Chavez-Ahmadinejab : un nouveau pacte germano-soviétique

Les dépêches des agences de presse tombent. Un nouveau roman d’amour politique vient de franchir une étape. Ce n’est pas encore les épousailles, mais c’est déjà plus que l’aventure d’une nuit.
C’est ainsi que nous découvrons : que Chavez, l’ex militaire putschiste vénézuélien devenu « socialiste chrétien », aspirant à la présidence à vie, et le candidat führer islamiste iranien, le susnommé Ahmadinejad, ancien chef pistolero dans les rangs des Pasdaran (la garde rapprochée de Khomeiny), ne sont plus seulement de grands amis mais aussi des partenaires dans un domaine économique destiné à changer la face du monde.
Les humoristes pourraient parler d’une histoire d’amour, à la manière de celle de l’oiseau et du poisson. Les gens plus réalistes se demanderont si l’on n’est pas devant une variante tardive du pacte Hitler Staline.
Les deux gouvernements ont en effet créé une interface financière sous la forme d’une banque commune, une « banque de développement » appellent-ils cela. Quel développement ? Pour quels objectifs ? Faire vivre tous les peuples du monde mieux, ou comme vivent ceux croupissant depuis trente ans dans la vaste prison qu’est devenu l’Iran ?
Quel objectif donnent-ils à cette banque, nos deux compères ?
Écoutons-les : « Nous sommes là pour éradiquer les fausses croyances, et tout le système capitaliste »…On est déjà assez loin du « développement ».
La banque n’est donc pas qu’une banque vénézuelo-iranienne hostile au libre marché dominé par les multiples et aléatoires actes d’achats et ventes d’actions ; elle est d’abord un premier maillon économique d’un « front révolutionnaire commun ». C’est une organisation commune de combat.
Question, qu’est-ce que les « fausses croyances » que ce « front révolutionnaire » va s’employer à « éradiquer »?
D’abord, qu’est-ce qu’une fausse croyance ?
Est-ce une croyance religieuse « hérétique » ? Est-ce de l’athéisme public ? Est-ce un point de vue politique, syndical, ou économique « déviant » ?
On sait les liens intimes, militaires et financiers existant entre les Pasdaran iraniens et les milices politico-religieuses Hamas et Hezbollah. On sait aussi, que Hamas ne se définit pas, dans sa charte, comme un parti de l’indépendance nationale palestinienne mais comme une internationale du djihad.
A Gaza, où règne sans partage Hamas, l’éradication des fausses croyances s’est traduite par l’écrasement des gazaoui chrétiens soumis à la charia intégrale, avec notamment l’assassinat du seul libraire arabe palestinien tenant un librairie mettant la Bible et les évangiles à la disposition des habitants de la bande. L’homme avait eu l’audace, inconvenante, de ne pas renoncer au christianisme. En outre, il refusait d’adopter l’islam, malgré l’insistance amicale d’un commando du Hamas.
En conséquence de quoi, Hamas a éradiqué celui qui osait faire connaître les livres de la fausse croyance. Il l’a tué en plein jour, dans son magasin, au vu et aux sus de chacun.
J’aimerai connaître le point de vue de nos deux amoureux, l’avis de nos partisans de l’éradication des fausses croyances. Leur silence, et celui de leurs sympathisants, quand cela s’est produit, il y a quelques mois, illustrent sans fard en quoi doit consister « l’éradication des fausses croyances » par les hommes à tout faire de Chavez- Ahmadinejad.
Hamas se définit comme un instrument de conquête armée, prétendant soumettre le monde entier à son fascisme religieux, en commençant par Rome pour finir par l’Amérique du nord et la grande Russie.
Les images du pèlerinage à la Mecque, l’an passé, montrèrent un Hanyeh, chef de la bande de Gaza, marchant bien sagement et poliment à la gauche d’Ahmadinejad, légèrement en retrait, pendant que les pèlerins s’en allaient jeter des pierres sur le « Satan », puis quand ils s’en vinrent visiter la mosquée de MHMD. De purs hasards, ces rencontres, si l’on doit en croire l’absence de commentaire de nos « journalistes » et de nos diplomates.

