Cher Eric Zemmour, cher compatriote, merci d’exister

Publié le 10 octobre 2014 - par - 4 098 vues
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Ri7Zemmour tribunal antiraciste3Cher Éric Zemmour, mon cher compatriote,

Je ne regarde plus l’émission de Laurent Ruquier (On n’est pas couché) – dont vous constituiez l’unique intérêt – depuis que vous en fûtes chassé pour cause de liberté de parole, de liberté de pensée et, plus généralement, pour cause de manifestations répétées de courage, particulièrement intempestives dans un univers médiatique sur lequel règnent les couards et les orthopenseurs depuis plus de quatre décennies.

Ayant appris que vous aviez été l’invité de cette émission à l’occasion de la parution de votre dernier ouvrage (Le suicide français), je me suis fait un devoir et un plaisir de regarder la vidéo de votre intervention, sur ce plateau transformé en arène en vue de votre mise à mort.

Je déteste la corrida. L’idée qu’une foule puisse se repaître du spectacle d’un animal longuement torturé, se vidant de son sang sur le sable au milieu des cris de joie, m’est tout à fait insupportable. Ce n’est pas l’animal, dans ce cas, qui y perd en dignité, mais bien ceux qui le regardent mourir et en conçoivent une allégresse indigne de notre condition humaine.

Mais lorsque le taureau s’appelle Zemmour, que l’on connaît la puissance et la stature intellectuelles de l’animal, on sait que le combat est inégal et que les picadors vont valser comme nains de jardin dans la tempête, que les matadors vont être éparpillés, dispersés façon puzzle, en bref que nous autres, les sans-dents, les obscurs, les méprisés de la France d’en dessous allons être vengés, pendant une trop brève éclaircie, de la terreur idéologique que nous imposent les nouveaux petits marquis de la médiacratie française.

Je n’ai pas été déçu. Grâce à vous, j’ai connu cinquante-quatre minutes de vraie jubilation intellectuelle. Comme prévu, comme espéré, les poseurs de banderilles en furent pour leurs frais, picadors et toreros finirent essoufflés, hagards, défaits, planqués derrière leur paravent de bois, le médiocre juge de touche, faux arbitre et vrai procureur, à court de calembours, fut réduit à quia tandis que le petit taureau nougaresque restait seul debout, planté droit au milieu du cirque, piochant le sable du sabot dans l’attente de l’imprudent qui aurait eu la mauvaise idée de revenir l’affronter… Quel bonheur ! Quelle douce vengeance ! Olé !

J’ai encore beaucoup appris, cher Éric Zemmour, comme à chaque fois que je vous écoute. Et j’ai tout compris, n’en déplaise aux petits maîtres du PAF qui vous croient hors de portée de nos modestes intelligences. Je n’ai pas, loin s’en faut, l’immense culture et le considérable bagage universitaire des Caron, Ruquier, Salamé ou Denisot !… Et j’ai quand même compris ce que vous vouliez exprimer, si clairement et si intelligemment : étonnant, non ?

Dans le film de John Ford, L’homme qui tua Liberty Valance, le journaliste local conclut par cette profession de foi, en forme d’aveu : « Lorsque la légende est plus belle que la vérité, j’imprime la légende. »

La gigantesque machine de propagande que sont devenus les médias actuels imprime, répand, ressasse ad nauseam la légende officielle et le mensonge d’état chaque fois que la vérité, et c’est le cas le plus fréquent, cesse d’être conforme à l’idéologie dominante, univoque, dictatoriale dont elle constitue l’arme d’intoxication massive.

Vous avez l’audace, avec quelques autres, de vouloir dépeindre, obstinément et quoi qu’il vous en coûte, une réalité sans fard et c’est pour cela qu’ils vous haïssent ! Ils craignent par-dessus tout d’être démasqués et jugés par un peuple en colère qui aurait enfin, grâce à vous, ouvert les yeux sur leur turpitude.

Evidemment, cette fois encore, vous avez balayé un certain nombre d’idées reçues, chez moi et sans doute chez d’autres, notamment à propos de Vichy. Mais je préférerai toujours une vérité dérangeante, froide et nue, aux prestiges étincelants (et confortables) du mensonge ! Et à quoi servirait donc un intellectuel s’il ne bousculait pas les esprits et les consciences en une salutaire remise en question des dogmes et des présupposés ? Merci de souffler sur la poussière des vieux livres oubliés au fond de nos bibliothèques : vous leur redonnez ainsi une seconde vie, à la lumière des jours nouveaux.

Un mot, s’agissant du nombre d’étrangers en France. Je me souviens d’avoir écouté, comme toutes les autres, votre chronique à ce sujet sur RTL. C’était en 2012, je crois, et le chiffre que j’avais retenu, car il m’avait frappé, était de sept millions, enfants de moins de quatre ans inclus. Peut-être avais-je mal compris alors, mais c’est en tout cas celui que j’ai conservé en mémoire et que j’ai cité, depuis, au cours de plusieurs conversations. Si l’on y ajoute les clandestins, les enfants de plus de quatre ans et les naturalisés de fraîche date qui ne sont Français que de papier(s), c’est évidemment considérable ! Lorsque le petit Caron (qui rêve sans doute de vous faire traverser le Styx avant l’heure…) évoque le nombre de douze millions, il fond peut-être, comme la buse sur une vieille pantoufle, sur une simple erreur de transcription pour tenter de vous discréditer : on a les arguments qu’on peut et celui-ci, en l’occurrence, a fait pschitt !

J’aimerais, pour conclure, vous faire partager une histoire que m’avait racontée mon père (né en Algérie, comme toute sa famille depuis trois générations) lorsque j’avais une douzaine d’années. Elle m’est revenue en vous entendant évoquer les dieux de l’Antiquité, les augures, une ancienne façon de concevoir le monde, ses causes et ses effets, à une autre époque que la nôtre ; tout cela au milieu d’esprits bornés et de regards vides : de la confiture aux cochons !, aurait dit mon père (encore lui) :

Un homme, un condamné, monte à l’échafaud. A la deuxième marche, il trébuche et tombe. Il se relève, s’immobilise quelques instants et déclare au bourreau : « Mauvais présage ! Si j’étais Romain, je rentrerais chez moi… »

Salut à vous, Éric Zemmour, salut et fraternité !

Raphaël Delahaut

 

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