Ce qu’était vraiment le quotidien des Russes sous le communisme

Publié le 8 novembre 2019 - par - 46 commentaires - 1 953 vues
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(Eltsine en août 1991)

Le communisme en Russie s’est effondré avec la fin de la guerre froide, en 1991, deux ans après l’effondrement du mur de Berlin. Je ne vais pas revenir sur cette histoire, que tout le monde connaît. Simplement insister sur plusieurs idées erronées au sujet de la Russie de l’époque.

La première erreur : cet effondrement n’est pas l’œuvre de Gorbatchev, comme beaucoup le disent encore. Non, cela lui a été imposé par le système, et Gorbatchev a été très vite dépassé. Les six derniers mois de sa présidence, avant d’être remplacé par Eltsine, Gorbatchev ne savait plus où il en était et dans ses déclarations, loin d’orienter le mouvement,  il ne faisait que répéter ce qu’il avait entendu, ce qui venait d’être dit, avec une pauvreté d’expression étonnante, celle d’un pauvre type brassant de l’air, étonné de ce qui se produisait.

Il n’avait plus rien à déclarer. Et pourtant la Gorbymania a régné à ce moment-là, spécialement en France. Mitterrand, en voyage à Moscou en 1993, n’avait eu d’yeux que pour Gorby, qui n’était déjà plus rien…

Il faut souligner en quel peu d’estime les communistes russes tenaient les communistes français. Outre le fait qu’il était bien connu que les communistes français venaient chercher leurs ordres à Moscou, qu’ils étaient même payés par les Russes, ils étaient tenus à Moscou pour des petits joueurs, des guignols, des demeurés, et même des gens malhonnêtes, pour tout dire.

La seconde erreur : non, la pauvreté abominable de la Russie à cette époque-là n’était pas due à l’effondrement de l’URSS, comme les bons communistes français, en permanence au bord des larmes, le prétendaient. Elle était due à des années de communisme, et la preuve éclatante de son échec.

La pauvreté de la Russie, ou le malheur organisé, entretenu. L’absurdité engendrée par les mille et une contraintes qui compliquaient quotidiennement la vie des Russes, pour en faire un enfer. Quand on se demande tous les jours où trouver du lait ou du beurre, et qu’on n’en trouve pas, on pense difficilement à comploter. Quand les pharmacies sont vides, quand on n’a pas de lave-linge, ni de couches pour son enfant, et qu’on doit garder sa belle-mère… difficile de s’opposer au régime en place. Quand on doit, lorsqu’on gare sa voiture antédiluvienne, mettre les essuie-glaces dans sa poche de peur qu’ils soient volés, on touche le fond du non-sens.

(magasin vide)

C’est peut-être difficile à concevoir pour un esprit français, mais tous les instants de la vie sont alors utilisés à se demander comment on vivra la seconde suivante. On n’a pas le temps pour autre chose.

Cette pauvreté, en 1991, n’était pas nouvelle.

Troisième erreur : s’imaginer que la Russie communiste s’était débarrassée du système des classes. Bien sûr elle avait supprimé la classe bourgeoise, l’ayant anéantie au goulag. Mais il y avait bien encore au moins deux classes en Russie en 1991.

Celle des pauvres n’ayant aucun avantage, toujours sur le fil, vivant encore en appartements communautaires en 1991, et sans eau courante dès la sortie de Moscou, partout à la campagne. Ce qui n’a pas encore changé si on en croit « La fin de l’homme rouge » de Svetlana Aleksievitch, publié en 2013, l’auteur ayant reçu le prix Nobel de littérature en 2015.

Celle des riches de la nomenklatura avec par exemple leurs propres circuits d’approvisionnement, leurs propres soins médicaux, leurs appartements et leurs datchas bien gardées, et, chose qui aurait dû attirer l’attention de nos braves communistes français, souvent professeurs et les yeux rivés sur l’URSS, leur propre enseignement scolaire inaccessible et interdit au commun des mortels…

Rien n’avait donc changé depuis le temps des tsars. Rien n’était plus sclérosé que les classes sociales en URSS en 1991.

