Ces médiocres qui nous gouvernent

enarques

Philippe de Villiers cite l’Énarchie apatride. L’ENA. Ce n’est pas une école, c’est un moule, un laminoir sémantique. Vous y entrez avec trois mille mots, vous en sortez avec trente seulement, le cerveau formaté.

La haute fonction publique est composée de fonctionnaires qui fonctionnent. Elle a quelque chose de grotesque et d’insolite, aux antipodes de la modernité. Le huis clos du laboratoire abrite une folle ambition de substituer l’administration des choses au gouvernement des hommes. Pour qu’un jour les choses décident à la place des hommes pour planifier un monde sans âme qui fabriquerait une cité sans frontières ni racines.

Les énarques ne sont pas des gens qui veulent faire le mal, mais simplement des ingénieurs sociaux qui pensent savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour lui. Et ce qui est jugé bon pour le peuple, c’est la fin de la nation, la fin de l’histoire, la fin des religions, la fin des idées, la fin de la politique.

Les inspecteurs des finances administrent leurs billevesées pour enseigner l’utopie technocratique.

C’est l’État qui est le moteur de la société pour le procès général des nations, coupables, forcément coupables. On veut faire croire au peuple qu’en procédant à l’effacement de la nation, à sa fusion dans de grands ensembles sans passé, sans racines, on mettrait pour toujours un terme aux guerres et aux conflits.

Ces bavardages hors du temps accompagnent un nouveau diagnostic, celui de la fin de l’Histoire.

Ce ne sont plus les idées qui mènent le monde nouveau de la macronnie, ce sont les lois du marché.

Le bien-être, selon l’énarque Minc, c’est le concept de la mondialisation heureuse avec la nouvelle utopie du terrorisme islamiste. Les religions ne sont pas mortes, ni les idées, ni la politique. Elles ne mourront pas tant qu’il y aura des civilisations transmises par l’épaisseur du temps et l’expérience des peuples.

À l’ENA, il n’y a rien, dans l’enseignement qui touche à l’Histoire, aux cultures, au Temps long. Et la même déculturation a gagné Sciences Po. Ce qui constitue un désastre pour cette école qui était le creuset des futures élites politiques, mais aussi économiques et médiatiques. Un désastre purement français.

On n’enseigne plus les humanités en France. À l’ENA, on apprend à extrapoler plutôt qu’à innover. On ne cherche pas à penser, à réfléchir, mais à reproduire. Cela donne des Attali, des Fabius ou des Juppé.

Comme on ne croit pas à la profondeur de l’Histoire, la vie est un divertissement et la pédagogie une posture. L’immaturité préside à toutes les épreuves écrites qui ont un caractère superficiel fondé sur l’esprit du temps, l’esprit de dérision. On met le monde en fiches et on recopie ses fiches. La culture est en fiches.

C’est un jeu. Les énarques savent tout et rien d’autre. Au concours d’entrée, à la fameuse épreuve du grand oral, il ne s’agit pas d’observer les qualités de discernement mais l’esprit de répartie. Le jury s’amuse à poser des questions cocasses auxquelles l’impétrant doit répondre par des saillies loufoques.

Et il y a cette fameuse épreuve de psychothérapie collective, le pédalage en groupe, la dynamique de groupe. Trois psychologues et un psychothérapeute font discuter un sujet dénué de sens, mais polémique, destiné à faire éclater les conflits, à détecter le cheminement personnel de ceux qui allaient structurer le groupe, expression consacrée, et de ceux qui allaient s’y fondre ou, au contraire, s’en exclure d’eux-mêmes.

Ainsi, à travers ces gens, il devenait possible de savoir à l’avance ceux qui auraient davantage un tempérament d’animateur ou de suiveur. Au test, François Roussely et Pierre Blayau furent notés 20/20. Plus tard, Roussely a mis en difficulté EDF et Blayau a mis en échec Moulinex. Michel Audiard a écrit dans le film Le Président : « On est gouverné par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis. » Pour réussir à l’ENA, il suffit de reprendre ce qui est dans l’air du temps.

La matrice sémantique apprend aux futurs hauts fonctionnaires à maîtriser les éléments de langage utiles tout au long de leur carrière. Les énarques forment un réseau, ils obéissent aux énarques. Il leur faut faire acte d’allégeance, moins à l’État qu’à ceux qui sont entrés dans la carrière avant eux.

