Ces drôles de Suisses, qui osent voter contre les minarets et les parachutes dorés

En tant que Flamande immigrée j’ai mis du temps à comprendre que « la Suisse » ça n’existe pas ! C’est la Confédération Helvétique ! Tout en bas il y a les communes, les paroisses et la bourgeoisie… (Pour être Bourgeois = Patrizio, ça vient sans doute des romains, il faut être domicilié dans la même commune depuis au moins 5 générations…)

« Au civil » ce qui compte le plus c’est la Commune. Un ensemble de Communes cela fait une République indépendante. Les 26 Républiques indépendantes constituent les Cantons qui, confédérés, forment la  Confédération Helvétique. Ainsi, le pays dans lequel j’habite et qui compte 350 000 habitants, capitale Bellinzona,  s’appelle « Repubblica e Cantone Ticino »

Alors, que les Bretons ou les Corses ne pourraient pas être indépendants c’est de la foutaise : on pourrait fort bien avoir les République et Canton de Corse, République et Canton de Bretagne etc. qui feraient tous partie de la Confédération Française. Comme d’ailleurs République et Canton de Flandres + République et Cantons de Wallonie + République et Canton Germanique + République et Canton de Bruxelles pourraient fort bien constituer la Confédération Belge

Pourquoi ça ne se fait pas ? Parce que ceux qui tirent les ficelles n’ont pas envie d’arrêter de  tirer les ficelles… mais cela résoudrait beaucoup de problèmes.

Alors dans la Confédération Helvétique ça marche comment ?

Rien de plus simple que de lire le site officiel :

http://www.ch.ch/abstimmungen_und_wahlen/01277/01287/index.html?lang=fr

Mais, grosso modo, schématiquement et en pratique : les citoyens élisent leurs gouvernements, dans les Communes, les Cantons et la Confédération, mais en même temps ils ont la possibilité de participer personnellement  aux gouvernements grâce à trois outils : la pétition, l’initiative et le référendum.

Exemple Moi, Anne Lauwaert, étrangère de nationalité belge j’ai le droit de lancer n’importe quelle  pétition et d’en adresser le résultat aux autorités. D’ailleurs je l’ai fait : contre la construction d’une route, ensuite  d’un téléphérique, contre l’abus des hélicoptères et contre les nuisances du trafic aérien surtout destiné à l’aéroport de Milan. Ca m’a valu des bagarres que je n’imaginais pas au départ, des inimitiés irrémédiables, mais aussi des sympathies tout aussi fortes. Les résultats concrets : la route n’a pas été faite et maintenant tout le monde est d’accord pour faire de ce territoire préservé un parc naturel. Le téléphérique a été construit mais avec bémol. Des règlements communaux disciplinent l’utilisation des hélicoptères. Le bureau de l’aviation civile est venu sur place mesurer l’intensité des nuisances sonores du trafic aérien. Avec le temps les routes aériennes  se sont diluées et peut-être élevées, en tous cas les avions dérangent moins qu’avant. Surtout : en laçant ces pétitions l’attention a été attirée sur ces problèmes, cela a fait discuter, publier des lettres dans la presse, ainsi les choses ont évolué  et d’autres ont pris la relève.

Les autorités s’en moquent ? Et bien non. Lors de l’élaboration de la nouvelle loi sur la protection de la nature, chaque citoyen avait la possibilité de dire ce qu’il en pensait. Avec un ami écologiste et un ami chasseur, nous avons épluché le texte et rédigé une critique systématique du projet de loi. J’ai su par une copine qui travaillait au département de l’environnement que les fonctionnaires se sont arrachés les cheveux pendant des jours parce qu’ils ont, à leur tour, épluché nos observations… Pourquoi ? Parce qu’ils savent au départ que les citoyens sont attentifs et que toute loi peut être directement contestée par un référendum… Donc il vaut mieux écouter tous les avis avant de rédiger les lois…

Mais en tant qu’étrangère je n’ai aucun accès aux initiatives, ni aux référendums. Mais si demain j’obtiens  la nationalité helvétique, tout me devient possible !

Exemple : j’estime que conduire à gauche est plus sain. Je lance une initiative pour changer la conduite à droite en conduite à gauche. Pour lancer mon initiative j’ai besoin de recueillir 100 000 signatures qui soutiennent mon projet, en 18mois. Dès que j’ai mes 100000 signatures… on vote ! Et si mon initiative  est acceptée par le peuple… elle est appliquée : la Suisse roulera à gauche…

Si le lendemain je ne suis pas d’accord avec une loi du Parlement Fédéral, je dois récolter 50 000 signatures qui soutiennent mon idée en 100 jours et ensuite on lance le referendum ! Et si le peuple di oui c’est oui et si le peuple dit non c’est non ! et on applique sa décision.

