Champs-Élysées : je n’ai vu ni chemise brune, ni séditieux, ni ultra-droite

Publié le 26 novembre 2018 - par - 20 commentaires - 904 vues
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Dans mon précédent article sur Riposte Laïque, j’avais essayé de montrer la logique du pouvoir macronien dans la stratégie de laminage de la France profonde et, à terme, de sa liquidation. M’étant rendu hier aux Champs-Élysées à la rencontre des Gilets jaunes, il m’a semblé utile de souligner les falsifications des comptes rendus officiels ou officieux sur la manifestation où je suis restée une bonne partie de l’après-midi.

Le ton avait été donné en amont par un obscur député macroniste d’Ille-et-Vilaine qui, sans doute cornaqué par le pouvoir et désireux de servir son maître, se livrait à un distinguo qu’il jugeait subtil entre « ceux qui sont en colère » (les Gilets jaunes auxquels il reconnaissait, grand seigneur, le droit à la colère) et « ceux qui s’en servent ». Et d’avancer que « sous beaucoup de gilets jaunes, les chemises brunes sont de plus en plus visibles ». Insinuation ignominieuse qui, sans aucune justification, cherchait à établir une séparation entre les bons et les mauvais Gilets jaunes, ceux qui sont en colère sans excès et ceux qui s’insurgent et qui sont, dès lors, comparés aux nazis !

Qu’en était-il samedi 24 novembre où le pire était annoncé, Castaner, le ministre matamore, ayant affirmé sans barguigner que « les séditieux ont répondu à l’appel de Marine Le Pen », précisant même que, dès 10 h 30, l’ultra-droite était en place ? Science infuse, volonté de manipulation ou désir d’égaler le maître à décerveler ?

Or, sur place, je n’ai vu ni chemises brunes, ni séditieux, ni ultra-droite. Mais la stratégie du président et de ses obligés est de jouer le Bien contre le Mal, le tolérable contre l’intolérable, le Bien étant l’apanage du camp des politiquement corrects et des bien-pensants, celui des soi-disant progressistes, une alliance pragmatique entre une gauche idéologique qui, tout en s’érigeant en donneuse de leçons morales, ne dédaigne pas les avantages matériels, et une droite cupide se présentant comme libérale. Le Mal, lui, étant incarné par les populistes renâclant devant le pouvoir qui veut leur imposer sa « morale » et qui, ne voyant nulle issue, votent mal et sont, dès lors, excommuniés comme réactionnaires, sinon comme fascistes.

C’est dire que le camp du Bien, sous ses déguisements policés : libéraux, européistes, modernes, mondialistes, serait seul digne de régner, même si c’est par la grâce d’un complot, d’un chantage ou d’un pronunciamiento mettant en place un pouvoir arbitraire et un totalitarisme feutré.

J’ai rencontré des gens des classes moyenne et populaire à bout de patience car ils se voient peu à peu éliminés, vivent de moins en moins bien avec des fins de mois de plus en plus aléatoires. Sans avenir, brisés, pressurés, méprisés. Ces Gilets jaunes étaient venus à leurs frais de toute la France, hommes et femmes de toute condition et de tous âges, de toutes professions et qui, tous, sans violence mais avec détermination, se retrouvaient à Paris pour rappeler qu’ils n’étaient pas des Français de 2e catégorie, que Paris – où tout se décide – leur appartenait autant qu’à « l’élite » et qu’ils n’entendaient pas disparaître comme ces paysans désespérés qui se suicident à raison d’un tous les deux jours. Allait-on les entendre, eux qui représentent 38 millions de citoyens (qui se lèvent tôt pour aller travailler loin de chez eux, pour des salaires trop souvent insuffisants), ou allait-on une fois encore les berner en les nourrissant de belles promesses tout en poursuivant l’entreprise de démantèlement pour les réduire au silence ? N’en a-t-on pas eu un exemple quand Emmanuel Macron annonçait qu’il allait, lundi 26 novembre, constituer un Haut conseil sur le climat (sans doute pour justifier les taxes sur le carburant) puis, mardi, proposer des mesures compensatoires pour les plus démunis ? Autant d’usines à gaz censées résoudre les problèmes du pays !

Il importait donc, pour le pouvoir, de tout faire pour discréditer les Gilets jaunes, les présenter comme des extrémistes, des factieux, des casseurs, cela pour essayer de les diviser et tenter d’infléchir l’opinion des Français qui, à 78 %, les approuvent.

