Ce qu’ont apporté les écoles indigènes à nombre d’Algériens

Pour aider Monsieur Macron à comprendre l’histoire de France…

… À mi-chemin d’une artère qui longeait les remparts de la ville fortifiée où je suis né dans cette Algérie « colonialiste » on pouvait remarquer un bâtiment à la façade simplement crépie.

C’était l’École indigène que l’on évoque aujourd’hui en Algérie, très rarement bien sûr, en parlant d’école « arabe française ».

Ceci ne signifie rien et conduit à un contresens. On se demande à quoi tendent ces inutiles détournements sémantiques sinon à démontrer que ceux qui en parlent ainsi n’ont pas connu toute l’exacte réalité de l’Algérie sous la France ou, ici et là bas, tentent par ignorance, parti pris ou mauvaise foi voire les deux ou trois à la fois d’en dissimuler certains aspects.

L’histoire de ces écoles indigènes donne l’occasion d’apporter quelques précisions dans un domaine qui reste essentiel : celui de l’instruction.

La France coloniale ne fut pas toujours irréprochable mais elle ne mérite aucunement ces excès d’iniquité dont certains intellectuels, apologistes forcenés de la repentance et de la négation, l’accablent depuis si longtemps.

Leurs compères, pour ne pas écrire leurs complices, sont des journalistes à la servilité connue et affichée sans la moindre pudeur, des spécialistes prétendument renommés, des professeurs de très grandes écoles, le plus souvent sortis de l’ENA, cette nouvelle franc-maçonnerie voulue par qui l’on sait, des quidams se disant experts de haut niveau, des témoins partiaux très fréquemment choisis ou cooptés pour leur soumission aux modes et aux idées du moment et encore d’autres personnages surgis de n’importe et se disant avertis des choses du monde entier.

Ils sont pour la plupart les descendants directs, les cousins en quelque sorte, de l’ Arias dépeint par La Bruyère dans ses Caractères :

 » Arias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c’est un homme universel, et il se donne pour tel : il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose. »

Ils viennent de la politique dans son sens le plus vil, de la presse écrite, de la radio, de la télévision et surgissent aussi inopinément d’ailleurs, là où le pouvoir politique de droite ou de gauche en place ayant mis la main sur toutes les formes de domination, la médiatique entre autres, les a la plupart du temps subrepticement introduits, établis puis corollaire de la média sphère, nourris.

Cette toute puissante doxa de la plus absolue mauvaise foi et du plus exécrable des cynismes est quasi définitivement installée dans les mensonges de ce qu’elle appelle la communication comme au dix neuvième siècle les bourgeois de Balzac l’étaient cyniquement dans la rente.

En visite à Alger, Macron est venu y ajouter son indigne caca nerveux !

En Algérie française il s’agissait simplement de considérer que de nombreux enfants issus de parents autochtones, arabes, kabyles et kabyles arabisés ne pouvaient pas intégrer directement l’école publique car nombre de ces jeunes garçons ne connaissaient pas ou ne pratiquaient que très insuffisamment la langue française et la parlaient très mal, leurs géniteurs ne s’exprimant eux aussi qu’en arabe ou en kabyle ce que personne ne leur avait évidemment jamais reproché, ni surtout interdit.

Cela ne va pas sans rappeler étrangement une certaine inculture des banlieues françaises qui semblent aujourd’hui connaître des problématiques identiques avec des parents ne portant à notre pays que des sentiments d’intérêt matériel et ignorant plus ou moins délibérément notre langue à cause de cela entre autres.

La puissance coloniale était même allée jusqu’à penser qu’il était de son devoir de porter remède à une telle situation, obstacle à une scolarisation normale.

Il était donc apparu indispensable que ces enfants, les plus pauvres en général,  puissent apprendre au moins l’indispensable c’est-à-dire le français élémentaire et le calcul, discipline rigoureuse et universelle.