Le vote n’est pas obligatoire et ceux qui ne vont pas voter c’est tant pis pour eux.

Bon, les choses ne sont jamais « sitôt dit, sitôt fait »… déjà que les Suisses ne sont pas rapides… On lance une idée, on la discute, on se chamaille, on fait campagne, on se déchaîne dans des articles dans la presse, et puis après la votation le camp des vainqueurs exulte, mais le camp des perdants recommence tout de suite à préparer une nouvelle tentative… Ainsi se succèdent les votations pour entrer dans l’UE ou pour abolir l’armée et il a fallu bien du temps pour entrer à l’ONU. Ce qui est intéressant, c’est que cela tient le citoyen perpétuellement attentif à la vie politique parce que chaque individu sait qu’il a droit au chapitre.

Ce qui est encore plus intéressant c’est la vox populi…

Dans aucun autre pays les citoyens ne votent pour payer plus d’impôts ou pour travailler plus ou avoir moins de vacances… en Suisse cela est possible…

Mais attention… il n’est pas rare que le peuple vote exactement le contraire de ce que veut le gouvernement…

Exemple : le vote contre la construction de minarets… L’intelligentzia et le monde des affaires s’étaient érigés en champion du multiculti surtout pétrolifère…  mais le peuple a dit  « Non, nous on veut pas ça… » et a voté massivement contre les minarets.

Scandale chez les bienpensant de tous bords : suisses xénophobes, islamophobes, populistes et en avant les habituelles litanies gauchisantes.

Honnêtement : les Suisses pensent comme Sacha Guitry : « Si ceux qui disent du mal de moi savaient ce que je pense d’eux, ils en diraient d’avantage… »

Et à la votation de dimanche dernier, Oskar Freysinger qui avait mené l’anti-minaretisme, a été élu, haut la main, au Conseil d’Etat valaisan.

Dimanche passé, autre surprise : le peuple en a eu marre des topomanajair qui empochent des millions pendant qu’on jette les pions de la base… pour faire des économies…

Alors Monsieur Minder (comme aurait pu le faire n’importe quel monsieur tout le monde)  a lancé une initiative pour limiter le pactole des boss.

Le gouvernement et tous les gros légumes ont crié au suicide: la Suisse va s’écrouler! Et bien le peuple a voté massivement pour la limitation des super salaires et contre l’avis des puissants et cela devient loi.

Etrangement cette fois on n’entend personne crier à la xénophobie, racisme, populisme ou autre hyperbole bien pensante… et pas non plus de félicitations … Le petit peuple de Heidi s’est montré plus efficace contre les virtuoses du capitalisme que les tribuns des gauches grandiloquentes…

Autre exemple ? Contrairement aux salamalecs des  lobbies du show-sport-bizz français qui ont poussé des cris de désespoir quand l’organisation de jeux olympiques leur est passée sous le nez… Dans les Grisons les décideurs ont fait des pieds et des mains pour s’accaparer  leur part de gâteau olympique. Par contre le peuple a pensé que 4 milliards ça allège dangereusement le porte monnaie en plus de l’impact sur l’environnement et tous les emmerdements de ce tohubohu et il a voté  << Non>> … Donc pas de grischun olympics dans la Svizra Rumantscha…

Encore une spécificité helvétique qui devrait interpeller les Français… http://www.admin.ch/br/org/index.html?lang=fr Le Conseil Fédéral (gouvernement) est composé de 7 super-ministres, eh bien, chaque année ils élisent le Président de la Confédération, entr’eux à tour de rôle et pour un an.

Si l’élu se révèle être une patate, patience ce n’est que pour un an… Ce genre d’élection, c’est vite fait, bien fait et ne coûte rien… Si les Suisses ont été lents à accorder le droit de vote aux femmes, aujourd’hui il est courant d’avoir une femme comme Président de la Confédération…

Autre chose ? Systématiquement il faut crier haro sur la Suisse… olala son secret bancaire, quelle horreur, mais motus et bouche cousue sur le secret bancaire qui est protégé par la loi notamment  à Dubaï…

Tout ça pour dire qu’aussi longtemps que le peuple suisse gardera son bon sens montagnard, il l’exprimera par ses votations et sans se soucier de ceux qui le critiquent parce que … en fait… les raisins sont trop verts… Cependant, quel que soit le pays,  le peuple n’est jamais résigné, il endure beaucoup et longtemps mais tôt ou tard, comme les Français le savent bien, c’est lui qui fait la révolution…

Anne Lauwaert

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