Cela fait trente ans que les députés ne servent plus à rien, camarade Dharréville

Le député communiste Pierre Dharréville, lors d’un discours à l’Assemblée nationale, s’est offusqué que le gouvernement de Macron ne gouverne qu’à coups de 49.3 et fait passer en force sa réforme des retraites en méprisant les députés de l’opposition. Dans une intervention sur le ton de l’humour, sous le regard hautain des membres du gouvernement, il va même jusqu’à questionner son utilité en qualité de parlementaire.

Cher Monsieur Dharréville, je suis très étonné que vous n’ayez pas fait ce constat plus tôt, et nous vous proposons de gagner du temps dans votre réflexion.

En effet, vous ne servez à rien ; mais cette évidence n’est nullement le fait du gouvernement inique auquel vous avez affaire chaque jour. En réalité, cela fait exactement 30 ans que les gens comme vous ne servent plus à rien, et il faut dire que vous l’avez bien cherché. Étant donné que, vous comme moi, n’étions que des adolescents à cette époque, notre ignorance est excusable. Afin de bien comprendre par quel processus les parlementaires français sont devenus inutiles, il faut remonter un peu dans le temps.

En 1981, François Mitterrand arrive au pouvoir grâce à une alliance avec votre parti politique. Rappelons qu’à cette époque, la construction européenne n’intéressait nullement ce dernier, qui d’ailleurs ne la mentionne même pas dans ses 100 propositions. On peut même dire qu’il fait montre d’une certaine défiance, en mettant en garde contre une possible concurrence déloyale des futurs entrants qu’étaient l’Espagne et le Portugal.

Très rapidement, sa politique, particulièrement sa politique économique, est un désastre, si bien qu’en 1984, à quatre ans des élections, Mitterrand comprend qu’il faut changer de stratégie, et c’est ainsi qu’il décide soudainement que « l’avenir de la France, c’est l’Europe », comme il le dira en 1989. Le tout nouvel européiste sera donc réélu en 1988, avec un programme basé sur la poursuite de la construction européenne, l’abandon de sa politique de relance, qui aboutira en février 1992 à la signature du fameux Traité de Maastricht, qui sera ratifié par référendum le 20 septembre 1992.

Au cas où vous ne le sauriez pas, ce traité est un tournant majeur dans la construction de votre inutilité, étant donné que ce qui n’était qu’une délégation de souveraineté dans certains domaines devient ainsi un transfert de souveraineté, difficilement réversible.

Pourquoi irréversible, me direz-vous ? Tout simplement parce que les parlementaires qui étaient à votre place en 1992 ont voté la loi constitutionnelle du 25 juin 1992 (592 sur 679 ont voté oui), qui ajoute à la Constitution de 1958 un titre XIV intitulé « Des communautés européennes et de l’Union européenne ».

En ce jour funeste, vos prédécesseurs ont donc inscrit dans la Constitution la primauté du droit communautaire sur le droit national. Bien entendu, ce n’était pas écrit comme tel, et il est évident que beaucoup de parlementaires n’ont pas compris ce qu’ils votaient. La tentative de Philippe Séguin de bloquer cette révision, lors d’un discours d’une qualité exceptionnelle, fut hélas sans effet. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, des parlementaires, à qui le peuple avait donné le pouvoir de légiférer, décidèrent de se dessaisir de ce même pouvoir au profit d’une entité supranationale dirigée par des fonctionnaires non élus.

Cela fait donc 30 ans, Monsieur le député Dharréville, comme vous le dites vous-même sans prendre conscience à quel point vous avez raison, que les gens comme vous ne servent réellement plus à rien. Vous pouvez voter, ou pas, toutes les lois et amendements que vous voulez, cela passera d’abord à travers les fourches caudines du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État, qui vérifieront qu’ils sont conformes à la Constitution, et a fortiori aux traités européens. Ensuite, si vous avez de la chance, un décret d’application sera voté. Si par malheur cette loi est contraire au droit européen, elle sera annulée de gré ou de force par la Cour de justice de l’Union européenne.

Vous vous étonnez que Macron passe en force sur la réforme des retraites ? Sachez qu’il n’a pas le choix. L’Union européenne lui a envoyé sa feuille de route, qui se nomme Semestre européen, dans laquelle il lui est signifié, sous peine de toute une panoplie de sanctions pour notre pays, de réformer le système de retraite français. Il le fera, que les parlementaires soient d’accords ou non.

Quant à vous et vos semblables, il vous reste encore le loisir de discuter du caractère paternaliste du barbecue avec vos collègues écologistes. Profitez-en tant que cela est encore possible, jusqu’à ce qu’un fonctionnaire estonien de la Commission européenne ne rédige une directive sur le sujet.

Alain Falento

 

 

image_pdfimage_print
18
2

7 Commentaires

  1. c’est pas machin ou truc qui s’empochent des boulots fictifs, ils SONT TOUSTES des boulots fictifs à eux tout seuls et 95% des gens sont contents parce que pour eux se faire entuber jusqu’à la mort ça signifie qu’on s’intéresse à eux, qu’ils existent donc qu’ils sont ai-més.

  2. eh, gamin, ton Roussel, il a pas appelé à voter Macron? Alors, si t’es qu’une vieille casserole rouillée et puante, demande lui des comptes!

  3. Les affiches « Bardella-Le Pen » fleurissent sur les panneaux en ville: ils savent que micron va dissoudre et ils prennent de l’avance pour les prochaines élections…(avec 150 RN ?)

  4. À partir du moment où ils sont subordonnés, comme micron d’ailleurs, à Bruxelles, qui est aussi subordonnée à Washington, et qui, pour finir, sont eux-mêmes, subordonnés aux seuls véritables patrons : » le club des ploutocrates mondialisé »
    Leurs fonctions d’hémiplégiques de la démocratie, ne les prédestine donc, qu’à disserter du verre à moitié vide où à moitié plein.
    En fait, nos démocraties marchandes fonctionnent comme une entreprise : Il y a les employés, les syndicalistes et délégués du personnel, les cadres, les dirigeants et enfin, les actionnaires.
    À votre avis, où se situent nos politiques, et quel sont les réels décideurs, responsables, et aussi, à qui doit-on couper la tête pour retrouver la liberté ?

  5. Il est vrai les députés ne servent à rien,si a prendre notre pognon dingue,les princes de l’inutile ont des beaux jours devant eux…semblables aux artistes.

  6. quid de la promesse macron de diminuer d’un tiers le nombre de parlementaires?

Les commentaires sont fermés.