C’est quoi des psychiatres experts en “jargonologie” ?

Publié le 26 décembre 2019 - par - 14 commentaires

Un juge bien intentionné a interrogé un psychiatre, connu pour passer souvent à la télé, sur certaines questions psychiatriques. Le psychiatre lui répondit en substance : “Monsieur le juge, la psychiatrie est une discipline bien définie, qui a sa technique et son vocabulaire et qui exige une grande préparation.

Accepteriez-vous de jouer aux Échecs avec quelqu’un qui ne connaîtrait que les règles du jeu de Dames ?” Ce mot n’a rien d’exceptionnel. Toute discipline tend et doit tendre à se constituer une terminologie, à s’y enfermer et à n’accepter la discussion que dans le cadre de cette terminologie. Mais la question est de savoir si la psychiatrie n’est pas précisément la seule discipline où cette attitude ne se justifie pas.

Un physicien peut refuser de répondre à la question d’un esprit mal informé, car sa terminologie est liée aux conditions fondamentales de sa science et il peut la justifier scientifiquement. Mais la complication et la difficulté de la psychiatrie ne devraient pas être d’un ordre qui rende impossible une réponse à une question simple ou même simpliste, mais d’un ordre qui rende au contraire plus facile cette réponse.

En physique, le simplisme c’est l’incompétence, et l’incompétence fait que les questions sont nulles et non avenues. Mais il n’existe pas et il ne devrait pas exister d’incompétence psychiatrique ! Nulle question psychiatrique n’est jamais supposée sans objet. Si elle l’est, il doit être aisé de le montrer, ce qui est encore l’art de psychiatriser les choses et les situations. Aussi, en fermant la porte à l’interlocuteur ingénu, le psychiatre ne se renie-t-il pas lui-même et ne révèle-t-il pas une faiblesse essentielle propre à la psychiatrie ?

Imagine-t-on un psychiatre refuser le dialogue sous prétexte que la psychiatrie obéirait à des règles inconnues du non-initié ? Si un magistrat non initié a du mal à le suivre, c’est en raison de la subtilité de son raisonnement et non en se heurtant à une fin de non-recevoir fondée sur l’invocation d’une technique et d’un vocabulaire spécialisés. C’est donc le juge qui serait embarrassé et non le psychiatre, ce qui semble normal.

Un psychiatre, d’après tout ce que l’on veut faire croire, n’aurait pas plus de mal à répondre à un interlocuteur naïf qu’à un interlocuteur préparé, il en aurait même moins, ce qui semble aussi plus normal.

Ou la difficulté serait d’ordre psychologique et elle ne tiendrait pas à l’absence chez cet interlocuteur d’une certaine terminologie. La présence d’une préparation chez l’interlocuteur permettrait une discussion plus élaborée, plus prolongée, mais pas une difficulté proprement psychiatrique, ce qui n’aurait aucun sens.

C’est pourquoi, même si la psychiatrie était une de ces disciplines qui peuvent légitimement exiger à l’entrée une formation technique, la réponse comme fin de non-recevoir de notre psychiatre à notre juge ne vaudrait toujours pas. L’affirmation du psychiatre concerne le seul vocabulaire psychiatrique.

Car il faut que les magistrats le sachent : en psychiatrie, pareil “vocabulaire” spécialisé ne vaut que pour faire illusion. Comment un psychiatre pourrait-il opposer à un juge l’objection du vocabulaire ?

Le psychiatre expert sait parfaitement que s’il est un domaine où, en fait de vocabulaire, jamais rien d’intelligible n’a réussi à se maintenir, et là où le psychiatre doit être clair, c’est bien le domaine de l’expertise ! Penser exige de donner un sens précis à chacun des termes psychiatriques par l’emploi rigoureux des mots.

C’est pourquoi, il faut regretter qu’il n’y ait pas de vocabulaire psychiatrique valable en général, mais seulement la terminologie-phraséologie à la mode selon l’obédience psychiatrique. Les termes psychiatriques passent d’un psychiatre à l’autre, selon le vocabulaire à la mode ou la tradition psychiatrique de l’époque.

C’est pourquoi, ce vocabulaire psychiatrique convenu et ces termes issus de contextes psychiatriques mal définis apportent plus de confusion que de clarté à l’expertise et n’ont rien à voir avec la fondation terminologique d’une science. En fait, chaque psychiatre devrait prendre soin de préciser qu’il emploie tel ou tel terme psychiatrique dans un sens différent de celui de tel autre psychiatre. Un psychiatre digne de ce nom ne doit pas être embarrassé parce que le juge de l’affaire ne connaît pas le vocabulaire psychiatrique.

Chacun des psychiatres peut exposer sa pensée véritable, au moyen de son langage, qui devrait faciliter la communication et non l’empêcher. C’est pourtant ce qui se produit lorsqu’un langage, qui sert aussi bien à penser qu’à ne pas penser, autant à formuler des problèmes qu’à les éluder, devient un jargon obscur.