Les journalistes qui, samedi soir, commentaient l’événement, y allaient de leur couplet pour déplorer qu’il y eût des casseurs qui déconsidéraient le mouvement. Sans s’interroger si les casseurs de la nuit, reconnaissables à leur look : cagoules, tenues sportives, voire masques à gaz, étaient vraiment des Gilets jaunes, lesquels pour la plupart venus de province, étaient repartis en bus ou par le train dès la fin de l’après-midi. Sans se demander pourquoi on avait laissé venir les Gilets jaunes sur les Champs-Élysées qui, en principe, leur étaient interdits (ils devaient être parqués au Champ-de-Mars, tels des lapins dans un clapier).

Très vite, les Champs-Élysées furent cernés par d’importantes forces de police enfermant les manifestants dans une nasse ; refoulés de l’Arc de Triomphe au rond-point des Champs-Élysées, ceux-ci revenaient alors sur les lieux dégagés par les CRS sous une pluie de lacrymogènes et de grenades assourdissantes lancées sans raison apparente sur des groupes de Gilets jaunes pacifiques ; en même temps, certains manifestants érigeaient des barricades et incendiaient poubelles et matériaux de construction sous les yeux des CRS impavides. Ne cherchait-on pas ainsi à créer des affrontements que le pouvoir et les médias allaient exploiter ? Ce que Valérie Boyer, député LR des Bouches-du-Rhône, disait clairement dimanche matin en dénonçant le traquenard et en mettant en cause Castaner. Si cela était fondé, les déclarations du président exprimant sa « honte face aux événements » (un président a-t-il d’ailleurs à faire part de ses états d’âme ?) sont pour le moins équivoques.

À la télé, samedi soir, une journaliste de L’Obs, forcément de gauche (caviar ?), prétendait que les manifestants n’avaient ni banderoles ni haut-parleurs et se montraient incapables de formuler aucune revendication sérieuse. Pourtant, l’affichage était omniprésent, tant sur des banderoles que sur le dos des Gilets jaunes en grosses lettres. Et tous ces slogans signés « Français de souche », « Gaulois réfractaire »… dénonçaient la politique de Macron, les taxes excessives, la diminution du pouvoir d’achat, les cadeaux faits aux riches, l’abandon des services publics… Quant aux mots d’ordre, ils vilipendaient l’hôte de l’Élysée sur l’air des lampions : Macron démission ! Macron démission ! Parfois dans des termes plus crus que la journaliste n’a pas dû entendre. Pas plus qu’elle n’a entendu les porte-voix, les tambours et La Marseillaise reprise inlassablement pour affirmer l’attachement au pays, à ses valeurs, à son Histoire.

La même journaliste, qui ne pouvait nier le mouvement des Gilets jaunes, tentait de dédouaner le président : responsable, sans doute, mais moins encore que ses prédécesseurs. Alors pourquoi donc les Gilets jaunes n’ont-ils pas manifesté plus tôt ? Un politologue patenté affirmait, de son côté, que « ce mouvement a du mal à incarner une demande », ce que reprenait une autre politologue BCBG. Mais le mouvement, précisément, va élire des représentants aptes à dialoguer avec le gouvernement et à lui faire part de ses doléances. Emmanuel acceptera-t-il de les recevoir, à moins qu’il ne les mêle à d’autres interlocuteurs parmi lesquels ils se retrouveront minoritaires et impuissants, servant simplement de faire-valoir démocratique ? Commentateurs et journalistes prenaient des mines contrites et un tantinet méprisantes, car habitués aux manifestations programmées, encadrées, canalisées, ils comprenaient mal pareille démonstration d’autonomie et de spontanéité. En quelque sorte, une nouvelle façon de poser les problèmes, de faire de la politique.

Pour ma part, je n’ai croisé que des gens pacifiques, heureux de se rencontrer et de partager leurs problèmes, heureux de fraterniser et de voir que leur combat était partagé, et qu’ils n’avaient pas à avoir honte de leur pauvreté car ils n’en étaient pas responsables. Je n’ai pas vu non plus ce que les télés passaient en boucle, sur fond d’images de violence : « une centaine de militants d’extrême droite harcèlent les forces de l’ordre ». Au contraire, certains Gilets jaunes aux cheveux blancs se sont fait sévèrement tabasser alors qu’ailleurs des manifestants parlementaient avec les forces de l’ordre, leur expliquant qu’ils étaient, eux aussi, concernés. D’où leur slogan : « La police avec nous ! » J’ai vu des Gilets jaunes âgés, des handicapés, des gens des villes et des campagnes, tous porteurs du même discours, des mêmes exigences, des mêmes espérances et de la même détermination. Une déferlante joyeuse et multiforme.

