C'est pas de sa faute, à Martine…

Et oui les amis, la mise en examen de DSK débouche sur une odieuse et tragique campagne contre une femme, une troisième, une de trop, jetée en pâture aux vautours et aux vauriens, parce que le destin, l’Histoire, va la soumettre aux caprices et aux décisions électorales des citoyens de France.
La dernière calomnie en date dit, qu’elle en serait. Eh oui, c’est ce qui se dit : Notre bonne patronne, notre sainte roubaiso-lilloise, aurait la faiblesse pour le beau sexe, disent les mauvaises langues et les jalouses. Elle aurait la faiblesse, mais est-ce bien une faiblesse, d’être disciple discrète de la grande poétesse grecque. Oh !!! Quoi, oh ? Et alors ?
Arrêtez les gars ! Arrêtez ! Franchement, ce n’est pas sympa…
Mais le peuple, le vrai, celui des mines de fer et de charbons, celui des aciéries et des usines fermées, la clé mise sous la port avec la bénédiction de François Mitterrand et celle de ses féaux baronnets et baronnettes, ce peuple, il n’y a pas un instant qu’on ne l’entende exprimer ce reproche : arrêtez les gars ! Halte au feu ! Elle a le droit, la p’tite Martine, d’aimer qui elle veut. Ce n’est pas notre affaire. Parlons de choses sérieuses.
Ecoutons-le ce peuple toujours vigoureux, ce peuple le plus intelligent, parce que le plus instruit, grâce à la Grande Révolution, comme l’écrira Victor Hugo.
Ecoutons-le ce Peuple de France, ce fils des gueux, ce descendant physique et moral des Jacques du Bauvaisie, brûleurs de châteaux forts et de chartes seigneuriales établissant la légitimité des droits exorbitants des nobles.
Ecoutons-le ce peuple des Sans-culottes, ces manœuvres et journaliers -dont sortiront le prolétariat parisien et ses multiples associations babouvistes puis blanquistes-, ces artisans, ces petits patrons, organisés dans les Sections de la première Commune parisienne, sans l’action desquelles il n’y aurait pas eu la Première République.
Ecoutons-le, ce Peuple des grandes grèves du printemps de 1936 !
Que nous dit-il ? Tendons l’oreille. Il parle, sans fracas encore, mais il est audible. Ecoutons :
Franchement, c’est pas sympa… quand même, y a pas une minute sans qu’on dise du mal ; pas une minute que l’on ne colporte un ragot ou une malveillance… Ce n’est pas en brocardant sur Marie Antoinette et le collier que l’on a réellement avancé.
Moi, je me suis mis à son écoute, enfin, j’essaie, et, en effet, qu’entend-on ? :
– D’accord, les idées de Martine c’est égal à zéro.
– D’accord, c’est une socialiste qui n’est pas socialiste et ne l’a jamais été.
– D’accord, quand elle cause et qu’on arrive à comprendre un peu de quoi elle parle, on est bien obligé de se dire : Jaurès, Guesde, Rappoport, Lebas, Blum, et même Guy Mollet, quand il contribuera à la constitution de la cinquième république, ils n’ont rien à voir, ni n’ont aucune responsabilité dans ce vide qui n’est pas qu’apparent, vide qu’elle nous débite en singeant l’humour.
– D’accord, Martine, ça a voir avec beaucoup du néant intellectuel actuel, mais rien avec un néant qui serait quand même un peu socialiste.
– D’accord, avec sa loi dite des 35 heures, elle a foutu une belle pagaille dans le droit du travail.
– D’accord, quand elle a été ministre du travail, elle a permis aux employeurs de chambouler les conventions collectives ; tout ceci avec l’enthousiaste et bénévole participation de l’appareil central de la CFDT.
– D’accord, elle n’a pas bonifiée, en prenant d’la bouteille. Les ans n’ont rien arrangé. Mais quand même, ce n’est pas une raison pour la titiller sans arrêt.
