C’est Téhéran qui a les bonnes cartes en main

Publié le 11 mars 2015 - par - 1 259 vues
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RI7fabius racailleLe dossier du nucléaire iranien revient une fois de plus sous les feux de l’actualité, après douze années de négociations sans succès. Malgré les sanctions occidentales qui pèsent lourdement sur l’économie iranienne, Téhéran n’entend pas céder aux menaces d’Israël et de ses alliés, quelle que soit l’issue d’un accord éventuel. Pour les Iraniens virtuoses du double jeu, un accord n’est qu’un bout de papier destiné à gagner du temps. Car dans la  guerre sans fin qui oppose   sunnites et chiites,  guerre qui dure depuis 14 siècles, chacun se bat pour la domination du monde musulman. On comprend donc aisément que les ayatollahs de la République islamique rêvent de posséder l’arme nucléaire, gage de puissance et de prestige auprès du peuple iranien et objet de crainte chez ses adversaires.

Ni les discours musclés de John Kerry et de Laurent Fabius, ni les gesticulations de Netanyahou devant le Congrès américain, ne changeront la donne. Tôt ou tard, Téhéran aura sa bombe. Faut-il s’en inquiéter, comme le clament depuis  des années les Israéliens, eux mêmes détenteurs de l’arme atomique ? Si la prolifération nucléaire reste en théorie une menace pour la paix mondiale, il faut reconnaître que l’équilibre de la terreur a fait ses preuves pendant les cinquante années de guerre froide et qu’il continue à calmer le jeu entre l’Inde et le Pakistan depuis plus de trente ans. Le Guide suprême de la République islamique sait très bien qu’à la moindre menace nucléaire sur Israël, Téhéran  serait rayé de la carte dans les minutes qui suivent.

Si les Iraniens veulent la bombe, ce n’est donc pas pour déclencher le feu nucléaire sur l’Etat hébreu, mais pour asseoir leur suprématie sur tout le Moyen Orient. Et tout semble leur réussir, puisque de Damas à Sanaa, en passant par Beyrouth et Bagdad, ce sont les chiites qui contrôlent la situation.

Quant aux monarchies du Golfe qui ont financé le terrorisme et les printemps arabes, elles subissent de plein fouet le retour du boomerang. Non seulement le Qatar et l’Arabie ont totalement échoué à installer les Frères musulmans ou les salafistes dans les pays déstabilisés, mais leur trône est maintenant menacé par l’Etat Islamique qui rêve de les renverser.

C’est donc l’Iran qui rafle la mise, puisque c’est le seul pays possédant une armée capable d’affronter Daesh en Irak et de soutenir Assad en Syrie avec les combattants du Hezbollah. L’armée irakienne ayant perdu son encadrement sunnite après la deuxième guerre du Golfe, elle est incapable de combattre seule. Ce sont les pasdaran qui se battent aux côtés des milices chiites irakiennes pour reprendre Tikrit et sans doute Mossoul par la suite.

Les Occidentaux n’étant pas très chauds pour envoyer à nouveau des troupes au sol contre l’Etat Islamique, et on les comprend après les fiascos irakien et afghan, l’Iran avance ses pions avec la bienveillance plus ou moins avouée des Américains, trop contents de ne pas avoir à faire le sale boulot.

En lançant son armée contre Saddam Hussein, Georges W. Bush n’imaginait pas qu’il allumerait un tel brasier au Moyen Orient. Nul ne sait ce qu’il en ressortira, tant la situation évolue vite. Bien des dictateurs sont tombés après Saddam Hussein, mais il n’est pas certain que les peuples arabes et indirectement les Occidentaux, aient gagné au change. Pour l’instant, de la Syrie au Yémen, en passant par l’Irak, Américains et Européens ne contrôlent pas grand chose. Visiblement, c’est Téhéran qui a les bonnes cartes en main. Par conséquent, sur le dossier nucléaire, le ton des Occidentaux pourrait bien se faire plus conciliant…

Jacques Guillemain

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