Charlie : le complotisme mode d’emploi

Publié le 16 janvier 2015 - par
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TCHO.CHARIADe plus en plus populaire dans la bouche des médias et du grand public, le « complotisme » est devenu la nouvelle façon de faire taire ceux qui s’expriment différemment de la masse de l’opinion publique ou encore qui profèrent des idées d’opposition à l’Union européen, au système capitaliste, à celui des médias atomiseurs et propagandistes, à ceux qui tout bêtement ne sont pas dans le moule.

La théorie du complot est désormais la nouvelle technique pour faire taire les résistances. Elle était utilisée autrefois uniquement dans les lignes des médias ou les paroles et déclarations de journalistes du système. Aujourd’hui, cette arme de répression de l’expression libre est descendue directement dans les populations. Elle est massivement utilisée dans les sphères des partis politiques qui se disent républicains, Parti socialiste, UMP, EELV  et même Front de Gauche. Cette mode  pour affubler tous ceux qui ne rentrent pas dans le cadre autorisé de cette fameuse vraie/fausse république qu’ils défendent existe depuis des années, un amour effréné du « Isme » et du « Iste ». Elle a toutefois une tendance à s’installer systématiquement dans les dialogues créant des fossés, des barrières insurmontables. Elle se complète par l’amour immodéré du « phobe ». En vrac nous avons donc le fasciste, le souverainiste, le complotiste, le nationaliste, le xénophobe, l’europhobe, l’homophobe, l’islamophobe, bref les méchants « phobes ».

Cette technique de fermeture et de barrage impénétrable dans les débats et les discussions s’appuient en partie sur la provocation. En insultant de manière déguisée l’interlocuteur accusé de complotisme ou d’autres « ismes » ou « phobes », il est question de le fragiliser au départ de la conversation. Attaqué de front(iste !), l’accusé ; parce qu’il s’agit bien en fait d’une sorte de tribunal ; est sommé de se justifier, rangé dans une catégorie où il lui sera difficile de sortir. Si cette personne se défend, elle se trouve irrémédiablement condamnée à être piégée, les justifications s’appuyant justement partiellement sur ce qui est identifié comme la théorie du complot. Cette théorie est née après le 11 septembre, elle mettait en lumière des incohérences et proposait des hypothèses sur les tenants et les aboutissants de cet événement international. De cette dernière sont sorties d’autres réflexions. Elles ont été parfois puériles, ont nié la nécessité d’un travail d’investigation ou se sont révélées affirmatives et positives alors qu’il ne s’agissait que de suppositions et qu’il manquait les preuves scientifiques ou les témoignages non équivoques.

De nos jours, même si vous trouvez cette ou ces théories puériles, la tendance est tout de même à vous transformer en « complotiste ». Il ne sera plus question de vous laisser parler, mais de ranger dans la théorie du complot des franges entières d’opinions, des personnages publics, des opposants au régime, des personnalités diverses comme étant « LA » théorie du complot. Aucun argument que vous n’avancerez ne sera retenu, vous serez systématiquement renvoyé au statut de « complotiste ». Cette appellation induira qu’étant un « iste » ou un « phobe », toute votre réflexion n’aura été construite que sur des erreurs, de mauvaises lectures et surtout sur des peurs. Cette dernière technique est redoutable. Elle fragilise encore plus profondément l’accusé et lui appose d’autorité le label du « complotisme ». Car il est sous-entendu qu’il a construit sa pensée sur des peurs, donc sur des impressions et des sentiments négatifs qui sont associés à des termes extrêmement péjoratifs. Il est bien connu que dans la peur, naît la bêtise, la haine, l’intolérance, la violence etc.