 

(petites églises sur fond d’immeubles, à Moscou)

Quatrième erreur : croire, comme un communiste français de l’époque me l’a dit, que toute la Russie n’était qu’une magnifique réussite économique. C’est totalement faux. Brièvement, l’économie planifiée soviétique, tous les biens de production appartenant à l’État,  n’était pas à même de répondre aux exigences d’une économie moderne et complexe. Les lourdes procédures de l’administration bureaucratique ne permettaient pas de réponses suffisamment flexibles pour gérer le quotidien. L’URSS avait un retard de quinze ans (seulement ?) avait écrit un conseiller de Gorbatchev, sur les standards occidentaux. Les problèmes économiques de l’URSS furent une des raisons de son éclatement.

Les avions avaient du mal à voler faute d’entretien et de kérosène. Les hôpitaux étaient des mouroirs qu’il fallait éviter à tout prix. Tous les bâtiments sauf ceux du gouvernement étaient vétustes, les arbres y poussaient, en plein Moscou.

Les routes, sauf celles autour du Kremlin, étaient une succession de nids de poules. Les magasins étaient vides de denrées mais remplis de mouches. L’armée entretenait une pléthore de matériel dont la plupart, non entretenu et non utilisé, rouillait sur place et était démodé avant d’avoir jamais servi. Les sièges dans les avions n’avaient parfois pas de ceinture de sécurité et on s’en accommodait. Parfois même les voyageurs étaient debout pendant le voyage.

Le niveau de vie était celui du tiers monde, voire pire.

Encore aujourd’hui, il n’y a pas d’eau chaude l’été dans Moscou, sauf peut-être dans certains hôtels pour étrangers, car on répare éternellement les canalisations…

La meilleure preuve que le système communiste n’avait été qu’un interminable échec, c’est la rapidité avec laquelle les Russes se sont mis à faire du « bizness », dès qu’ils ont pu. Le capitalisme ou du moins le sens des affaires était resté quelque part dans leur inconscient.

Cinquième erreur : s’imaginer que le citoyen ordinaire était quelqu’un de libre. La police était omniprésente, tatillonne, vindicative, raciste même. Le citoyen ordinaire avait du mal à recourir à elle, même pour un simple accident de la circulation, tant il craignait d’être interrogé, d’avoir des problèmes à n’en plus finir, d’en perdre son emploi et de finir au goulag.

Le citoyen ordinaire ne pouvait pas, dans la rue, adresser la parole à un étranger même par inadvertance, sous peine d’être immédiatement la proie de problèmes avec le KGB.

Le KGB ou son successeur le FSB était partout, suivant les gens dans les rues, les écoutant chez eux avec des micros, écoutant leurs lignes téléphoniques, faisant rapport sur rapport. On ne pouvait se déplacer à l’extérieur de Moscou sans devoir montrer ses papiers d’identité à des policiers dont les guérites jalonnaient les routes, tous les quarante kilomètres.

Une dernière erreur, de touristes à œillères jamais sortis des chemins balisés : non la Russie n’était pas propre, récurée comme les pays scandinaves. Sauf les abords immédiats du Kremlin et peut-être les boutiques pour étrangers, Moscou était un cloaque répugnant. Les poubelles n’étaient ramassées que rarement. Les cages d’escalier jamais balayées puaient. Dans les aéroports, on ne savait pas où s’asseoir et je ne donnerai pas de détails.

Il y avait des cafards partout et ce n’était pas nouveau.

La vie était donc loin d’être celle du paradis promis en URSS juste avant l’effondrement.

Mais la Russie était pourtant en 1991 un pays magnifique, scintillant de ses églises à coupoles, dans un état indescriptible quand elles existaient encore, et dans lesquelles on ne pouvait entrer, après l’effondrement de l’URSS, sans entendre des chœurs orthodoxes à l’expression nostalgique envoûtante.

C’était une époque où le caviar ne coûtait rien, et où on pouvait aller au Bolchoï pour une poignée de roubles. Une époque aussi où le centre de Moscou, hormis les manies de rendre rectilignes certaines avenues en rasant de ravissantes petites églises, ou d’anciennes maisons de bois, était encore préservé des folies immobilières.