Dès lors, parler de langage psychiatrique, c’est poser, comme condition de la discussion, l’acceptation préalable du vocabulaire psychiatrique qui est en discussion. C’est accepter la mise en question du verbiage psychiatrique et refuser les interprétations imaginaires ou ésotériques. Pourtant, il y a un moyen infaillible de savoir si quelqu’un comprend ce qu’il dit, c’est de l’inviter à l’expliquer clairement en l’exprimant autrement.

C’est pourquoi c’est si difficile. Une pensée psychiatrique enfermée dans un langage ésotérique et si le psychiatre est incapable de la présenter sous une autre forme n’est qu’un jargon “pseudo-scientifique” et un bavardage sans contenu. C’est pourquoi, les psychiatres devraient refuser le bavardage “pseudo-scientifique” à la mode pour répondre aux vraies questions des juges de l’affaire. Les soi-disant problèmes issus de la tradition psychiatrique sont secondaires et on ne doit en reprendre les termes que pour parvenir au cœur de la critique de cette tradition elle-même. La psychiatrie officielle est devenue une sorte de scolastique verbale sans qu’on se demande d’où viennent les problèmes psychiatriques imaginaires surajoutés. On ne peut rien comprendre à l’expertise psychiatrique lorsqu’on s’interdit, sous la forme d’une complaisance, de poser des vrais problèmes sans tenir compte du langage de diversion dans lequel les faux problèmes ont été conçus.

C’est pourquoi, la plus grande part du langage et de la culture psychiatriques à la mode risquent fort de donner l’impression que la psychiatrie est plus proche de l’obscurantisme scientiste du Moyen Âge. À cette époque reculée, une sorte d’ingéniosité croyait pouvoir inventer une multiplication de doctrines ésotériques au moyen d’un langage obscur et vide de toute signification. C’est aussi une apparence de savoir académique à la mode qui se transmet de manière scolastique à chaque génération de psychiatres. Or c’est une étrange conception de la psychiatrie que de vouloir lui confier le rôle, non d’éliminer des théories scientistes obscures et erronées, mais d’en tirer de nouvelles applications dans des systèmes qui relèvent de la religion islamique.

Sans quoi la psychiatrie n’a plus que le recours de l’hôpital pour soigner les gens sains d’esprits qui sont les victimes des négligences intellectuelles des experts psychiatres. Que de fois ne voit-on pas assigner à la psychiatrie la “nécessité” de résoudre les difficultés liées au comportement criminel des êtres humains ?

Toute la question de la maladie mentale en tant qu’abstraction, sur le fondement du problème général et abstrait de la maladie mentale, pourrait découler d’une abstraction de la pseudo-science, comme si la notion de maladie mentale pouvait se substituer à la réalité criminelle. Si la réfutation d’une idée scientifique peut avoir de la valeur pour la science, il ne suffit pas qu’une idée soit fausse pour qu’elle soit périmée.

Que le problème des relations entre le comportement criminel et “l’esprit criminel” ait pu préoccuper certains psychiatres, à cause de son aspect criminologique, rien n’est plus naturel. Mais il ne suffit pas qu’une solution psychiatrique soit souhaitable, ou même jugée nécessaire, pour qu’elle soit possible, ni surtout pour que les experts psychiatres doivent infailliblement la découvrir. On comprend que “l’arbitraire” de la recherche en matière de psychiatrie n’a sûrement plus rien d’arbitraire en ce qui concerne l’expertise psychiatrique.

Or un problème n’est pas résolu sous le prétexte que la justice a décidé qu’il faut qu’il soit résolu, peut-être même et surtout quand ce n’est qu’un faux problème qui relève de “l’arbitraire” de la psychiatrie.

Ainsi, la psychiatrie ne peut pas vouloir se substituer à la justice au seul prétexte que la psychiatrie, pour la plupart des gens, se comporterait de manière irresponsable, et ne saurait tout simplement pas ce qu’elle dit et de quoi elle pourrait bien parler, dans le respect du principe de vérité et d’honnêteté scientifiques.

Vouloir justifier l’expertise psychiatrique sur le plan de la responsabilité scientifique, c’est vouloir s’éloigner encore plus du réel, c’est confondre la fausse science et la vraie. La vraie science est fondée sur le progrès des connaissances avérées qui font que des idées justes sont réfutées et ne deviennent “fausses” que grâce à un nouvel appareil conceptuel scientifiquement plus juste. Malgré cela, historiquement, la psychiatrie a perdu son temps à souscrire à des doctrines imaginaires logiquement mal établies, à des généralisations arbitraires et abusives, et à se livrer à des spéculations absolument incroyables en voulant les prendre au sérieux. Cette fausse science de la psychiatrie résulte de la confusion, qui va de soi aux yeux des psychiatres, entre le souhaitable et le possible, entre le réel et l’imaginaire, l’intention et le fait concret réalisé.

