Cherche désespérément défenseurs de la liberté d'expression

Les défenseurs de la liberté d’expression apparaissent bien émoussés actuellement. Nous, sympathisants de Riposte Laïque sommes particulièrement bien placés pour le constater, par le peu d’appui dont nous bénéficions. Ne fût-ce que tout récemment, Christine Tasin et Pierre Cassen, invités à présenter leur dernier livre au salon du B’nai Brith, en ont été empêchés à la suite de l’intervention conjointe des sieurs Corbière et Goasguen du Front de Gauche et de l’UMP. Pascal Hilout, venu exprimer son soutien à la liberté d’expression de Charlie Hebdo, a été prié de s’exprimer ailleurs par des défenseurs (?) de la liberté d’expression, à l’occasion de la manifestation de soutien à Charlie Hebdo (1).
Et ce week-end, même si cette fois-ci Christine Tasin a pu s’exprimer, cela s’est effectué dans le cadre d’une parodie de débat, bien peu démocratique sur France 5 (2).
La volonté d’ostraciser le discours de Riposte Laïque ne provoque guère d’indignation au-delà du cercle de nos sympathisants ; en effet, les Français n’ayant pas été informés de ces pratiques scandaleuses par les médias généralistes à audience nationale, ils ne sont pas en mesure de nous apporter un soutien.
Par contre, les Français ont été bien renseignés des tentatives d’empêcher l’expression satirique des dessinateurs de Charlie Hebdo et les représentations théâtrales jugées blasphématoires par des catholiques. Devant la violence de l’incendie perpétré contre les locaux de Charlie Hebdo ou la répétition des manifestations hostiles à la liberté de création des dramaturges Romeo Castellucci (Sur le concept du visage du fils de Dieu) et Rodrigo Garcia (Golgota picnic), n’y avait-il pas là une grande occasion pour les Français de remontrer leur attachement à la liberté d’expression  et au droit d’ironiser et de blasphémer ?
L’ironie, cette pratique si française, tant utilisée par nos écrivains classiques, que ce soit dans des satires de Rabelais ou La Bruyère, les essais de Montaigne, des fables de La Fontaine, des contes philosophiques de Montesquieu ou Voltaire, des pamphlets, etc…, semble condamnée, tant il est mal vu aujourd’hui d’y recourir en raison de son caractère stigmatisant, à l’égard des pauvres choux qui en sont la cible. Car notre entourage nous fait comprendre quotidiennement qu’il ne faut pas que certains mots blessent.