Une époque où les Russes essayaient de se consoler de leurs malheurs au son des balalaïkas. Ils n’y arrivaient pas, tant le désastre était étendu, mais savaient partager leur magnifique talent artistique.

Les Russes ont toujours aimé l’autodérision. C’est pourquoi circulait ce genre de blague :

« Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme. Le communisme, c’est le contraire ».

Sophie Durand

 

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Notifiez de
Énée

Article-constat très interessant sur la Russie communiste qui traduit avec honnêteté votre expérience vécue là-bas, de 91 à 94. Merci Sophie Durand.

Jean-Louis

Certains des germes de l’echec total économique de l’URSS sont présents en France, pays maladivement socialiste. Les lourdeurs administratives, l’etat omniprésent comme solution a tous les problèmes, idéologie de gauche dominante à tous les niveaux, haine des riches et du capital, tout cela est très ancré en France, pays le plus socialiste du monde occidental. Notre endettement abyssal qui conjugué avec l’islamisation amènera notre chute est le fruit de cet état providence très « généreux », typiquement socialiste. A méditer…

Sophie Durand

@Jean-Louis
Exactement. Nous sommes toujours gouvernés en fait par le communisme. C’est d’ailleurs le titre et le thème d’un livre de Maurice Druon, « La France aux ordres d’un cadavre ».

Olivier Monge

Je suis bien d’accord avec Jean Louis et vous même. Quand l’état vit somptueusement sur le dos du peuple, l’accable de tracasseries, moralise sur tout (alimentation, éducation….),c’est du communisme.
RÉVOLUTION.

saurer

Le communisme est un régime contre nature. La parenthèse sanglante qui aura duré 80 ans, n’est pas prête à refermer ses plaies ! …

Personnes

Pas d’alcool pour les descendants de Ismaël et loth

François BLANC

Et les résultats de cette idéologie sont identiques dans toutes les expériences à travers le monde
On pourrait penser que des cerveaux normalement constitués en tirent les conséquences et bien pas du tout car sans arrêt il apparaît des vélléités pour prôner cette idéologie contre nature

POLYEUCTE

« La Faiblesse des Uns peut faire la Force des Autres »
J’adore Gorby. Il ne fut pas Faible, mais Réaliste.
Le sol s’effondrait sous ses pieds. Il a choisi l’Inéluctable !
Macron devrait s’en inspirer.

Littlefish

Un commentaire écrit 5 heures plus tôt et qui reste toujours en attente de modération, cela s’appelle selon moi de la censure. Corrigez-moi si je me trompes..

La_Soupape

Eh ben je te corrige : les modos sont bénévoles et pas à ta botte ! Si tu veux de l’instantané poubellisé à posteriori par des modomuzz, va sur RT, tu deviendras « cian weel » ou « purple bollocks » et tu pourras lire immédiatement et très provisoirement tes conneries !

valà valà…

Paskal

La nomenklatura, c’était la bourgeoisie. Seuls les secteurs bourgeois hostiles aux bolcheviks avaient été envoyés au goulag (en réalité surtout les travailleurs qui ne marchaient pas droit ou pas assez performants). Les bolcheviks n’auraient pas pu prendre le pouvoir et défaire les armées blanches en ayant la totalité de la bourgeoisie contre eux.

BUTTERWORTH
Pierre Bleven

J’ai vécu par intermittence en Russie entre 1992 et 1996 juste après la chute de l’URSS. J’ai des anecdotes à n’en plus finir : magasins vides, allumer la radio dès que l’on rentre chez soi pour couvrir les conversations de peur d’être espionné, vie très communautaire où les familles se serraient vraiment les coudes (à 5 dans un appartement de 40m2 avec sous le toit 3 générations c’est pas si évident). Les privilégiés n’ont eu aucun mal à s’adapter au capitalisme, c’est assez souvent que l’on retrouvait des officiers de l’ex-KGB /nomenklatura aux postes de direction des nouvelles entreprises crées et j’ai connu à la fois une société complètement effondrée mais aussi des choses qui m’ont marqué et touché : la culture quasiment gratuite et à la portée de tous, une réelle proximité des gens

