Cette année, nous avons réussi à empêcher la viande hallal lors de la kermesse scolaire

Publié le 15 juin 2009 - par - 282 vues
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Pour contribuer au débat que Maureen Brochet a lancé dans le RL89 et aider les lecteurs de RL dans leurs actions de riposte laïque, vous trouverez en fichier joint un communiqué que j’ai diffusé aux responsables des 2 associations de parents d’élèves et aux 2 directeurs du groupe scolaire (public et laïque) où sont inscrits mes enfants. Au cours de l’organisation de la kermesse annuelle du groupe scolaire, certains parents d’élèves avaient cru pertinent de revendiquer l’achat de nourriture halâl, d’autres avaient cru de bon ton d’accepter la requête sans trop savoir de quoi il s’agissait.

Ce communiqué avait pour but de dévoiler à un plus large auditoire un aspect que les organisateurs de la kermesse n’avaient pas voulu reconnaître, malgré mes alertes.

Il a eu pour effet de mobiliser un des directeurs d’école et son équipe pédagogique. Le comité d’organisation fut ainsi sommé par lui de ne faire aucune publicité sur le sujet dans la cour de l’école laïque où se trouvait le barbecue et de revenir sur sa décision l’année prochaine.
Cette année, il n’y a donc pas eu d’achat confessionnel à l’occasion de cette kermesse. Ses revenus (plus de 1000 euros) sont donc exclusivement distribués entre les équipes éducatives pour leurs projets pédagogiques au profit de tous les enfants du groupe scolaire (et surtout de ceux dont la situation sociale est la plus difficile).

Néanmoins, je ne me fais aucune illusion. La pression s’exercera à nouveau tôt ou tard et, sans vigilance laïque, finira par refaire financer de la nourriture halâl au sein de cet établissement.

Dans ce communiqué, je ne développe principalement qu’un seul argument qui est d’ordre financier et moral. Il pourrait se résumer ainsi : puisqu’en achetant halâl, on finance un culte particulier (à savoir celui musulman ), vous outrepassez votre pouvoir de décision en choisissant de subventionner un culte spécifique sans avoir l’accord éclairé et préalable de tous les parents d’élèves qui ont contribués au financement. En cela, il s’agit d’un détournement de fonds par abus de confiance.

Pour ce qui est du cas rencontré par Maureen Brochet, le même raisonnement me semble pouvoir s’appliquer afin d’éviter de s’enfoncer dans des arguments inadéquats comme la comparaison de traditions (Noël) ou le caractère plus ou moins hygiénique d’un rituel censé être spirituel.

Votre directrice a commis un excès de pouvoir qu’il y ait ou pas des bonbons pour vous sustenter. D’ailleurs sont-ils halâl ?

Le sujet n’est pas de choisir entre de la nourriture halâl et non halâl pour un évènement mais de choisir d’organiser ou pas une manifestation soutenant financièrement un culte (et accessoirement toute une filière de production communautaire mais c’est encore un autre sujet …).

Ainsi, je peux tout à fait concevoir me rendre, à titre personnel, dans un restaurant halâl et y déjeuner, mais il est inacceptable que j’utilise mon pouvoir de dépenser de l’argent qui ne m’appartient pas pour en faire profiter un culte.

Toute la difficulté lors de discussions sur des concepts aussi attrape tout que le halâl (ou le voile) est d’éviter de se fourvoyer dans des débats stériles, liés les uns aux autres (donc sans conclusion définitive) et suintant de bons sentiments qui nous sont proposés perfidement par les tenants du halâl. Ainsi, dans mon cas, les tentatives ont été nombreuses de faire dévier le débat sur :

• le montant finalement assez faible de la dîme religieuse,

• la non connaissance du détail de la destination de nos impôts,

• l’origine de la demande de nourriture halâl (qui m’a été présentée comme venant d’un questionnaire renseigné par les enfants),

• le financement des mosquées par les mairies,

• le fait que les musulmans ne pourraient pas se nourrir au cours de la kermesse (!!!),

• le respect de toutes les cultures,

• le fait que ça se faisait de partout (j’espère bien que ce n’est pas le cas, mais je n’ai pas vérifié …),

• l’acceptation des différences,

• le goût inchangé des aliments qu’ils soient halâl ou pas,

• le geste qui est donné en choisissant de la nourriture halâl afin d’inciter à une meilleure intégration (intégration à quoi ?),

• une preuve de tolérance,

• l’aspect traditionnel et non pas religieux que revêt ce choix pour certains,

• le fait que cela se serait toujours fait (ce qui était un gros mensonge, car c’était bien la première fois qu’une telle décision avait été prise),

• etc …

La plus grande difficulté est de ne pas donner suite à ces « arguments » qui ont pour finalité d’obliger à des justifications dans un contexte saturé de sous entendus racistes. Dans ce cas, engager un débat sur ces sujets, c’est ne jamais pouvoir convaincre et s’enfermer soi même dans le labyrinthe que vous propose vos contradicteurs. Mieux vaut comme le préconise Radu Stoebescu dans le RL92 , ne pas donner suite mais tenir fermement son argument, l’exposer et le ré-expliquer sans cesse afin que l’évidence soit connu et reconnu de tous.

Avec mes meilleurs sentiments et en espérant que ces quelques réflexions puissent aider à lutter contre ce délitement de l’esprit laïque qui nous permet pourtant encore de vivre ensemble sans (trop) de communautarisme.

Selda

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