l'ironie voltairienne à imiter sans modération

Ainsi il y a encore quelques jours, la secrétaire d’État à la Jeunesse, Jeannette Bougrab, a déploré en pleine convention UMP sur la nationalité, « certains mots qui blessent », notamment sur le manque de volonté d’intégration des immigrés en France. «  J’ai été blessée par les propos de (l’historien) Dimitri Casali et de (l’essayiste) Malika Sorel-Sutter », qui étaient invités comme intervenants à cette convention (3). Face à des propos pertinents qui dérangent, il suffit maintenant d’invoquer des blessures ou le fait d’être choqué pour que ces propos ne puissent plus être tenus. L’objectif est de culpabiliser les tenants de ces affirmations en les faisant passer pour des « méchants » afin de les pousser à l’autocensure.
Et ce mécanisme de l’autocensure fonctionne très bien, si l’on en juge les témoignages de personnes d’origine extra-européenne, qui dénonçant à des interlocuteurs les aberrations de la théologie et des pratiques islamiques s’entendent répondre : « vous avez raison, je suis d’accord avec vous ; mais vous, vous pouvez vous permettre de tenir ces propos ; moi si je les tiens, je me ferai traiter de raciste. » On peut s’attendre alors à la passivité de ces personnes, qui, quoique partageant nos idées, ne nous épauleront nullement dans la défense des valeurs de liberté, de peur d’être traitées de racisme, de passer pour un « méchant ».
C’est aussi pour ne pas passer pour un « méchant » que l’enseignant répugne à sanctionner les élèves irrespectueux, indisciplinés, non travailleurs. Et pour la même raison que les parents cèdent à leurs enfants (même si évidemment d’autres paramètres interviennent). Même les ministres répugnent à abuser de la répression pour ne pas être perçus comme des méchants fachos. Un des premiers critères de nos prises de décision n’est-il pas devenu le souci de ne pas apparaître comme un méchant ? Le « qui aime bien punit bien » de nos anciens est bien oublié.
Nous en sommes ainsi arrivés à ce paradoxe que la dénonciation de discours et de pratiques attentatoires à l’exercice de la démocratie est devenue inconcevable, à partir du moment où elle va courroucer ou peiner leurs auteurs. Ainsi les anti-islam, qui ne font qu’œuvre utile démocratique en réprouvant les caractères antidémocratiques du coran et des hadiths, dans l’espoir préventif que cette religion ne puisse ultérieurement menacer la république française, ne sont pas perçus comme des démocrates puisqu’ils sont dépeints comme de méchants stigmatiseurs ; par un extraordinaire renversement des valeurs, ceux qui, au contraire, sont admiratifs des agissements antidémocratiques du fondateur de l’islam sont montrés comme des gens qui n’aspirent qu’à la démocratie, même si un Tunisien sur deux vivant en France vient de nous prouver une attirance pour les troubles islamistes d’Ennahda.
Cette autocensure, que de plus en plus de Français s’infligent, explique malheureusement pourquoi des musulmans ou des catholiques choqués par Charlie Hebdo ou par les représentations théâtrales trouvent un écho favorable auprès d’une partie de plus en plus importante de l’opinion publique. Il était consternant d’entendre dans les émissions de radio ou de télévision, une bonne moitié des auditeurs ou des téléspectateurs reprendre dans leurs commentaires les arguments des protestataires islamiques ou chrétiens.
Pour qui a fréquenté de nombreuses personnes de culture musulmane, il n’est pas étonnant d’entendre des auditeurs se présentant comme musulmans nous invoquer le devoir de respect vis-à-vis des religions. Ainsi dans cette veine, l’antienne qui revenait consistait à condamner l’incendie, en ajoutant aussitôt un « mais », qui avait l’effet d’atténuer la portée de la condamnation. Et au bout du compte l’indignation s’exerçait davantage à l’égard des dessinateurs de Charlie Hebdo plutôt qu’à l’égard des incendiaires.
Il était plus surprenant cependant d’entendre des personnes se présentant comme chrétiennes ou même athées reprendre le même raisonnement pour condamner l’expression du journal satirique et des dramaturges. Ils invoquaient souvent l’absence de sens des responsabilités des blasphémateurs. Il fallait donc comprendre que ces derniers ne recouraient pas suffisamment à l’autocensure. Les gens qui pensent ainsi représentent-ils vraiment la moitié de nos compatriotes, ou a-t-on assisté à un biais dû à une surreprésentation des auditeurs inquisiteurs, générée par les animateurs de ces émissions, soucieux d’équilibrer le temps de parole entre les pro et les anti ?
Plus consternant encore fût d’entendre des journalistes relayer ces arguments. Ainsi dans l’émission « Sans langue de bois » du 10 novembre sur Direct 8, Pierre Bénichou et Pascal Perri regrettent de façon saisissante que les chrétiens ne protestent pas davantage contre les représentations blasphématoires du Christ.
La propagation de cette logique d’autocensure dans les opinions et les médias est donc inquiétante. Jamais dans les années 1970 et 80, nous n’aurions entendu le dixième d’arguments justifiant une volonté de limiter la liberté d’expression, a fortiori de la part de non croyants. Jamais également les capacités de mobilisation pour exprimer son indignation face aux menaces de censure n’avaient été si faibles depuis ces mêmes années 70.
Certes, une fois n’est pas coutume, les responsables politiques ont adopté une conduite ferme pour désapprouver les volontés de contrecarrer les expressions dites blasphématoires. Mais comme on sait que les politiciens peuvent vite changer d’avis en fonction de la vox populi, ce n’est pas forcément rassurant quand on constate que cette population ne se mobilise pas vraiment pour défendre sa liberté d’expression.
Ainsi, alors que 1500 chrétiens catholiques ont manifesté à Paris, pour montrer leur désapprobation des pièces de théâtre le samedi 29 octobre, il n’y avait que 300 personnes, toujours à Paris, autour de l’équipe de Charlie Hebdo, pour défendre le droit à l’expression de ce journal, le dimanche 6 novembre. Un soutien si faible que les gars de Charlie doivent se sentir esseulés. Si on rajoute à cela qu’ils se retrouvent dans le rôle des méchants islamophobes, on comprend mieux pourquoi, ils apparaissent si intimidés de leur propre audace et de l’incendie, et qu’on les sent prêt à faire marche arrière dans le sens de l’autocensure.
Charb et Luz ont d’ailleurs déjà exprimé plusieurs fois une contrition de curé face à des représentants musulmans. Leur insistance à évoquer que l’islam n’est pour rien dans ce qui leur est arrivé nous indique qu’ils n’ont pas l’envergure pour le rôle de blasphémateur qu’ils s’étaient provisoirement octroyés. Ils sont apparus comme des couilles molles, ainsi que l’aurait dit le professeur Choron. Ils n’ont aucune personnalité et pas un tantième de la truculence autrefois incarnée par leurs illustres prédécesseurs Choron, Siné et Cavanna.
Dommage que Cavanna soit diminué par l’âge ; pourtant encore aujourd’hui, il trouve le moyen, quoiqu’affaibli de dire sa haine de toutes les religions (4) à ce pseudo aréopage, toujours prêt à nous mystifier, des « enfants d’Abraham » sur Direct 8, dont Chebel qui se complaît dans son rôle préféré de jésuite. Ah dommage que François Cavanna n’ait pas 20 ans de moins, son impulsivité anarchiste les aurait envoyé au diable. Au lieu de cela, Charb, incapable d’être au minimum sa pâle réplique, subit l’humiliation d’être traité de lâche par Tariq Ramadan, sans répliquer quoi que ce soit, totalement anesthésié par ses pseudos bons sentiments et le conditionnement de dhimmi auquel il est soumis depuis deux décennies (5).
Charb "un humour de lâche" selon Tariq Ramadan