L’ENA procure à ses élèves un viatique, elle leur fournit une intelligence des normes établies, la règle du jeu qui leur servira toute leur vie. Le concours de sortie fonctionne comme une liste d’aptitude, l’aptitude à ruiner le pays et eux, à se couler dans le moule de la haute fonction publique, à en adopter les codes, la phraséologie et le mode de raisonnement. L’ENA a pour but de produire des individus conformes, dociles et policés, et de parvenir à l’unité de langage, de méthode et d’esprit.

L’École Nationale de l’Arrogance se nourrit de la croyance qu’on va pouvoir changer la société par décret. C’est l’esprit Macron : on peut modifier les traditions, les éradiquer. D’un seul coup de plume on va changer le mode de vie des Français. Par la technique, on va dissoudre la politique. L’épreuve sur dossier est un examen emblématique qui comporte cette utopie. La note introductive décrivait un problème de la société française et il s’agissait, pour y répondre, de proposer un texte, un décret qui ferait disparaître le problème.

Un type tout seul, dans son coin, va faire disparaître un problème d’un seul jet d’encre en barbouillant un arrêté pour réformer la société. Macron a vécu cette épreuve. Pour des gens comme lui, il suffit d’une nuit. Le lendemain, il se réveille avec une nouvelle résolution en ouvrant les yeux : « Aujourd’hui, je vais faire un décret. » Cette noble institution de la République est une machine à classer : un concours passé à vingt-cinq ans oriente toute une vie professionnelle. C’est le retour à la société de cour de la fin de l’Ancien Régime !

Les fils de la grande noblesse étaient colonels à 20 ans quand ceux de la noblesse seconde, blanchis sous le harnais, finissaient péniblement lieutenants colonels, comme d’Assas. Rien de nouveau sous le soleil.

Ceux qui sortent de l’ENA comme Macron choisissent non pas l’action, mais les corps de contrôle, l’inspection des Finances, le Conseil d’État et la Cour des comptes. Malgré leur inexpérience, ils vont juger ceux qui ont vingt-cinq ans d’expérience dans la vie active. Philippe de Villiers cite Jean Puybasset : « Ces petits messieurs apprennent le fumet du pouvoir dans les palais de la République et acquièrent le droit de mettre les grandes entreprises publiques en déconfiture. » Ils sont les membres de cette technocratie d’État.

En se partageant le pouvoir, ils ont inventé le fameux modèle français avec six cents milliards d’euros de transferts sociaux et 45 % de prélèvements obligatoires. L’ENA ne s’arrête pas à la sortie de l’École, c’est une petite société des anciens élèves qui perdure comme Le Siècle, le cénacle le plus puissant de France où 114 inspecteurs généraux des Finances sont les vecteurs de diffusion de la bien-pensance !

Ils veillent à l’endogamie du milieu politico-médiatique. Cet entre soi a mis la France en faillite.

C’est pourquoi Zemmour déclare : Nous devons reprendre le contrôle de notre pays !

Thierry Michaud-Nérard

Source : Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu.

 

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4 Commentaires

  1. L’ENA est une calamité pour la France. Mais pas la seule.
    L’autre calamité, c’est l’école de la magistrature (ENM) où 70% des admis sont enfants de juges ou de procureurs.
    Les 30% de gueux sont triés à l’aune de leur allégeance à la doxa. Et toute leur carrière dépendra de leur aptitude à traquer « l’extrême drouâte » et fermer les yeux sur les exactions de mahométans.
    Dans cette justice politique, des petits bourges inexpérimentés de 25 ans se retrouvent juges d’instruction pouvant vous ruiner ou vous enfermer à leur guise, dispensés de devoir répondre de leurs erreurs ou de leurs fautes professionnelles. Du moment qu’ils « pensent bien »…

  2. « Les fonctionnaires sont comme les livres d’une bibliothèque, ce sont les plus hauts placés qui servent le moins »
    Georges Clemenceau

  3. des médiocres ? des carriéristes surtout qui pensent à leur gamelle mais les plus idiots sont ceux qui votent pour faire perdurer le système

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