On se souvient que Staline et Hitler se tapèrent fraternellement dans le dos, via Molotov et Ribbentrop. Ils promirent au monde une alliance durable, qui sauverait la paix menacée par les odieux ploutocrates anglo américains manipulés par les Juifs. Staline- Hitler expliquèrent : que les ploutocrates et les Juifs leurs maîtres se déguisaient en démocrates, pour utiliser les démocraties parlementaires dans lesquelles ni un seul homme, ni un seul parti, ni un seul syndicat, ne pouvaient concentrer tous les pouvoirs ou le pouvoir dans son secteur d’action.
Staline avait montré sa bonne volonté envers Hitler. Il avait livré l’Allemagne au parti nazi. Pour y parvenir, il avait obstinément imposé au KPD, le parti communiste allemand, une ligne politique furieuse refusant et combattant l’unité avec le parti social démocrate ; ce dernier constituait toujours la majorité politique de la classe ouvrière et la majorité du mouvement syndical. Staline avait repris la théorie de Karl Radek, à savoir : que la base sociale du nazisme étant essentiellement populaire, voire, pour partie, ouvrière, on pouvait l’influencer dans le sens des objectifs de l’URSS. Un front unique d’action pouvait donc être envisagé. Le KPD mit en œuvre cette ligne politique à Berlin. Il organisa, en commun avec l’organisation berlinoise du NSDAP (1), une grève générale des transports berlinois qui aboutit à la démission du préfet social démocrate Severing ainsi qu’à la chute du gouvernement social démocrate du land de Prusse.
La voie du pouvoir était grande ouverte à Hitler.
Le pacte germano soviétique, peu après, va élargir, à la planète, la ligne Radek. Il crée directement les conditions de la guerre qu’il prétend écarter.
Quand l’accord entre l’URSS et l’Allemagne fut signé, Staline- Chavez accepta parmi les demandes d’Hitler, celles consistant à lui livrer certains cadres communistes réfugiés en URSS.
En Allemagne, le triomphe nazi ne vaudra pas au KPD de recevoir des sièges ministériels, au contraire. Ce fut pour lui la répression impitoyable, avec l’ouverture des camps de concentration, la terreur et l’espionnage général de tous les instants. Le KPD fut décapité et démantelé. Thälmann, son principal dirigeant sera décapité à la hache, après presque dix ans d’internement.
En URSS, les résultats de ce mariage d’amour célébré « contre les ploutocrates et les démocraties capitalistes », se traduisirent par le 21 juin 1941 ; c’est le jour noir de l’invasion nazie. La suite est connue : les destructions de villes et d’entreprises sur un espace aussi grand que toute l’Europe occidentale. Les pertes humaines du « pacte loyal » sont connues elles aussi : vingt millions de militaires et civils, dont plus de un million et demi de Juifs (hommes, vieillards, femmes et enfants) fusillés en masse et ensevelis parfois encore vivants dans les vastes fosses de la shoah par balles dans les zones de la Pologne orientale et en URSS occupée par les forces allemandes.
Chavez affirme à qui veut l’entendre qu’il est un vrai socialiste. Il se répand partout en affirmations selon lesquelles son socialisme, est un socialisme authentique, à fondements chrétiens. Ce socialisme chrétien est sûrement une déclinaison des doctrines « chrétiennes » du père d’Escotto (2), qui le couve paternellement des yeux. Ici, en France, les groupements issus du trotskisme, les débris du stalinisme et de sa variante chinoise, les uns comme les autres ont un regard mouillé et ému quand ils écoutent Chavez et le suivent des yeux.
C’est sûrement parce qu’il est authentiquement socialiste et tout autant authentiquement chrétien, que l’ancien militaire putschiste peut tomber dans les bras de l’ancien homme de main des Pasdarans bourreau du mouvement ouvrier, oppresseur des femmes et pendeur des homosexuels (3)?