Sophie Durand

@Pierre Bleven
C’est exactement cela. Votre témoignage me rappelle des souvenirs : quand on arrivait dans un hôtel, on mettait tout de suite le téléphone de la chambre…dans le frigidaire !… C’était pour ne pas être dérangé tout le temps par qui vous savez. On pouvait aussi se parler dans la salle de bains, robinets grands ouverts.
Oui la culture était quasiment gratuite. J’en ai bien profité. Les gens étaient très proches. Je me souviens avoir attendu dans une gare un train, très longtemps. Vingt personnes discutaient et riaient ensemble. J’ai cru que c’était une même famille. Mais non. Ils avaient passé le temps ensemble, c’est tout.

Josiane Filio

Suite
De nos jours, malgré une certaine mauvaise réputation, j’ai bien plus confiance en Poutine qu’en notre propre simili-président… il n’y a pas photo entre l’amour de l’un pour son peuple et son pays… et le mépris de l’autre pour les siens

Sophie Durand

@Josiane
Merci, Josiane. Je partage entièrement cet état d’esprit.

Josiane Filio

Un grand merci Sophie pour ce bel article, qui confirme mes doutes à propos de ce que des « connaissances » communistes racontaient à l’époque sur l’URSS.
Comme je n’y suis encore jamais allée, c’est un vrai plaisir de lire un témoignage digne de confiance, où la sincère admiration du pays qui transparait, n’empêche pas de remettre les pendules à l’heure… Elles en ont tant besoin, encore de nos jours.
Autant je me sens proche du peuple russe et de son caractère sentimental, autant je répugnais à m’y rendre du temps où l’idéologie communiste y régnait.

Lionel

Sérieusement, Josiane? Vous avez dû attendre cet article pour « confirmer vos doutes »?

CHOCAT

Eh bien non , cet article n’est digne d’aucune confiance car si certains points sont vrais, d’autres sont exagérés, voire outranciers. Je peux en parler en connaissance de cause car j’ai fait des études supérieures à Moscou et j’y ai travaillé jusqu’en 1980 en constatant que le plus grand fléau était la corruption, ce dont l’article ne parle pas. Dire par exemple que Moscou était un cloaque est totalement faux, tout comme le fait qu’un citoyen ne pouvait adresser la parole à un étranger ! Moi qui parle russe, je peux témoigner du contraire En revanche ce qui est dit sur la nomenklatura est vrai J’aimerais vous en dire plus sur mon vécu (positif-négatif) dans ce pays à l’époque mais je n’en ai pas la place et je conclurai que l’article ci-dessus n’est pas objectif du tout

Sophie Durand

@CHOCAT
Vous êtes vraiment amusant !… Vous croyez que j’invente ? J’ai vécu à Moscou de 1991 à 1994. Je parlais pas mal le russe, et de plus j’avais à ma disposition des traducteurs du plus haut niveau. J’ai passé mon temps à me promener partout, donc j’ai vu tout cela de mes yeux. Maintenant si vous ne me croyez pas je ne sais pas ce que je peux faire pour vous.

Sophie Durand

@Josiane
Le peuple russe est effectivement très attachant. Très convivial. Très artiste. Très courageux. Capable à l’époque de jouer de la musique pour tromper sa faim. Et aussi, fier d’être russe. Il lui arrive d’avoir mauvais caractère, aussi, et cela s’apprécie également à sa juste valeur…

superdupondt

pour mon boulot en 1975 je me deplacais souvent à leipzig , bien certes la vie n’est pas joyeuse, les gens étaient surveillés, il manquait des produits , mais les soins,les etudes,les transports,le logement etaient gratuis ,pas de chomage !! bien sur pas de delinquance !! et paradoxalement beaucoup regrettent ce temps !! oui les magasins sont pleins mais personne ne peux acheter !! par contre des migrants , de la drogue , ça cela ne manque pas !!