Mais une fois de plus, l’élite au pouvoir s’obstine à ignorer ces manifestants, en refusant de les entendre, cherchant à l’inverse à les caricaturer, à les dénigrer, comme elle s’y est employée avant, pendant et après le rassemblement de samedi. Sa seule tactique est de décrédibiliser la vox populi alors qu’une situation aussi explosive mériterait une concertation urgente et une écoute attentive, sous peine de la voir s’aggraver. Mais le monarque a déclaré qu’il réagirait quand il le jugerait utile. Pourquoi, en effet, celui qui se prend pour Jupiter, sinon pour Louis XIV (et que Michel Onfray, dans une émission à Sud Radio le 9 novembre, qualifiait d’immature), irait-il traiter avec la piétaille ?

Max Chaleil

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20 réponses à “Champs-Élysées : je n’ai vu ni chemise brune, ni séditieux, ni ultra-droite”

  1. Une patriote dit :

    Macron ne veut pas entendre les cris de colère du peuple travailleur et retraité. Macron le méprise, le débecte, hors de question qu’il se mélange et accorde le moindre intérêts au petit peuple, juste bon à travaillé afin d’être racketté et volé lorsqu’il est à la retraite. Impossible pour Macron trop dédaigneux, juché sur son piédestal de leur prêter la moindre attention. N’a t il pas dit  » rien ni personne ne me détournera de mes objectifs  » Eh bien tant pis pour lui, à ne rien vouloir voir ni entendre il ne fait que faire monter la pression !

  2. Dupond dit :

    je n’ai vu ni chemise brune, ni séditieux, ni ultra-droite……Mais macron lui les a vu par une nuit sans lune !!!

  3. DUFAITREZ dit :

    En plus court ? déjà dit ailleurs !

  4. Thierry Couvret dit :

    J’ai participé à des manifestations des Gilets Jaunes à Lanester près de Lorient.

    J’y ai rencontré des personnes de droite comme de gauche
    Deux personnes avec qui j’ai discuté étaient de gauche dont une particulièrement dégoûtée pat l’attitude de certains leaders d’extrême gauche.
    Toutes les personnes présentes ont mis de côté leurs différences pour se consacrer au mouvement.
    Quant des casseurs ont été aperçus, des Gilets Jaunes ont prévenu les policiers présents qui sont intervenus.
    Au passage, les forces de l’ordre présentes ont été applaudies lors du discours d’un manifestants pour leur courtoisie et leur professionnalisme.
    En résumé : la caste politico-médiatique ne sait plus quoi inventer pour salir le mouvement.

  5. Ulysse 67 dit :

    Finalement ce sont les Inconnus qui avaient vu juste, bien involontairement:
    https://www.youtube.com/watch?v=dKQZfjn4WD4

    Ou quand la parodie devient la réalité.

  6. Ulysse 67 dit :

    Votre avis importe peu. David Castaner, David Grivaux et David Delpuech eux les ont vus.

    Les Identitaires d’extrême-droite… ces êtres étranges, venus d’une autre planète, la fachosphère. Leur destination : la Macronie Leur but: en faire leur univers peuplé uniquement de français racistes.

    David Castaner les a vus. Pour lui, tout a commencé par un jour sombre le long des Champs-Elysées, alors qu’il cherchait un raccourci vers la place Beauvau que jamais il ne trouva.

    Maintenant, il sait que les Identitaires fachos sont là, qu’ils portent des gilets jaunes et qu’il lui faut convaincre une France incrédule que le cauchemar a déjà commencé

  7. patphil dit :

    et bien moi, j’ai vu de nombreux benalla casqués et tout autant d’encagoulés nostalgiques de la Cagoule des années 30 qui la police aux ordres a bien laissé pénétré dans un périmètre interdit de manif, comme d’habitude, pour avoir des images télé bien parlante

  8. Lupin dit :

    Il faudrait dans différents points de France et des DOM qu’il y ait des réunions de GJ (louer ou se faire prêter une salle communale, dans un bar restaurant …), afin de faire émerger des meneurs qui pourront alors porter les revendications et organiser toute cette révolte.
    Je pense par exemple au meneur qui était sur l’estrade lors de la manifestation à « Jour de colère ». Il était excellent !

  9. Christophe Dubreuil, artisan non pleurnicheur dit :

    je ne suis pas favorable à ce mouvement de gilet jaunes, qui sent trop l’assistanat gauchiste, alors qu’ils feraient mieux de se retrousser les manches et chercher du travail, plutôt que d’attendre qu’on leur en « donne » (ils ne veulent pas aussi qu’on leur « donne » de l’argent ?)

    Du travail, il y en a partout : dans tous les restaurants (tenus par des artisans qui manifestent en gilet jaune en se plaignant des taxes), des postes de plongeurs ne trouvent pas preneur. Si vous vous présentez pour ramasser les poubelles, cueillir des fruits, nettoyer les hôpitaux, faire les chantiers en horaires décalés, vous êtes embauchés *immédiatement*. Ah c’est sûr, la paye n’est pas celle d’un ingénieur. Mais, après tout, personne ne les a empêcher de travailler suffisamment quand ils étaient jeunes.