« L’anticapitalisme » de la dictature de la police religieuse, c’est, trente ans après, la pauvreté plus grande qu’à l’époque du Shah, pour la classe ouvrière, pour la paysannerie et la petite bourgeoisie. C’est, encore et toujours, la surveillance de tous les instants des jeunes filles, des femmes et des jeunes gens par la police religieuse. Mais le socialisme chrétien du président vénézuélien n’est pas choqué par cette oppression quotidienne destinée à éradiquer les « fausses croyances » et l’impiété.
« L’anticapitalisme » de la dictature des ayatollahs s’est consolidé sur les ossements du mouvement ouvrier en Iran, sur la destruction, à coups de bombardements massifs, du mouvement national des Kurdes d’Iran. L’Iran des ayatollahs est un vaste cimetière pour toutes les aspirations démocratiques et sociales de la société iranienne.
Rappelons à ceux qui l’ont oublié : La société iranienne ne s’est pas plus dressée contre le régime du Shah, en 1979, pour établir la dictature absolue d’une caste religieuse qui l’opprime depuis, que la société russe et son prolétariat ne s’étaient soulevés contre le tsarisme dans le but de mettre au pouvoir une bureaucratie totalitaire dont il lui faudrait 64 années d’humiliations et de souffrances pour se débarrasser.
Les Kurdes d’Iran tués par milliers, fusillés ou bombardés, les syndicats ouvriers d’Iran écrasés, les Fidayîn du peuple emprisonnés ou pendus, les groupements trotskistes d’Iran emprisonnées et disparus ( ?), les Moudjahidin du peuple réprimés et contraints à la lutte armée, les militants du parti Toudeh réprimés et anéantis, tous ces groupements et leurs nombreux militants, emprisonnés, condamnés à la potence et pendus en grand nombre, les quelques milliers de Juifs d’Iran obligés de se renier et condamner publiquement Israël pour ne pas finir derrière les barreaux ou condamnés à la potence, quelle importance ont-ils pour Chavez, pour ce « socialiste chrétien », comme pour sa petite basse-cour « d’anti impérialistes » pratiquant un socialisme des fous (pour reprendre l’expression d’Engels et Bebel).
Les dépêches de presse ne nous disent pas ce que le « socialisme chrétien » va gagner grâce à la banque commune s’inscrivant dans la perspective de l’éradication des fausses croyances ? Elle ne nous disent pas en quoi la finance islamique de la dite banque commune fera mieux pour les ouvriers et les paysans latino américains que la finance islamique de la Mecque n’a fait pour les dizaines de milliers de demi esclaves venus d’Asie en Arabie saoudienne pour faire fonctionner les organes vitaux de la grande mosquée …
Par contre, gageons que la « révolution » islamique va gagner, à ce mariage, un moyen de mettre en œuvre la charia, au Venezuela et au-delà, au moyen de cette finance « éthique » qui constituera un des deux constituants du capital de cette banque « anticapitaliste ».
Alain RUBIN
(1) NSDAP, parti national socialiste des travailleurs allemands ou Nazi.
(2) le père d’Escotto est ce religieux partisan de la « théologie de la libération », proche des mouvements armés des années quatre vingt du Nicaragua et du Salvador. Ces sympathies ne sont pas blâmables. Ce qui l’est, c’est l’aveuglement de l’homme, qui rappelle celui des compagnons de route de l’URSS stalinienne et l’hostilité radicale envers Israël, se nourrissant de clichés et de mensonges grossiers.
(3) Ces derniers sont de vrais chrétiens, qui savent tendre la joue gauche quand on leur frappe la joue gauche. Actifs et relativement nombreux, dans les mouvement pro- Chavez, ils ne font aucune démarche auprès de leur idole pour qu’il intervienne afin que cesse les pendaisons publiques et hebdomadaires de « sodomites » iraniens. Mais peut-être font-ils des « démarches », comme en faisaient les staliniens français quand Moscou réprimait le mouvement ouvrier et les militants du samizdat ?

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