Pour vous amoindrir plus bassement encore, les défenseurs du système chercheront à mettre en avant soit leurs connaissances et leurs études, soit leur statut. Ce phénomène se répand comme une trainée de poudre dans les réseaux sociaux. Il est utilisé massivement par des personnes diplômées et des membres des différents corps enseignants. Elle consistera à tenter de vous mettre en position d’infériorité en utilisant par ailleurs la condescendance. Sous l’excuse d’études supérieures ou de la fonction de professeur ou d’une quelconque grande école où le détracteur serait passé, vous serez invité à réfléchir sur votre « modeste » condition et le peu de cohérence de vos savoirs ou encore leurs faiblesses. Si vous n’avez pas la chance comme moi de posséder plus de diplômes que la plupart de ces gens, vous aurez alors du mal à justifier la pertinence de vos opinions et vous serez alors irrémédiablement marqué du fer rouge du « complotisme », réduit à être un ignare, un écervelé et un naïf. Si vous possédez comme moi des bagages plus importants que ces personnes et que vous faites valoir que de toute façon, ces derniers ne font ni l’intelligence ni la culture et les connaissances ou même que leur statut professionnel ou leur parcours étudiant n’est jamais et ne sera jamais une garantie qu’un opinion prévaut sur l’autre, alors vous aurez la plupart du temps une hausse du ton et des insultes réelles ou la coupure nette et définitive de la conversation.

Nous constatons dans les réseaux sociaux et sur internet en général une aggravation de ces phénomènes. La fameuse théorie du complot est désormais devenue une façon de faire taire. Même si vous trouviez les théories sur le 11 septembre farfelues, votre capacité à réfléchir et à vous poser des questions est désormais systématiquement comparée à du « complotisme ». C’est un formidable coup de maître pour la défense du système. D’abord utilisé dans les couches supérieures du pouvoir et des médias, c’est désormais plusieurs millions de Charlie qui défendent ce système bec et ongles en reprenant à leur compte la lutte contre « des hordes d’incultes » adeptes de la théorie du complot. De manière concrète, cette théorie du complot est maintenant celle de gens qui s’imaginent que des masses ignares croyant à des complots au niveau mondial menacent les fondements de la pensée saine qui est apprise dans les écoles de la République… Vous avouerez le cocasse de la situation. Dès lors que vous défendiez une République plus sociale, que vous souhaitiez la fin de cette République pour d’autres horizons, que vous souhaitiez fonder la République que vous estimeriez n’avoir jamais connu de réelle existence, que vous militiez dans « la Résistance », quelle qu’elle soit avec ses différents courants de pensées, que vous soyez simplement un citoyen lambda en réflexion, vous êtes identifiés comme indésirables.

Identifié dans la Matrice décrite par Adrien Abauzit comme des gêneurs, ce que nous observons est un phénomène inédit : à savoir la défense du système politique actuel dans notre pays, en Europe et même dans le Monde par une cohorte innombrable de Charlie. Vous serez dans l’ombre, eux dans la lumière, ils défendront pour beaucoup leurs idéaux non pas jusqu’à la mort mais jusqu’à la dernière ligne d’un réseau social… mollement mais finalement efficacement par le nombre impressionnant d’individus volontaires pour défendre le système. A notre humble avis, ce phénomène que vous pourrez de vous-mêmes observer dans tous les médias est très inquiétant. Un Etat supposé démocratique comme la France, n’a désormais plus guère besoin que de former une élite à qui l’on donne beaucoup la parole, pour transmettre des mécanismes simplistes de défense de ce monde de privilégiés et le faire défendre par la masse consentante, y compris par ceux qui sont des victimes évidentes de ce système, par exemple par le chômage, premier et efficace moyen de soumission des masses populaires. Nous ne le dirons jamais assez, le seul moyen de se libérer de ce carcan est l’arrêt de la consultation des médias officiels, journaux télévisés, TV câblées, télévisions, radios et même médias internet. Vous retrouverez beaucoup de sérénités, notamment également en vous libérant par la même occasion du carcan publicitaire et après quelques années de ce traitement retrouverez votre liberté de pensée et une clarté d’analyse qui vous sera contestée, mais qui du moins sera vôtre.

Laurent Brayard

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