– Ce n’est pas une raison, pour laisser penser qu’elle dépasserait et surmonterait ses contradictions morales par un moyen dialectique qui serait une sorte de paradis artificiel du pauvre, en piquant du nez dans des bouteilles de genièvre. Ça les gars, ce n’est pas bien, ça ne se fait pas de dire ça !!!
– Ça n’se fait pas, d’descendre un adversaire politique, en attaquant son physique ingrat ou en lui imputant des fautes réelles ou imaginaires de l’ordre des affaires purement privées.
– Toutes ces attaques, ce n’est pas sympa, et puis, ce n’est pas démocratique, cela n’élève pas le débat.
Martine Aubry et Amar Lasfar
Parlons idées, parlons solutions, qu’il dit fort justement, le bon Peuple des révolutions et des grandes grèves.
Parlons de son bilan à la Martine, qu’il rajoute : Est-ce qu’elle formera un gouvernement qui fera mieux que celui dans lequel elle a été ministre, ministre d’Etat et plus jeune Ministre d’Etat de la cinquième république pour, ensuite, devenir le/la plus jeune retraité(e) de France ?
Parlons de choses sérieuses, pas de son physique, pas de ses goûts ou fantasmes, pas de son intérêt réel ou supposé pour la boisson des campagnes du nord de la France.
Tiens, les gars, demandez lui : Comment faisait-elle, quand elle était dirigeante de premier plan, au sein d’un des plus grands groupes capitalistes français?
Mais peut-être qu’elle n’y était qu’une bénévole, une simple bonne volonté, faisant comme le Comte de Saint-Simon quand il envoyait des mémoires à l’Empereur des Français, à Napoléon Ier, pour lui expliquer la condition ouvrière, pour expliquer et lui démontrer que la question sociale il faudrait, tôt ou tard, coûte que coûte, la résoudre ? Elle nous le dira un jour, c’est sûr.
Notre Martine, elle est peut-être tout ce qu’on veut, on peut certainement la critiquer, mais elle n’est pas franche comme un âne qui recule. Ça, c’est certain !
Quand j’écoute le petit peuple de France, celui qui a fait de ce pays celui qui est en tête des conquêtes sociales, qu’est-ce que je l’entends dire encore ?
Je l’entends réprouver, avec vigueur, les insinuations du genre : si la Martine elle gère les piscines municipales lilloises comme elle le fait, avec des horaires adaptés au sexe et à la religion, c’est pour plaire à son époux.
Mais non, voyons, ça n’a aucun rapport.
Je l’écoute et je l’entends, le petit peuple des grandes grèves de mai-juin 1968, celui qui a cru que le congrès d’Epinay du « nouveau parti socialiste » c’était la reprise et l’approfondissement du congrès de 1935 à Royan, quand le parti socialiste SFIO excluait les néo-socialistes et s’affirmait « parti de la révolution sociale et du front unique ».
Je l’écoute et je l’entends qui dit : mais non les gras, vous y aller trop fort. C’est quand même pas un crime qu’elle soit tombée amoureuse d’un « baveux » et qu’elle l’aime durablement, qu’elle l’ait dans la peau.
Ce n’est quand même pas sa faute si le type, il a le cœur sur la main, s’il ne peut pas dire non quand quelqu’un vient le voir à son bureau, avec quelques larmes aux coins de l’œil, pour lui demander de le défendre. Et si ce sont des adolescentes instrumentalisées pour défier la république en faisant entrer dans l’école la propagande par le fait pour l’infériorité des femmes et leur soumission à un ordre « divin » l’exigeant, ce n’est quand même pas la faute de la Martine et de son homme ?
C’est quand même pas sa faute, à la Martine et à son homme, si un truand un peu violent et versé dans le néo djihadisme de banlieue est venu lui demander de présenter sa défense ?