La formation à la langue arabe était par ailleurs systématiquement assurée par des écoles coraniques grandes ou modestes dans lesquelles enseignaient, en arabe bien entendu, des moudérès exerçant dans les medersas, universités théologiques musulmanes le plus souvent construites par les Français après 1830 à l’exemple de la Grande Medersa d’Alger qui surplombait le lycée Bugeaud du haut de la Casbah.

Par postulat, on avait bien entendu posé le principe que leur intelligence et leur capacité à apprendre étaient au moins égales à celles des autres enfants européens ou indigènes qu’ils allaient côtoyer plus tard à l’école publique sans l’ombre d’une quelconque discrimination.

Et l’on avait dès lors considéré comme nécessaire, dans leur propre intérêt, un temps de passage d’une ou deux années dans des établissements scolaires particuliers  où des maîtres français et indigènes bilingues les amèneraient par des méthodes d’enseignement adaptées à accéder dans les meilleures conditions possibles aux écoles publiques de la ville.

Le passage par ces écoles n’était donc jamais un aboutissement.

Ces nouveaux établissements de transition, seraient appelés Écoles Indigènes et non « arabes-françaises », ce dernier terme ne voulant pas dire grand-chose et ne traduisant absolument pas leur vocation.

Accèderaient sans la moindre contrainte à ces écoles  particulières ceux des intéressés dont les parents le voudraient bien.

Dans mon bled d’Algérie, d’anciens élèves de cet enseignement original échangent aujourd’hui encore à ce sujet sur Internet et ne semblent pas, bien au contraire, avoir été traumatisés par le passage dans cette école particulière.

Beaucoup de mes condisciples, de la maternelle jusqu’aux grandes classes, s’appelèrent Khlif, Ben Daoud, Mécheri, Akrouf ou Aouchiche lequel, devenu combattant du FLN, fut nommé après 1962 ambassadeur d’Algérie en Argentine.

Il est vrai que cet Abdel Madjid Aouchiche parlait un français parfait appris puis amélioré à l’école primaire française ce qui dut lui être plus qu’utile, à l’inverse de sa langue maternelle peu courante dans les pays sud-américains, je suppose.

Je n’ai jamais su lesquels d’entre mes condisciples étaient d’abord passés par l’école indigène mais je les ai toujours vus très à l’aise sur les bancs de l’école primaire et communale de monsieur Folco qui en était le Directeur.

Le désir d’instruire de la France était si grand qu’une réforme mise en place vers 1892 envisageait l’ouverture chaque année dans la partie du pays où la pénétration française le permettait, d’une soixantaine d’écoles indigènes à deux classes d’environ cinquante élèves chacune.

La réussite de cette politique certainement coûteuse en termes d’hommes et d’immobilier est, par exemple, illustrée par une statistique de fréquentation pour les écoles indigènes de Négrine et de Allaouna dans la région de Tebessa dans l’Est algérien.

On y avait inscrit spontanément quatre-vingt-trois élèves. (Cf.  » Les écoles indigènes en Algérie à la fin du XIXe siècle : l’expérience des maîtres français et indigènes dans le sud-est algérien au cours des années 1895-1897 – Par Claude Bisquerra « )

On n’avait décompté sur un mois d’observation que quatre cent soixante et une demi-journées d’absence.

Mais par contre on y avait aussi dénombré trois mille deux cent quatre-vingt-deux demi-journées de présence soit quotidiennement un ratio d’à peine un élève présumé fugueur sur quatre-vingt trois.

Ces défaillances de fréquentation incluaient non seulement les absences illicites mais aussi les absences normalement excusées imputables à la maladie, à des obligations traditionnelles agricoles ou pastorales  ou autres empêchements familiaux des enfants.

De quoi faire rêver les instituteurs de nos banlieues réputées difficiles !

Là-bas, il est vrai, pas de méthode globale, pas de théorie des ensembles ou du genre, pas d’inutilités prétendument pédagogiques et du charabia qui allait avec, souvent plus destinées à la satisfaction esthétique de certains enseignants qu’aux élèves, mais simplement un enseignement ne visant qu’à l’efficacité et aux résultats.

