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Ces victimes des attentats islamistes, handicapées à vie, dont personne ne parle…


Une rescapée anonyme

Lundi, je suis allée voir une grande blessée des attentats de Bruxelles, Karen Northshield. On a beaucoup parlé d’elle sur Internet, elle est la dernière rescapée encore hospitalisée. Depuis deux ans et demi ! Je ne vous décris pas son état, il vous suffit d’aller voir sur Internet. Depuis, je suis en colère. En rage.
J’ai un sens inné de la justice, cet état de fait est inacceptable, j’ai donc pris ma plume et écrit à la reine Mathilde (vous connaissez ?) qui, bien entendu, était allée la voir, suivie par une vingtaine de caméras. Craignant de laisser transparaître mon exaspération, j’ai demandé à un ami juriste de me relire. Et, tant que j’y étais, envoyé copie à deux journaux. Silence.

Je vais en être réduite à me procurer une caisse, à grimper dessus et à haranguer les badauds dans le superbe parc de Bruxelles (il fait face au palais). Car je n’aurai aucune réponse. Aucune chance sur Facebook, je n’ai que 4 followers (mes enfants).

Quotidiennement, j’apprenais les excès manifestes de nos politiciens à l’époque.
Dans « L’Argent de l’État. Un député mène l’enquête », René Dosière, élu apparenté PS, déplorait les dépenses excessives de l’État, des déplacements du président aux frais de bouche de la présidence et aux effectifs dans les ministères. Un train de vie monarchique qu’il avait décidé de dénoncer. Après la présidence, il s’est attaqué aux ministères. « Alors qu’on demande aux Français de se serrer la ceinture, les cabinets ministériels s’offrent des augmentations faramineuses. Le gouvernement ne connaît pas la crise », écrivait le pourfendeur des dépenses de l’État.

Quant à l’ancien ministre Macron, c’était le prix d’un mariage de superstar à chaque virée à l’étranger, mais à nos frais, bien entendu.

https://ripostelaique.com/tout-savoir-sur-les-depenses-hallucinantes-du-ministre-macron-a-las-vegas.html

Près de 35 ans après son départ, Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981 occupe toujours des bureaux boulevard Saint-Germain. La location de ceux-ci coûte 276 683 euros par an. Auxquels il faut ajouter 10 571 euros pour les abonnements à la presse, dont il semble particulièrement friand. Plus surprenant encore, l’État prend en charge les dépenses en carburant de l’ex-président, à hauteur de 5 000 euros annuels.

Les repas

Coupables / Victimes

Les journaux reçus par Nicolas Sarkozy ne sont pas facturés à l’État mais la location de ses bureaux de la rue de Miromesnil coûte 226 290 euros par an aux Français. Il profite, pour lui et ses collaborateurs, de 26 lignes téléphoniques prises en charge par les contribuables.

L’ex-ministre de la justice, Rachida Dati, était grosse consommatrice de véhicules de fonction. Pour elle et les vingt membres de son cabinet, elle disposait d’une flottille de 20 véhicules, conduits par 19 chauffeurs. Également grande voyageuse : 416 370 euros en frais de déplacements aériens (incluant les membres de son cabinet), ce qui la plaçait en « pole position » des ministres baladeurs.

Les véhicules 

Coupables / Victimes

Comment est-ce possible ? Je ne suis ni sainte ni particulièrement charitable ou désintéressée, mais je ressens une gêne. Je vais vous présenter 5 personnes qui, elles, mériteraient de résider dans des palaces, d’avoir 3 chauffeurs, une piscine chauffée, un kinésithérapeute et un psy à domicile (pour le moins !). Sans compter les fleurs fraîches. Mais qui, pour la plupart, sont parquées dans de minuscules chambres et absorbent la becquetance d’hôpital depuis des mois, voire des années (vous vous rappelez l’odeur de soupe aux poireaux dans les couloirs d’hôpital ? Pour eux, c’est perpétuité). Et lorsque leur famille vient les voir, ce n’est pas non plus le juvénile-président-de-la-république-aux-500-assiettes-en-porcelaine-de-Sèvres qui finance leur déplacement, souvent coûteux. (J’exige donc 4 chauffeurs AU MOINS !)

Exposé des faits : un groupe de personnes cause un préjudice gravissime et d’innombrables victimes. Vous faites erreur, ce n’est pas le groupe de personnes qui est pénalisé. Il continue à se prélasser dans le luxe, alors que les victimes, elles, sont quotidiennement punies. Le monde à l’envers.

