Cher BHL, pourquoi critiquiez-vous le communisme, et êtes-vous silencieux sur la charia ?

Publié le 13 septembre 2010 - par
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Monsieur,

Je vous écris suite à votre entretien paru aujourd’hui Dimanche 12 septembre 2010 dans le Parisien.

A une question du quotidien s’inquiétant de l’agacement éventuel de Téhéran à de nouvelles manifestations de soutien pour la libération de Sakineh, vous affirmez votre volonté, comme lors du combat pour les dissidents soviétiques, de continuer à faire exercer la pression de l’opinion publique contre cette condamnation à la lapidation en organisant une manifestation ce jour.

Ayant été sensible au sort de Sakineh, avant même la pétition en français que vous avez lancé et dont le succès me ravi, je suis tout à fait en accord avec votre position : il faut continuer la mobilisation internationale pour faire reculer le pouvoir politico religieux de Téhéran. Je suis bien d’accord avec vous que, sans cette mobilisation mondiale, Sakineh serait déjà morte.

Cependant, si j’adhère complètement au parallèle que vous faites avec la situation des dissidents russes, cubains, polonais ou autres, prisonniers dans les camps de régimes communistes, je ne comprends pas l’absence totale d’allusion au système politico religieux de la charia qui légalise des peines barbares pour des motifs contraires aux Droits de l’Homme (la liberté de conscience, d’expression, de culte, celle de disposer de son corps, etc…).

Sans cette remise en cause fondamentale du système politico religieux de la charia, mis en place peu ou prou dans de nombreux pays musulmans, nous verrons régulièrement de nouvelles Sakineh condamnées « légalement » à être lapidées, flagellées, violées, amputées et lorsqu’elles en réchappent à vivre sans liberté, prisonnières à vie au sein de leur communauté.

En son temps, le combat pour sauver les dissidents soviétiques s’appuyait de votre part sur une critique sans appel du système politique communiste. Les Nouveaux Philosophes dont vous étiez l’un des représentants les plus charismatiques développaient alors des analyses radicales à l’encontre de ce système politique.

En comparaison, pour combattre le système politico religieux de la charia, vous semblez bien timoré.

Sans une critique radicale de la charia, le combat contre la « barbarie à visage humain » que vous soutenez en vous opposant à la lapidation de Sakineh est un combat dont vous réduisez consciemment la portée.

Pourquoi cette différence de stratégie ?

Franck Bernard

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