Paskal

Pourquoi surveiller les gens s’ils étaient heureux ?

La_Soupape

Ben pour les préserver de la tentation d’aller se fourvoyer avec le diable capitaliste et garder leur bonheur intact comme les camps de rééducation, les goulags les brimades et les estomacs vides c’te bonne blague, tiens !!!

Littlefish

Ne pas oublier que l’effondrement de l’URSS et du communisme ont été rendus possibles grace aussi à l’action de l’église catholique polonaise et de Jean Paul II. Pour ce qui est des libertés les choses ont bien changé; en effet la Russie se range devant la France en la matière ( voir indice Libertex). Par ailleurs la Russie qui a 17 millions de km² et où le soleil ne se couche jamais possède d’immenses richesses minières et un potentiel économique qui fait rêver. Cela devrait lui permettre d’accélérer son virage dans les prochaines années Depuis la perestroiïka ( reconstruction ) le pays a fait énormément de chemin. Son alliance avec la Chine depuis ces dernières années devrait encore accélérer son ascension. L’Europe a tout intérêt à se rapprocher de cet immense pays.

Antikon

Je veux bien croire que du temps de l’URSS les gens crevaient la dalle car les magasins étaient vides, mais de là à voler des essuie-glaces sur les rares voitures qui circulaient et que 99’99% ne pouvaient se payer, je ne comprends pas tres bien. Sauf bien entendu, si ces voleurs etaient bourrés à la vodka frelatée et avaient échappé à la surveillance de la police omnipresente !
Cela dit, la question que je me pose est la suivante. Sans la chute du Mur et de l’URSS, l’occident aurait’il ete submergé par des millions de combattants d’allah tueurs et violeurs, que les merdias appellent « migrants », mais qui ne comportent ni femelles, ni chiards ni vieillards ? Perso je ne le crois pas, car moukere adolfa merdkel, responsable de cette invasion apocalyptique, serait restée derriere le Mur.

Sophie Durand

@Antikon
J’ai été moi même victime du vol de mes essuies-glace, à Moscou. Il y avait quand même pas mal de voitures, hors d’âge parfois et tenant avec des bouts de ficelles. J’ai dû moi même mettre mes essuies glace dans mon sac à main. Maintenant si vous ne me croyez pas c’est votre problème.

Sophie Durand

@Antikon (suite)
Je ne sais pas d’où vous tirez vos chiffres mais ils sont faux. Lu sur wiki : « Le trafic automobile a connu une explosion spectaculaire depuis la fin des années 1990, créant quotidiennement des bouchons gigantesques. »
J’ai connu ce trafic en 1991.

La_Soupape

Non non Antikon, ce que dit Sophie est rigoureusement exact, je développerai ce soir vu que là j’ai pas le temps que j’me casse bosser mais c’est exactement ce que j’y ai vu et moi à l’époque, avant le mur évidemment, j’y montait des pleines semis de parfums de luxe pour alimenter les magasins Podarski qui étaient des magasins de très riches qui vendaient que des produits de luxe et où les achats se faisaient uniquement en devises.

Un jour, j’me suis même fait tirer mes rétros sur mon tracteur et je peux te dire que se cogner Moscou Berlin (où j’en ai trouvé) sans rétros, ben c’est bien chiant et y’en a sûrement plus d’un qui a dû voir mes ridelles de très très près 😂😂😂 !

Sophie Durand

@La_Soupape
Merci de votre soutien. En effet tout ce que je décris je l’ai vu de mes yeux.
Et j’ai voyagé presque partout en ex URSS, d’est en ouest et du nord au sud, pour voir la même chose…les essuie-glaces, je me les suis fait voler moi-même sur ma vieille jigouli car je n’avais pas suivi les recommandations faites à mon arrivée, et je ne suis pas près d’oublier la conduite sous une neige battante, en sortant la tête par la fenêtre pour voir un peu…

Antikon

Je vous crois Sophie. A vrai dire, je confonds sans doute d’époque. Peut-être était-ce sous Brejnev que j’avais vu à droite et à gauche des images de Moscou avec de larges avenues désertes sous des lumières blafardes avec la neige tombant à gros flocons. Un peu comme certaines prises de vue magnifiques du superbe film allemand  » Das Leben der Anderen »…
En tout cas, sachez-le, j’aime la Sainte Russie et Vladimir.
Bonne soirée à vous et merci pour vos articles que je lis toujours avec grand plaisir.