Passons aux victimes de ce groupe de criminels :
Une association de victimes des attentats du 13 novembre a annoncé le suicide de l’un des survivants. Le trentenaire s’est donné la mort deux ans après le drame. L’association « 13onze15 – Fraternité et Vérité » annonce son décès avec l’accord de la famille. « Guillaume Valette était âgé de 31 ans, il était présent au Bataclan lors de l’attaque terroriste et n’avait souhaité se faire aider ni par sa famille ni par l’une des associations de victimes, il voulait rester seul. Il était cependant suivi par un psychiatre et un psychologue », a précisé l’association.

Maëlle, 36 ans, paralysie faciale, bras entièrement fracassé

C’est grâce à Philippe Lançon, journaliste de Libération blessé au visage et à la jambe, qu’on est entré en contact avec Maëlle. Ils ont fait connaissance à l’hôpital. Maëlle a hésité à témoigner, elle a finalement accepté. Sauf la séance photo. Et elle a demandé à ce que son prénom soit modifié. On l’a rencontrée vendredi après-midi, dans son appartement de l’Est parisien où, séparée depuis plusieurs années, elle vit avec son fils. Une jeune femme, charmante, loquace. Mais son regard reste grave et mat, de ceux qui ont côtoyé l’indicible. Cicatrices, paralysie faciale : la partie gauche de son visage laisse entrevoir un chemin de croix chirurgical qui est loin d’être fini. Son bras gauche relève du champ de bataille, lardé de part en part de traces d’opérations, de greffes.

En couple avec deux enfants, Sophie et Guillaume étaient au Bataclan le soir du 13 Novembre. Sophie : « On était huit copains, ce soir-là, l’un de nous n’en est pas revenu. Aujourd’hui, ça va. Avec des très hauts et des très bas. Mais à l’approche de la date anniversaire, c’est très dur. Jeudi, un peu par hasard, je suis passée devant le Bataclan et je me suis arrêtée devant la stèle (encore un monument moche et inutile de plus : coût ?) qu’ils ont installée sur le terre-plein de Richard Lenoir. J’ai lu les 90 noms des morts, un à un. Je suis incapable de prendre le métro, je ne peux plus aller à un spectacle, avoir une porte dans le dos et je ne pourrai plus jamais participer à une manifestation de masse comme je l’ai fait pour Charlie Hebdo. C’est trop facile comme cible. Les cibles, j’en vois constamment. Les gens vivent dans une insouciance formidable, on (non, Sophie, pas « on », les coupables sont connus) m’a volé mon insouciance à vie. »
« Je me force à accepter mon corps blessé. » Le 13 novembre, une balle de kalachnikov a transpercé son mollet et ouvert sa cuisse sur 20 cm, avant de se loger dans sa hanche, où elle se trouve toujours. Les médecins ont choisi de l’y laisser. Marie (j’ai changé son prénom) doit donc supporter dans sa chair ce corps étranger meurtrier. « Avoir une balle dans la hanche, c’est la sentir tout le temps. Être, les bons jours, seulement gênée. Les mauvais, souffrir. J’ai des pics de douleur. » Se rendre compte que le paracétamol et la codéine ne la soulagent pas. Que la morphine la rend malade. Entre deux maux, finir par choisir le moindre.

Aurélie, 28 ans, commence sa deuxième vie

Dans la soirée du vendredi 13 novembre, Aurélie, 28 ans, boit un verre en terrasse avec deux amies au Carillon, dans le 10e arrondissement, quand survient le commando de tueurs. Anna, 24 ans, et sa sœur Marion, 27 ans, sont abattues. Aurélie reçoit huit balles dans le corps, aux bras, aux jambes et à la mâchoire. Elle est défigurée. « La première tentative de reconstruction de la mâchoire échoue, raconte L’Express, et il lui faut attendre un mois avant de pouvoir reparler, libérée de la trachéotomie. Mais avec la langue immobilisée et la lèvre disparue, la rééducation est difficile et certains sons plus difficiles que d’autres à prononcer ». Aurélie, qui exerçait avant l’attentat un métier dans la communication, doit s’habituer à sa nouvelle voix. Et faire le deuil de son ancien visage, dont la reconstruction sera plus lente que prévu.

Dans un article de La Voix du Nord, on apprenait qu’une rescapée du Bataclan, Laura Croix, était sortie du coma artificiel dans lequel elle avait été plongée le 13 novembre. Cette chanteuse avait reçu trois balles dans la poitrine et trois dans l’abdomen. Deux doigts de sa main gauche avaient été sectionnés.
Il n’y aura ni phrase finale ni formule moralisatrice.

Anne Schubert