Ce sont les États-Unis qui ont détruit la culture occidentale

Publié le 12 novembre 2020 - par - 43 commentaires - 1 138 vues
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C’est quand même ce grand pays, les États-Unis, qui détruit la culture occidentale. Je rappelle que tout ce qui vient des facs américaines, tout ce qu’on condamne chez nous, vient de ce pays-là. Au final, « Occidental » est simplement un terme politique. Sauf que Jacques Ellul nous rappelle que l’ennemi ne vient pas de l’extérieur, mais plutôt de l’intérieur. Vous avez une petite partie de la population qui s’acharne à vouloir détruire l’Occident. D’où vient cette population ? De l’Occident. Pourquoi prend-on à notre compte la culture américaine ? Pourquoi acceptons-nous à bras le corps la restauration rapide américaine ? Pourquoi accepte-t-on une certaine littérature américaine ? Pourquoi les idées universitaires sont-elles américaines ? Pourquoi n’engageons-nous pas le combat ? Sommes-nous plus américains que français ?

À travers ces questions, on met le doigt sur des choses intéressantes. Ce qu’on appelle « occidentalisation » n’est rien de plus qu’une « américanisation ». Si vous reprenez le chemin de penser de nos ennemis idéologiques, qui fustige l’Occident, si vous remplacez « occidental » par « américain » et « occidentalisation » par « américanisation », vous arrivez aux mêmes conclusions. Ce qu’on appelle « occidentalisation », c’est d’abord passer par une colonisation culturelle de notre propre continent pour ensuite s’étendre au reste du monde. Dans les faits, nous pourrions être légitime à critiquer cette occidentalisation, aussi bien que pourrait l’être les Iraniens, les Turcs etc. Nous avons le devoir de la critiquer ! Une culture détruit la nôtre. C’est une absence de culture qui détruit la nôtre. Les gens préfèrent acheter un livre sur Amazon plutôt que d’aller chez des libraires en ligne ou des libraires français.

Pour certains, il y a cette envie, ce besoin de se rediriger constamment vers des sites d’e-commerce américains. On choisit Jeff Bezos au détriment du petit libraire. Les réflexes américains. Manger américain, acheter américain en bref, une américanisation des esprits. Les États-Unis sont désormais un modèle de production, de consommation, qui n’est pas un modèle spirituellement intégré.  Un modèle qui s’assoit sur la culture. Ce n’est pas un mode de vie tant cela devient une caricature. C’est le remplacement d’un mode de vie traditionnel par un modèle de production qui s’est imposé par le volet technique. Extrêmement localisé dans l’Histoire. Extrêmement localisé dans le temps. L’Amérique du Nord n’est pas seule fautive de la destructuration de la culture. Les États-Unis furent et sont toujours un lieu propice du développement de la décadence que nous connaissons. Elle n’a pas décidé de détruire le monde.

En revanche, elle l’a fait inconsciemment. On a accepté la décadence et il est temps d’assumer. Les Américains sont aussi victimes que les autres. Une Histoire semblable aurait pu naître ailleurs si les conditions étaient réunies. Dans tout l’Occident, il n’y a pas une perte de culture, on contemple juste des cas localisés ayant totalement perdu pied. Parallèlement, l’industrie, le divertissement américain déverse son idéologie. Qui ne regarde pas de films américains ? Qui n’écoute pas de musiques américaines ? La destruction passe par le divertissement. Qui peut rivaliser avec Hollywood ? Bollywood ? Laissez- moi rire. Notre ruine est là, parce qu’on prend pour de la culture, la sous-culture. Les tags et les graffitis, est-ce la culture ? Le problème de la culture européenne, c’est non seulement que l’Occident – et l’Europe dans sa gloire -, a engendré les armes dont allaient se servir ses propres enfants contre elle.

De plus, elle a précipité l’Homme dans le matérialisme dépossédé de la divinité, le matérialisme athée qui le fatigue et le pousse à chercher des secours dans un divertissement toujours répété. Face aux écrits de Pascal. On se divertit par peur de la mort et de l’invisible. Victor Hugo a écrit, dans des vers célèbres, la grande terreur que lui inspire ce voile qui se déchire. On cherche dans le divertissement quelque chose pour nourrir une âme qui ne trouve plus rien à se mettre sous la dent. Par ailleurs, il y a ce monde marchant, qui a saisi la culture pour produire en série tout un tas de produits culturels qui viennent, par petites touches, satisfaire ou prétendre satisfaire notre soif. L’eau salé remplace temporairement l’eau de source. Dans Les Tusculanes, Cicéron explique que la culture est la nourriture de l’âme et que la culture naît de l’âme. La notion de « culture » n’est plus aussi claire dans notre esprit, elle n’est plus aussi normative et limpide.