Sophie Durand

@Antikon
Merci.

La_Soupape

Ben en même temps c’est la vérité que vous décrivez Sophie. En 86, quand on montait en URSS en camion, on devait avant chaque voyage acheter pour au moins 500 FF de saloperies dans des solderies pour payer les bakchichs des GAÏ (la police routière dont vous parlez) et c’était des batons de rouge à lèvres, des collants, des serviettes hygiéniques (rigolez pas les gars, les nanas n’en n’avaient pas) et aussi en cas de fort gros con, les bouteilles de Napoléon, du très mauvais cognac qu’on achetait dans les PEWEX en Pologne.
On se faisait bien racketter mais c’était le jeu. Fallait pas dormir n’importe où (bien qu’on était théoriquement obligés d’aller à l’hôtel prépayé à la frontière à Sovinter Avto Service.
Bien sûr on y allait jamais, on prenait la piaule et on retournait au camion.

La_Soupape

Y fallait faire super gaffe au vol et les premiers malhonnêtes étaient les douaniers et les flics mais jamais méchants.
Un jour, je descendais un peu fort et j’me suis fait serrer par les keufs à Minsk. Y m’ont demandé mon disque et m’ont affirmé que je roulais à 110, boaaaah, juste un peu trop vite quoi.
Ces cons étaient persuadés que j’étais saoul pour rouler comme ça alors que je bois pas mais y pouvaient pas le concevoir.

Y m’ont fait souffler 7 fois dans le ballon et évidemment y virait pas. Y z’étaient persuadés que leurs ballons déconnaient et y z’ont commencé à passer en mode bien cons. Y m’ont collé les poucettes et là où ça me faisait plus rire du tout, c’est quand y z’ont voulu me déchirer le triptyque (le visa).

3 bouteilles de Napoléon et je suis reparti 3 h après 😤…

La_Soupape

Fallait jamais s’énerver, là-bas tout était plus long, beaucoup plus long, infiniment plus long.
Tiens les parfums par exemple, eh ben c’est expédié dans des containers/palettes plombés et il est rigoureusement impossible d’en tirer un flacon sans que ça se voit.

Eh ben les Russes se foutaient totalement de ça et y’avait une armée de femmes qui montaient dans la semi, qui ouvraient les palettes, puis les cartons, puis les emballages des flacons et elles faisaient la chaine jusqu’au magasin avec des compteuses, fallait une journée pour vider 4 palettes 😂.

Un jour, y’en a une qui a fait tomber un énorme flacon de 5 dont j’peux pas blairer l’odeur. La semi a pué pendant plus de 2 ans et les collègues me sentaient de loin en se foutant copieusement de ma gueule 😂😂😂…

Sophie Durand

@La_Soupape
Très intéressant votre témoignage. Moi aussi j’ai été rackettée par la police, en plein Moscou. Mais je ne leur ai rien donné, par principe je n’avais jamais rien à leur donner. Je les ai eus au baratin. (Notez qu’en Espagne j’ai subi une grosse tentative de racket, il y a très longtemps.) J’ai fait Moscou-Paris en voiture. Glauque comme voyage. A la même époque, des Français avaient été suivis, et été obligés de faire quelques kilomètres tous feux éteints et à toute allure. Nous aussi avons été suivis mais les avons semés. En Pologne, c’était comique : les petites trabans dès qu’elles nous voyaient dans le rétroviseur semblaient filer dans le décor. En fait elles se garaient sur le bas-côté pour nous laisser passer ! Elles nous prenaient certainement pour la police…

La_Soupape

Ben oui chère Sophie mais nous on pouvait pas risquer de se faire déchirer le triptyque et on avait un but qui était de vider nos palettes le plus vite possible pour essayer de rattraper le temps qu’on perdait en frontière (j’ai vu jusqu’à 3 jours de queue) et partout.
Pour nous, ça faisait partie du quotidien et on y faisait même plus gaffe. Là où ca devenait vraiment chiant, c’était quand les douaniers, souvent rond comme des queues de pelle, voulaient tirer dans les chargements. Ils ont parfaitement le droit de biser les scellés et de prendre des échantillons tant qu’y veulent, seulement ils doivent le consigner clairement sur la CMR qui est la lettre de voiture internationale, le document de transport émargé par l’expéditeur et évidemment par le destinataire..