Et en effet, y a-t-il jamais eu un soi-disant problème psychiatrique qui ne puisse être résolu ? On peut même dire, hélas, qu’ils le sont tous, quand on considère la masse des faux problèmes que la psychiatrie entretient et encourage pour pouvoir se rendre indispensable, dans cette fausse réalité. Si dans toutes les disciplines médicales, il y a des problèmes qui restent sans solution, en psychiatrie, il n’y en a jamais !

C’est ainsi qu’on aboutit parfois à des doctrines psychiatriques délirantes pour avoir omis de constater que ce que disent ou ce que font les criminels repose sur le refus irresponsable de l’expérience de la réalité.

Il s’agit de l’attitude, de la conduite et du comportement criminel irresponsable et non de la soi-disant nature de la maladie mentale imaginaire ou de la constitution psychique qui rendrait le criminel irresponsable aux yeux du juge, selon la théorie de l’obscurcissement de la conscience dû à la maladie mentale, théorie qui unifie arbitrairement, d’après les croyances habituellement convenues des experts psychiatres, les données concernant la plupart des comportements criminels en matière d’irresponsabilité pénale.

Thierry Michaud-Nérard

(texte librement adapté de Jean-François Revel, Pourquoi des philosophes ?)

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Notifiez de
Jacques CHASSAING

Excellent article qui dénonce la fumisterie d’un tas de soi disant experts qui se réfugient commodément derrière leur verbiage sur mesure pour certains juges. L’imparable phrase de Boileau devrait prévaloir : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Et la légitime défense des victimes règlerait le problème des psychiatres défenseurs des assassins.

Joël

Les psys ne devraient jamais mettre les pieds dans un tribunal.
Les juges sont là pour juger les faits et rien que les faits.
Après, si des “experts” veulent s’amuser à visiter les prisons, libres à eux, à leurs frais bien entendu.

BUTTERWORTH

JE SUIS UN CANNIBALE COUPEUR DE TETE TOUT A FAIT NORMAL LA FIERTE DE MA TRIBU

saurer

Un bon moyen pour définir le rôle du psychiatre : en enfermer une vingtaine, de ces bons messieurs, avec la racaille des prisons. On aura l’occasion, alors, de vérifier la justesse de leurs théories ! …

Ulysse 67

Avec les progrès dans l’étude du cerveau, l’imagerie cérébrale, la psychiatrie a aujourd’hui les moyens de commencer à travailler réellement scientifiquement sur les maladies mentales.

Le problème et particulièrement en France, c’est que la psychiatrie est encore massivement et majoritairement imprégnée de théories psycho-magiques héritées de conceptions pré-scientifiques, de prénotions comme la distinction entre le matériel et le spirituel, entre le corps et le psychisme, etc. On confond encore psychologie et neurologie.

Surtout, en France sévit toujours la psychanalyse, une fumisterie intellectuelle qui constitue pour une majorité de psychiatres LA clé de la compréhension du psychisme! Autant faire appel à l’astrologie, à l’alchimie ou à la théorie des humeurs d’Hippocrate.

POLYEUCTE

Parfaite démonstration !
La psychiatrie ne peut se définir en quelques mots… Encore moins en 3 pages !

André LÉO

Les psychiatres sont très efficaces avec leurs mots gonflants et leur vocabulaire de sociologues. Coluche l’avait expérimenté : « Avant, je pissais au lit et j’avais honte. J’ai été voir un psychiatre et ça va mieux. Maintenant, je pisse au lit mais j’en suis fier ».
Un jeu d’enfant de rédiger un rapport amnistiant un tueur islamiste. Et si on le leur avait demandé, allez savoir ?
Il a hurlé allah akbar en martyrisant Madame Halimi parce qu’elle était juive ? Et alors ? Les aliénés sont toujours agités avant qu’on les place en asile. Où est le problème ?
Et puis Macron va certainement demander à castaner de demander à Belloubet qu’elle demande à sa cheffe de cabinet de demander au parquet de faire appel.

Eric des Monteils

Moi, quand j’entends le mot experts : je sors mon revolver.
Oui, bon, cela ressemble à un emprunt, mais je crois n’être pas le seul que cette engeance irrite au plus haut point.
Il est de l’effort de chacun de remettre les mot de notre belle langue “à l’endroit”.

Rems

Drogué, ou non, un assassin mérite la peine de mort, le reste n’est qu’enfumage……

Hagdik

D’accord !
Et le fait d’être sous l’emprise d’une drogue ne devrait pas être une circonstance atténuante mais une circonstance aggravante.

Joël

C’est ce que prévoit la loi, mais les magistrats n’appliquent plus la loi.

Jacques CHASSAING

Et surtout la légitime défense pour être plus sûr.

SLOBODA

A lire votre article tous le monde peut devenir psychiatre, cela semble tellement évident, peut être même les fous…

patphil

les psy les politiques sont des maitres du jargon et de l’enfumage
les gueux devraient s’en rendre compte et enlever la burqa qu’ils ont sur les yeux et la cire de leurs oreilles (et aller voter)

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