Charlie-hebdo : le relativisme dans toute sa splendeur

Selon la formule consacrée, nous dirons que dans l’affaire Charlie Hebdo, aucune piste n’est pour l’instant à privilégier.  Nul doute que les enquêteurs, parfaitement rompus à l’analyse des cocktails Molotov, détermineront assez rapidement la provenance de celui qui a dévasté les locaux du journal.
Il est en revanche une réaction qui, quoique attendue, n’en finit pas de me laisser perplexe : celle de nos grandes voix, plumes et pinceaux médiatiques. Unanime à condamner, ce qui est la moindre des choses, unanime ou presque, aussi, à mettre aussitôt en parallèle les instinct incendiaires d’un Islam-islamiste-fondamentaliste- extrêmiste-mais-qui-n’est-pas-l’Islam, coupable de quelques dix-huit mille actions tueuses de par le monde depuis Septembre 2001 et la génuflexion ulcérée de quelques centaines de catholiques intégristes devant les affiches d’une pièce de théâtre censée souiller l’image du Christ. Compte tenu, bien sûr, dans les esprits relativistes, de la frange juive elle aussi gagnée par la fureur ambiante. On est égalitaire ou on ne l’est pas.
On parvient là au zénith de l’absurde.
Il est en effet stupéfiant de voir un homme talentueux comme Plantu mettre son don exceptionnel pour la synthèse, sa rapidité quotidienne de jugement, son art de viser juste au bon moment, au service d’une sorte d’équilibre dans la sanction, ceci par un discours assez confus rejoignant celui (un peu abasourdi cependant) de Charb devant les ruines de son hebdo. 
Dans un article précédent, j’écrivais que le relativisme est l’arme des rêveurs, des lâches et des traîtres. Je ne peux, à cette heure, que persister et signer, ajoutant même qu’il est le doux nuage bleu des rêveurs, le refuge colmaté des lâches et le masque porté par les traîtres (ou par les agents, ce qui revient au même).
Je range Monsieur Plantu dans la première catégorie, car l’insolence dévoyée à ce point vers la loufoquerie revient à visiter l’Enfer sur la musique de l’Auberge des Sept Bonheurs. Et puis aussi parce que la caricature politique demeure un acte courageux pratiqué en général par des moralistes plutôt pertinents.
Cela dit, je demeure sceptique sur les capacités de discernement de gens habituellement prompts à porter le fer là où on fait du mal à la démocratie, à la République et à la morale publique. De toute façon Monsieur Moussaoui, Président de l’UOIF,  parle et ce qu’il dit doit désormais résonner bien fort aux oreilles de nos glorieux malentendants :  » Pour les musulmans, le simple fait de caricaturer le prophète est, en soi, inacceptable et blessant. Nous comprenons que cette opinion ne soit pas partagée.
Nous estimons que la liberté d’expression vaut pour ceux qui dessinent, mais aussi pour ceux qui sont en désaccord avec le dessin, si ce désaccord est exprimé dans le respect des lois et de l’intégrité des personnes et des biens. Car rien ne justifie d’agir en dehors de la loi.
Cela dit, nous continuerons à dénoncer tout dessin sur le prophète car les musulmans ne sont pas prêts à accepter ces caricatures. Dans le même temps, ils doivent accepter et comprendre que dans nos sociétés, le rapport au sacré n’est pas le même pour tous ».
Ah, qu’en termes choisis ces choses-là sont dites! En un mot, verboten! Pas touche le Prophète et si c’est le cas, on ne se plaindra pas de la légitime réaction de brebis jusque là tolérantes, aimantes et pacifiques mais simplement insuffisamment éduquées par leurs bergers. Le double discours s’étale, limpide, façon Tarik Ramadan, la menace perce sous la laine de l’acceptation, relayée, au fil des heures par d’autres échos du même bord tout aussi sentencieux. Messieurs Charb et consorts sont avertis. ils pénètrent dans la zone interdite à leurs risques et périls.
Il n’est pas impossible qu’un Breivik à la française montre son visage au bout de l’enquête. Encore une fois, rien n’est certain à l’heure qu’il est. Mais la précipitation des grandes consciences de ce pays à mettre tout le monde dans le même sac ressemble assez à la mise en forme d’une peur collective, d’un repli vers les altitudes d’où l’on contemple une mêlée dans laquelle on ne s’est pas commis.
La boue des tranchées, c’est pour les autres. On en fera des petits dessins rigolos, pour amuser le bon peuple.
Alain Dubos
 
 
 

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