La_Soupape

..sans lequel on ne peut pas se faire payer le voyage.
Y’a bien eu des fois où il a fallu négocier fermement avec eux.

Je précise que je n’ai JAMAIS vu la moindre corruption chez les douaniers, gendarmes ou policiers Français et fallait même pas essayer, comme en Allemagne du reste. En Italie, les complications étaient toujours évitées avec les flics ou les carabiniers quand on avait quelque excès de vitesse à se reprocher en tendant le permis avec 10 000 lires dedans (ça faisait en gros 50 balles) et quand ça craignait vraiment, c’était 50 000 :( par contre, y z’étaient « correctes », y prévenaient la patrouille d’après qu’on avait déjà contribué aux oeuvres des orphelins de la polizia stradale 😂😂😂 !!!

Sophie Durand

@La_Soupape
Je suis bien OK sur le fait que ne rien payer au racket n’était possible que pour les particuliers…

Lionel

SD enfonce quand même des portes ouvertes depuis longtemps…

Sophie Durand

@Lionel
Merci…

Carter

*Et après l’effondrement du communisme, dans les années 1990, une dizaine d’oligarques se sont emparés de la quasi-totalité des richesses du pays… et le Russes ont réalisé qu’ils vivaient mieux sous Brejnev

Sophie Durand

@Carter
C’était le slogan des communistes irréductibles, « on vivait mieux sous Brejnev ». Mais Brejnev ça a été l’apothéose du KGB, et aussi de la corruption. L’accélération des problèmes économiques.
https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/brejnev-la-demonstration-par-l-187601

henri UBEDA

BEAUCOUP DE MES AMIS JUIFS AYANT VECU PENDANT CETTE PERIODE M’ONT CONFIRME CET ETAT DE DECREPITUDE . CEPENDANT, ILS ALLAIENT AU CINEMA EN TAXI POUR QQUES ROUBLES , MUSEE ETC TRES ABORDABLES ETC ETC , CERTES POUR CERTAINS ILS MANGEAIENT DE LA VIANDE, COMME ILS ME DISAIENT PEU IMPORTAIT LA QUALITE ,MAIS DISAIENT APRES TOUT C’ETAIT DE LA VIANDE . Ce que je ne comprend pas c’est ce nombre de communistes francais qui adorent cette ideologie , et ce malgre le nombre record de MORTS qui ont ete helas victimes de cette ideologie DIABOLIQUE .

patphil

je me souviens bien de ce que disaient les gens en urss, « ils font semblant de nous payer, on fait semblant de travailler » et il ajoutaient malheureusement les gens qui travaillent dans les épiceries et autres marchés en viennent à regarder des rayons vides !
à cuba dans les années 1990, ce pays tropical, il n’y avait même pas de fruits dans l’épicerie de village où je me suis arrêté, même pas de bananes qui poussent aussi vite que du chiendent!
toute la production était réservée aux hotels pour touristes! les gueux locaux devaient même faire la queue pour acheter un verre de jus de canne!

J-C Jourdan

Dans les annees 70 et 80 j´ai vendu des trains entiers de produits isolants
(calorifugage) alors que qq annees auparavant ma societe ou d´autres
avaient livres des usines cles en main pour la fabrication de ces produits.
Vous allez me demander pourquoi ? est ce la demande qui depassait
les besoints ? Non, les usines etaient a l´arret la moitie du temps et
l´aurre moitie fabriquaent des produits inutilisables. C´est le communisme.
Cordialement J-C Jourdan Helsingborg Suède