Hannah Arendt offre une analyse efficace sur la consommation du divertissement. La société moderne est caractérisée par une activité unique, le labeur. Le travail a pour seul but de subvenir aux besoins de l’individu et permettre sa survie. L’Homme, ainsi enfermé dans l’objectif unique de son existence et sa propre survie, finit par craindre la seule chose qui n’entre pas dans son schéma de réflexion et d’existence, c’est la mort. Cette crainte perpétuelle de la mort est ce qui habite le plus l’Homme moderne. Il n’arrive plus à se la figurer. L’Homme moderne ne fait que consommer, parce que là encore, cela est ce qui s’intègre le mieux dans son modèle d’existence, le travail. La résultante du travail est la consommation. Le divertissement et la consommation font oublier la mort. Le divertissement moderne est aussi important parce que l’Homme moderne est devenu incapable de comprendre qu’il peut être plus qu’un simple consommateur et qu’un simple travailleur. Ce qui a tué l’Ancien Régime, c’est le divertissement. La noblesse n’était plus que dans le divertissement. Au XXIe siècle, ce divertissement touche toutes les couches de la société, tout le monde se divertit. Nous assistons à une uniformisation, une standardisation du divertissement. Tout le monde se divertit à peu près de la même manière, tout le monde a envie de se divertir et tout le monde veut se divertir. La notion de divertissement en tant que tel n’est pas propre au XXIe ou XXe siècle. L’Amérique est-elle le point central de la culture occidentale ? Est-ce que ce qu’on renommerait la culture occidentale ne serait pas finalement l’hégémonie américaine ? Le basculement de la notion d’Occident à partir de 1945 devient politique en étant en opposition avec l’offre politique de l’Union soviétique, qui a diffusé son idéologie et qui a su trouver des alliés en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud etc..

Le mouvement Occident des années 60, auquel ont participé un certain nombre d’hommes politiques connus, maintenant plus ou moins en retraite, était anticommuniste. Quand on parle d’Occident, le centre névralgique n’est jamais certains. Autrefois l’Europe et aujourd’hui, les États-Unis d’Amérique. On s’est mis à intérioriser un terme sans base. Enfin si, il existe cinq critères, mais ils ne correspondent pas à l’idée globale que ce font les gens qui utilisent ce mot avec confusion. Il y a une morphogenèse. Une genèse, une création, une apparition de l’Occident. Que cet ensemble soit dans la tête d’un Américain, autre chose que le fruit du moment grec de l’Histoire européenne, c’est bien normal. Il n’a probablement pas connaissance de ce moment grec. Le christianisme est à mon avis primordial pour comprendre le tout. On pourrait repartir très en arrière dans l’Histoire de l’Europe et parler des guerres saintes, des premières croisades d’Urbain II et autres. Il y avait un côté fédérateur quand le Pape disait : « On part en croisade ! » Toute l’Europe chrétienne partait en croisade. Elle se sentait offensée et même attaquée sur son propre territoire. La France se préparait à aller au combat. À Jérusalem, à Antioche etc.

Le christianisme a, à un moment donné, fédéré l’Occident. Les idéaux libéraux sont nés avec le protestantisme, il va être le noyau culturel des États-Unis alors que le catholicisme, pas du tout. On a donc deux visions qui s’opposent, l’une se base un prisme religieux et l’autre sur un prisme idéologique avec le capitalisme et l’individualisme.  Avant de parler du protestantisme, on pourrait parler du premier schisme chrétien entre les Églises d’Orient et d’Occident. Là, on a commencé à voir au sein du christianisme, qui fut certes très divisé à l’époque avec le nestorianisme et l’arianisme, un combat d’orgueil opposant deux orthodoxies. L’Empire byzantin était vu comme l’Empire romain d’Orient.

On faisait déjà bien cette distinction et pas uniquement sur le plan géographique. Ça montre bien que même avant le siècle moderne, on se posait déjà énormément de questions. Concernant l’Empire romain d’Orient et d’Occident, l’empereur romain d’Orient ne se considérait pas comme l’empereur romain d’Orient. Il était plutôt l’empereur romain en Orient. À l’est de l’Empire. Une fois que l’Empire d’Occident a chuté, c’est toujours en latin « imperium romanum » et il est empereur des Romains. C’est pour cette raison que quand Charlemagne coiffe la couronne impériale, l’empereur à Constantinople dit : « C’est moi l’empereur ! » Il ne peut y avoir deux empereurs. Le terme « byzantin » est un mot donné par les historiens allemands au XVIIIe et XIXe siècle. Avant, les Byzantins ne se considéraient pas comme des Byzantins. Ils se considéraient comme des Romains. Les Roumains, dans leur hymne national, parlent de Trajan et des autres empereurs parce qu’eux-mêmes se vivent comme les descendants des Romains, mais ils ne se considèrent pas comme des Orientaux. Dans la plupart des dialectes arabes et même en turc, on utilise le terme « Rums » pour désigner les Grecs, bien qu’il désigne à la base la ville de Rome. Vous avez aussi la Roumélie, un morceau difficile à trouver entre la Grèce et l’Albanie, dont serait issu Barberousse. Quand l’empereur Justinien réduit un schisme pour des histoires de piraterie contre la Tunisie et la Sicile, il va refaire le tour de la Méditerranée tout en mettant fin au Royaume vandale. Un empereur aux allures de roi du monde.

Hassan Ejaaibi

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