifiez de
Captain Cook

Bref, Carmen est une gitane, qui obéit à la loi gitane, à la loi mâle. Elle n’est pas libre, d’où son comportement mystérieux avec Don José, Belle analyse, je garderais l’original tellement plus beau.

Fifi

Et Don José, elle le voit comme un chien méprisable qui la suit partout et dont elle prend pour un idiot, dont elle fait ce qu’elle veut… Mais la fin conduit au crime passionnel car, selon Don José, il a tout perdu à cause d’elle. Donc votre conclusion ?

Cook

Complètement d’accord avec vous, c’est un gros benêt, un idiot qu’elle méprise, il a tout perdu par manque d’orgueil! (etc) J’ai bien dit ‘belle analyse’. Je ne vais pas plagier une explication de texte réussie.

Artémas

C’est du non-art dégénéré

antécumé

Bizet, ne leur pardonne pas, ils savent très bien ce qu’ils font!

HARGOTT

Ces terribles connards montre bien ce qu’ils sont: des débiles qui n’ont de culture que les trois premières lettres qui forment le mot c.., la partie de leur corps qui leur est la plus indispensable.

Carole

Plutôt que de jouer aux cons en ridiculisant des chefs-d’oeuvre, les féministes auraient mieux à faire en s’attaquant à la vie réelle en défendant vraiment les femmes battues voire tuées par leur conjoint par exemple (parce que la situation n’a pas tellement évolué malgré leur grandes déclarations), les femmes voilées comme des objets par des jaloux paranoïaques, mariées de force, les femmes violées – vraiment violées, comme celles qui l’ont été par des migrants, pas draguées car la drague n’est pas un crime … Qu’ils arrêtent leur cinéma – ou leur théâtre parce que, vraiment, le féminisme se réduit à… lire la suite

dufaitrez

Tout a déjà été dit sur le sujet !
Olivier Py, à Avignon, fera sûrement …Pis !

JILL

Chimène jouée par Omar Sy,quel pied …Je savais que les tordus étaient légion,mais je me rends compte que nous avons encore du mou .

butterworth
didile

Carmen ne serait -elle pas une allégorie de l’Europe .Une histoire espagnole racontée et mise en musique par des Français ,massacrée par des Italiens pour finir par un bide retentissant .

kikimora

Décidément RL en rajoute jusqu’à plus soif! RL devrait mettre un filtre pour interdire son site aux connas… de femmes.
Je me souviens d’un temps où les metteurs en scène gauchistes et bobo transplantaient du Mozart au vingtième siècle…et ce n’était pas la faute des femmes et tout le monde trouvait cela « génial »; vous même aussi peut être.

Y. Q.

Non, pas moi

antécumé

Moi non plus, nous sommes déjà deux, le début d’une armée!

Carole

Dans le monde merveilleux des féministes, les femmes ne mourront plus injustement . Finis, les drames ! Ces imbéciles heureux ont du pain sur la planche car il va leur falloir revisiter pas mal d’œuvres dramatiques célèbres pour que tout y finisse bien comme dans les animations de Disney. Dans cet esprit aussi neuneu que bienséant , Gilles William Goldnadel propose ironiquement de revisiter les Misérables de Victor Hugo, où la pauvre Fantine, mère de Cosette, tuerait son persécuteur, l’Inspecteur Javert (mais de façon à ne point être arrêtée il faut y songer aussi). Le chef d’oeuvre de l’illustre Hugo… lire la suite

victoire de Tourtour

Il va falloir, entre autres, revisiter « Horace » (Corneille).Cet affreux macho de Horace tue sa sœur Camille qui pleure son fiancé Curiace liquidé par le susdit Horace en combat quasi singulier.

Peg

Très bon article qui décrit si bien notre décadence, et merci pour cette excellente analyse de « Carmen »!

wolfred

c ‘est du niveau d’une autodafé !!! la honte !

Dominique Martin

La prochaine fois , pour être dans le vent , faites jouer Carmen par un couple LGBT . Il suffit de baisser la partition de la soprano d’une octave et on a une belle histoire d’amour entre deux ténors .

Carole

Un fiasco ! Et Bizet, depuis sa tombe ou du haut du ciel, a dû leur jeter un sort car Carmen n’a pas pu tuer Don José, le pistolet s’est enrayé. MDR ! http://www.lefigaro.fr/theatre/2018/01/10/03003-20180110ARTFIG00194-conspue-le-carmen-anti-feminicide-de-florence-tourne-au-fiasco.php Au Teatro del Maggio, la première a été marquée par ses sifflets mais surtout par un raté inattendu. Au moment où Carmen tire sur Don José, l’arme s’est enrayée et les coups de feu n’ont pas retenti, malgré les deux essais de la chanteuse Veronica Simeoni. Un fait dont s’est délectée la presse italienne. «Et à la fin Don José mourut d’infarctus», a titré La Stampa… lire la suite

Bartabac

La sauce féministe, c’est la haine de l’homme, c’est le désir et le projet, déjà sur les rails, de détruire l’homme, en commençant par son image, son courage, sa virilité, avant de le liquider physiquement. (Pas moyen de retrouver cette vidéo d’une youtubeuse coréenne assez connue là-bas qui portait le t-shirt d’une secte féministe qui prônait le meurtre des hommes et qui d’ailleurs avait déjà sévi, si quelqu’un tombe dessus par hasard…)

Ali à l\'eau

Par des crétins pour des crétines fort nombreuses Hélas !*