    • Une patriote dit :

      CN. Dubreuil. Ne mettez pas tout le monde dans le même sac, je connais un jeune qui prend tout ce qu’on lui donne comme boulot, malheureusement il ne tombe que sur DES PATRONS PROFITEURS qui le prennent pour quelques heures, pour quelques jours, pour 1 an 1/2 mais qui au final l’exploite, profite de lui et ne l’embauche jamais alors qui fait de l’excellent travail. A un tel point que dans l’un de ses boulots, c’est lui qui a formé les nouveaux, mais le patron peu reconnaissant ne l’a pas embauché ! Voilà ce que trouve beaucoup de gens aujourd’hui, des patrons qui profitent des gens parce qu’ils savent qu’il y en a plein qui attendent derrière la porte ! Et ne parlons pas de ceux qui attendent les primes de Macron pour embaucher des migrants. Primes qui seront payés avec nos impôts.

    • Daniel Boutonnet dit :

      1) Tout le monde n’a pas capacité à être ingénieur ou chercheur au CNRS même si les socialos ont décidé que tout Français était par nature un génie et que tout le monde devait en conséquence avoir son bac puis aller à l’université, avec le joli résultat que l’on connaît.
      2) Quand votre entreprise ferme, ou licencie vous n’avez rien demandé. Et si vous étiez par exemple graveur sur verre expérimenté, vous n’avez pas forcément envie de devenir plongeur dans un resto pour y être maltraité et exploité comme le dit très justement « Une patriote » ! Quel mépris des gens !
      3 La plupart des Gilets Jaunes viennent des territoires ruraux, ce n’est pas là que réside la majorité des fainéants…

    • Dupond dit :

      Christophe Dubreuil, artisan non pleurnicheur
      Pour gagner sa vie dans la restauration en tant qu’employé il faut etre de la famille !!! travailler a la mode italienne ,les femmes aux fourneaux ,les mamies a la plonge ,les enfants et neveux au service et le pere a la caisse
      Dans les villes ou le logement est cher c’est la seule solution pour s’en sortir ….sinon vous travaillez pour le proprio et les transport en commun

    • Adrien dit :

      Pauvre imbecile, tu te rends compte de ce que tu écrits ? « Personne ne les a empêchés de travailler……. « . Tu crois que tout le monde peut être ingénieur ? Que la France n’ a besoin QUE de gens très qualifies ? Et qui met les mains dedans ??? Tes boulots à deux balles à temps partiel que tu cites ne permettent ni salaire décent, ni vie de famille et sont une honte, car pour faire autant de concessions il faut que ce soit bien payé, et ça ne l’est pas. Descend de ton nuage !

  10. Serge dit :

    – Traiter les GJ et donc les Français de nazis (peste brune) de lépreux, de rien, provocation en vue des élections européennes afin de faire accepter des couleuvres.
    – Si quelqu’un discute avec le président, il parlera et engagera son nom n’ayant pas légitimité de représentation des Français.
    – ensuite, les journaleux débattront avec discours incompréhensibles, codifiés que des accords avec les gilets jaunes sont conclu tels que : macron n’augmentera rien en 2019, fera même des cadeaux jusqu’au moment du résultat des élections européennes. Ensuite, toute contestation sera condamnée. La police européenne aura pouvoir en France et matera toute contestation.

  11. quiditvrai dit :

    Max Chaleil, ce sont des témoins comme vous qui ont besoin d’être entendus par tous.
    Merci !

  12. kabout dit :

    non,aux champs Elysée il y avait les vrais francais,ceux qui bossent,qui galérent,et bien sur quelques trous du cul pour foutre le bordel ( dont castaner a du donner des ordres pour les laisser passer) non les collabos ce sont les journaleux de bfmtv qui été bien au chaud sur leur plateau tv .

  13. Dupond dit :

    Nos dirigeants n’aiment pas le drapeau nationale et encore moins ceux qui le brandissent !!! et pourtant il va falloir qu’ils s’y accoutument car j’ai bien l’impression que pas mal de leurs slogans sont passés de mode  » bete immonde  » valeur de la république » « peste brune » « HLPSDNH  »  » ultra droaaaaate » « extreme droaaaaate  » « nazis » « fachistes » « pétainiste  » vichychiste » . Maintenant apres avoir trainé les français dans la boue ,c’est nous qui allons les habiller pour l’hivers et là ils vont regretter d’avoir lutter contre le réchauffement climatique ….Leurs amis et complices  » journalopes  » commencent a se prendre des branlées et ce n’est que le début !!! Les islamos collabos devraient revoir leur copie tant qu’il est encore temps