L’avocat d’Eichmann, il ne disait pas que les nazis avaient eu raison d’organiser les convois roulant vers les chambres à gaz…
Ce n’est quand même pas sa faute, à l’époux de la Martine, si des hommes cherchent à se faire défendre, après être entrés en guerre pour pratiquer une « piété mahométane » ressemblant à l’anarchisme à main armé de la bande à Bonnot. Ce serait peut-être un peu sa faute si elle n’en disait rien et si l’amour de sa vie n’en disait rien lui non plus.
Qu’est-ce qu’il dit encore, le bon peuple privé de ses mines, de ses aciéries, de ses usines, de nombreuses de ses activités productives, par la politique initiée en 1983 par son papa à la Martine ? C’était la Politique économique dite des « grands équilibres » et de la monnaie forte, que l’union européenne érigera en dogme intangible dans et par le traité de Maastricht, dogme constitutionnalisé par le TCE, rejeté massivement en mai 2005 mais mis en œuvre avec le soutien de la petite Martine et ses amis, aux côtés du vilain Sarkozy
Là, il râle le bon peuple. Il dit, elle se fout d’nous, la p’tite Martine
Le principal, qu’il dit, le bon peuple qui a chassé les rois, brisé la puissance oppressive des dogmes religieux, mis fin au délit de blasphème, le principal, qu’il dit, le bon peuple qui a fait mettre les conventions collectives dans la loi : c’est son absence d’idée sur la possibilité ou non de mettre enfin en place une économie organisée rationnellement, qui développe à nouveau les forces productives et soit apte à donner du travail qualifié à tous les jeunes et cesse de favoriser l’anarchie du marché du travail en l’élargissant sans avoir donné du travail au quatre millions qui n’en ont pas aujourd’hui..
Qu’est-ce qu’il dit encore le bon peuple, quand il se souvient des journées de juillet 2010 à la Villeneuve de Grenoble ?
Les gars, arrêtez un peu, ce n’est quand même pas la faute à la Martine si la France est quadrillée par des sortes de « grandes compagnies », si des brigands, défouraillant et crachant l’acier des kalachnikovs sur la police, évincent l’autorité légale de secteurs entiers du pays ?
Ce n’est pas sa faute si, outre la kalachnikov, police, pompiers, médecins de SOS médecins ont droit à diverses projectiles, et même à de vielles machines à laver leur tombant sur la tête, lancées depuis les balcons de tours ou de barres ?
D’accord, c’est vrai, son avocat d’époux, son homme, marque un intérêt pour une idéologie, la croyance mahométane. Mais est-ce que c’est de la faute de la Martine ?
D’accord, elle accueille bras ouverts des hommes de prédication liés aux groupements djihadistes.
D’accord, l’action purement professionnelle de son homme a mis ou défendu le droit de mettre des bouts de la charia dans la légalité quotidienne, mais est-ce sa faute ?
Doit-on le lui reprocher ?
Evidemment, elle n’a rien dit, la Martine, elle n’a pas montré sa différence avec le plaidoyer purement professionnel de l’homme partageant sa vie. Mais faut comprendre, elle l’aime.
Le brave ancien mineur, qui me tenait ce langage plein d’indulgence, s’arrêtera un instant, il me regardera dans les yeux, puis il me dira, comme une conclusion appelant plus de questions qu’elle ne me donnera de réponse : « évidemment, tu comprends mon gars, y a quand même des choses graves derrière tout ça. Tu vois, ici, on peut encore picoler et oublier l’époque de la mine, quand on était fier d’être ouvrier. Mais quand même, je me dis, ceux qui lui reprochent, à la Martine, son mari et les gens qu’il défend, z’ont p’tèt pas si tort que ça…. C’est vrai qu’les bouchers-charcutiers y en a plus beaucoup près d’chez nous. Sont presque tous partis. Et nous, la cochonaille, c’est comme une bonne bière, on crache pas d’ssus. Et alors, c’est-y pas not droit aussi, comme la grève, comme la manifestation, comme les élections, comme le syndicat… ? »
Alain Rubin

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