Personne n’a beaucoup parlé de cela non plus.

Je ne peux alors m’empêcher d’évoquer les noms de Ferhat Abbas le très connu pharmacien de Sétif, du docteur Ben Salem médecin arabe socialement établi dans ma ville, d’Aït Ahmed le kabyle révolté à qui l’on ne coupa jamais la parole souvent révolutionnaire et violente, d’Abderahman Farès qui fut à trente cinq ans membre de la première Assemblée nationale constituante française en 1946 à Alger, de Mohamed Arkoum chercheur au CNRS né la même année que moi, de Mouloud Ferraoun, boursier à l’école primaire supérieure de Tizi Ouzou puis élève de l’école normale d’instituteurs de la Bouzaréa puis encore instituteur à Tizi Hibel et enfin nommé directeur de l’école Nador de Clos-Salembier à Alger la capitale et finalement assassiné par une guerre dont il soutenait hélas l’atroce fureur.

On ne peut alors manquer de se demander comment ces gens, devenus célèbres ou simplement connus à divers titres, tous nés dans des familles indigènes en pleine colonisation française, avaient pu faire pour s’extirper de la gangue d’ignorance qui est le sort de chacun d’entre nous à la naissance.

Et de s’interroger plus loin encore pour savoir si c’est seulement  au bénéfice de l’inné qu’ils avaient ainsi pu accéder à la connaissance, à la culture et par voie de conséquence à la notoriété avec des parents supposés pauvres, incultes et incroyablement brimés par la puissance dominatrice française.

Sans compter en outre toutes les autres prétendues barrières éducatives, sociales et même politiques opposées par le colonisateur à l’évolution des autochtones d’Algérie.

Voilà mon pauvre monsieur Macron comment, en Algérie française l’on commettait le crime contre l’humanité ou l’humain que votre prétention prétend fallacieusement dénoncer.

Silène

 

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8 Commentaires

  1. Silène,
    Votre discours est passionnant d’autant plus que vécu.
    Voila une bonne leçon à ce macron de pacotille qui n’a pas appris tout cela à l’école, ni d’ailleurs, pas plus qu’il se soit intéressé à l’islam et donc à ses conséquences en France et en Europe, au travers du coran.
    Vu son parcoure, on a très bien compris pour qui il roule : la grosse finance et donc pour la mondialisation anarchique.
    D’ailleurs, il semble que les citoyens commencent à comprendre sa forfanterie, et tant mieux si sa côte baisse en ce moment.
    Cordialement.

  2. Il est probable que les plus cultivés des Algériens ont été les initiateurs de la révolte et les meneurs du FLN. Fais du bien à Bertrand, disait ma grand mère, il te le rend en caguant.

  3. Tout les Français un tant soit peu cultivés (il est vrai qu’il y en a de moins en moins!) savent que sans la France, les algériens ne seraient encore que des gardiens de chèvres, à moins qu’ils n’aient été colonisés par un autre pays d’europe…………….

  4. MACRON, tu ne proposeras rien aux algériens ni à personne. Tu seras balayé comme une vulgaire merde parce que tu as renié les français et même ta mère ! Tu es un sale type. La France ne peut pas te faire confiance. MACRON, dégage !

    • La dernière de macron, à Londres: « L’art français, je ne l’ai jamais vu ! »

  5. Ce qui n’empêchera pas les « Pieds Rouges » de créer des écoles de français pour donner des leçons aux Pieds Noirs en proclamant qu’ils ne s’étaient pas occupé des « indigènes ».
    Deux ans plus tard, ils rentraient au pays, la queue basse … !

    • montécristo,
      Et de quelle manière!
      On accueille mieux les migrants étrangers (de toutes sortes y compris les assassins) aujourd’hui que les pieds noirs et les Harkis en 1962 : désarmer les Harkis en Algérie et abandonnés à leur triste sort létal. Ceux qui ont ordonné cela méritent d’être condamnés et sans pitié aucune.
      Cordialement.

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