Ces musulmans français qui font peur à l'Egypte

Un phénomène nouveau est en train de voir le jour : des musulmans français en mal de ce qui serait un « islam pur » se tournent vers l’Egypte pour un exil définitif ou temporaire, et certains d’entre eux inquiètent les autorités égyptiennes par leur « fondamentalisme » affiché.
L’Egypte est un pays de choix pour ces zélés de l’islam par la facilité d’obtention des visas, le coût modique de la vie, et la qualité de ses professeurs d’arabe. Car c’est en général la première recherche de ces voyageurs : apprendre l’arabe littéraire afin de comprendre le coran et de le lire sans fautes de prononciation (considérées comme des péchés…).
Ils sont entre 600 et 900 Français (d’origine maghrébine ou convertis) à partir étudier chaque année dans les nombreuses écoles de la banlieue du Caire. Parmi eux, beaucoup de jeunes femmes, et même de très jeunes filles, voire des fillettes : on peut y croiser des petites de 10 ans voilées des pieds à la tête comme leur mère… Dans ces écoles à la discipline très stricte, où bien évidemment les hommes et les femmes sont séparés, inutile de tenter d’apaiser sa soif avec un Coca, cette « compagnie sioniste » y est interdite de cité, tout comme le maquillage. D’ailleurs, le voile intégral s’y répand comme la nouvelle tendance à suivre… Pour les plus jeunes Françaises qui ne sont là que pour l’été, le retour en France sonnera la fin de la récréation islamique ! Elles reprendront à contre-cœur leurs études par correspondance, non seulement pour pouvoir garder leur voile, mais aussi parce que dans les écoles privées où il est autorisé, les cours sont mixtes… Rien n’est laissé au hasard pour s’éviter les foudres de leur dieu et risquer l’enfer…

Une ville 100 % Hallal

Les élèves les plus aisés de ces écoles s’installent, le temps de leur apprentissage ou pour de bon, à El Rehab, une ville nouvelle créée au début des années 90 par un riche homme d’affaires. Cette ville est conçue suivant le modèle des résidences américaines, où tout est formaté et où on ne pénètre qu’en montrant sa carte de résident privilégié…. Tout y est fait pour pouvoir vivre dans la plus pure observation des préceptes islamiques : impossible d’y trouver du porc, de l’alcool ou des jeux d’argent… Par contre, pas question de renoncer à la modernité et au confort « à l’américaine » : les 6 mosquées de la ville sont entourées de villas avec piscine, de petits immeubles proprets, de centres commerciaux, de restaurants et d’écoles de sport. Il y a également un hôpital où les patientes, n’en doutons pas, auront toujours un médecin femme à disposition…
Cette ville, qui, au départ, attirait surtout de riches Egyptiens ou des Arabes du Golfe, compte désormais de plus en plus d’étrangers parmi ses 100 000 habitants. Le bouche à oreille, les sites, blogs et forums sur internet participent à sa renommée et à son attrait grandissant pour les musulmans occidentaux qui décident d’aller vivre leur religion sous des cieux islamiquement plus cléments.
Les Français qui s’y établissent reprochent en général à la France de les empêcher de voiler en rond : ce n’est pas un hasard si l’arrivée massive de Français a eu lieu en 2004 après la loi sur les signes religieux à l’école…

Sous haute surveillance

Les Français et autres étrangers qui fréquentent les écoles du Caire ou vivent à El Rehab sont étroitement surveillés par les autorités égyptiennes. Celles-ci ne voient pas d’un très bon œil ces drôles de paroissiens qui, pour la plupart, arborent des tenues salafistes, ne se mélangent pas aux Egyptiens et ne fréquentent pas la mosquée d’Al Azhar, réputée comme étant « le symbole de l’islam modéré ». Même les propriétaires de logements à El Rehab hésitent de plus en plus à louer à des Français, qui leur inspirent bien peu confiance par leur attitude et les réseaux qu’ils semblent avoir mis en place.
Si tout le monde est si méfiant, c’est parce que l’Egypte a connu de nombreux attentats terroristes qui ont chaque fois fait fuir durablement les touristes, alors que le tourisme est la première ressource du pays. Le dernier attentat a eu lieu en février dernier au Caire : parmi les sept personnes arrêtées, on compte deux Britanniques et une Française, venus étudier l’arabe coranique.
Des mises en garde sont désormais affichées dans les écoles, censées être interdites à ceux qui « appartiennent à un groupe terroriste ou une secte religieuse » (et, non, ce n’est pas de l’humour…). Et Big Brother veille à El Rehab : lorsqu’un individu a un comportement suspect, il est immédiatement expulsé par l’administration de la ville.
Après l’attentat de février, une vingtaine d’étudiants français ont été expulsés du pays.
Espérons tout de même qu’ils ne seront pas trop durs avec nos compatriotes à l’avenir : avec la loi contre le voile intégral qui se précise ici, l’Egypte et El Rehab risquent de voir arriver encore un peu plus de ces musulmans français qui préfèrent la charia aux valeurs républicaines.
Ce serait bien dommage qu’ils n’y restent pas.
Laurence Vuillemot
Source « Le courrier de l’Atlas » n° 30 – Octobre 2009

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