Avec des défenseurs de la liberté d’expression aussi résignés et si peu combatifs que Charb, c’est un boulevard qui pourrait s’ouvrir aux partisans du retour à l’interdiction du blasphème. Les catholiques intégristes ne s’y trompent pas et ils n’hésitent pas à camper dans nos avenues en plantant leur décor de croix, soutanes, bréviaires & co. Ils poursuivent leurs séries de manifestations dans les villes de province accueillant les pièces de Castelluci ou de Garcia.
prières catholiques dans la rue à Rennes le 10 novembre 2011

Ainsi à Rennes, ils mobilisent 1300 personnes selon la police (6), montrant ainsi à nouveau leur force. A Toulouse, ils sont nettement moins nombreux mais présents tout de même (7) ; pour la première fois depuis le début de leur campagne, ils sont en infériorité numérique par rapport à leurs contre-manifestants ; ce qui n’est guère plus rassurant puisque ceux-ci sont constitués en partie de nervis d’extrême-gauche, sans doute les mêmes adeptes du musellement des opinions qui s’étaient opposés de façon violente à l’apéro républicain du 4 septembre 2010 organisé par Riposte Laïque à Toulouse (8).
Toulouse, novembre 2011 - Intégristes islamiques ou catholiques ? T'as le look coco !

L’objectif de ces catholiques, dont tous, selon des témoignages, ne sont pas forcément des intégristes, n’est pas de manifester leur désapprobation des spectacles proposés, mais avant tout d’empêcher l’expression de ce qu’ils désapprouvent, avec le souhait de voir réintroduit le délit de blasphème. Par cet aspect, l’objectif des intégristes islamiques comme catholiques reste le même, seule la méthode diffère. A la violence effectuée par des incendiaires islamiques présumés (sous réserve des résultats définitifs de l’enquête) répondent les manifestations anti laïques (prières dans les rues, rosaires chemins de croix et autres simagrées ostensibles). La violence dissuasive de l’attentat contre Charlie Hebdo a par ailleurs dispensé les musulmans qui le souhaitaient de manifester sur la voie publique.
Les visées de ces manifestants catholiques sont avant tout politiques. Faire le plus parler d’eux est leur souhait à court terme ; la multiplication des manifestations passées et à venir en atteste. Le mouvement France Jeunesse Civitas qui encadre de près l’organisation de ces manifestations se présente comme un mouvement de jeunesse catholique et politique. En son sein, tous partagent cette soif de voir leur Dieu honoré dans la société ; « De Dieu on ne se moque pas ! » affirment-ils (9). L’institut Civitas qui les chapeaute aspire à « l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier [par] une œuvre de reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France. » (10)
Rennes 10 novembre 2011 : la loi de 1905, ils ne connaissent pas !

Le spécialiste des religions, Frédéric Lenoir, rappelle que le nombre d’actes blasphématoires envers la religion catholique n’a pas augmenté de façon significative depuis 20 ans (11). Mais à l’inverse des années 80, où la tentative de mobilisation des catholiques intégristes avait été un échec, en raison de l’opprobre quasi unanime qui s’était alors manifestée contre eux, leur mobilisation actuelle est une réussite, une partie importante des Français la comprenant. La hiérarchie catholique joue également un jeu ambigu, car si les archevêques de Paris et de Toulouse ont fermement condamné leurs manifestations, plusieurs évêques ont appelé à se mobiliser ou dit comprendre ces mobilisations.
La mollesse de la réaction des défenseurs de la liberté d’expression est inquiétante, donnant un signal d’encouragement aux militants religieux pour empiéter sur la laïcité et nos libertés. Il va falloir que les Français se réveillent rapidement.
Jean Pavée
 
(1)  https://ripostelaique.com/le-directeur-general-de-sos-racisme-se-comporte-comme-un-barbu.html
https://ripostelaique.com/manif-charlie-pour-la-liberte-dexpression-ils-ont-voulu-virer-pascal-hilout.html
(2)  https://ripostelaique.com/j%E2%80%99ai-vu-comment-s%E2%80%99est-deroule-l%E2%80%99enregistrement-de-l%E2%80%99emission-de-giesbert-avec-christine-tasin-honteux.html
(3)  http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/11/10/97001-20111110FILWWW00558-nationalite-coup-de-gueule-de-bougrab.php
(4)   http://www.youtube.com/watch?v=O1LglW7WM6w
(5)   http://www.youtube.com/watch?v=QmdWPSIUhVs  (à la septième minute)
(6)   http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Premiere-de-la-piece-de-Castellucci-a-Rennes-Retour-sur-deux-heures-de-tension_40823-2009914_actu.Htm
(7)   http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/11/16/catholiques-integristes-et-partisans-de-la-liberte-d-expression-se-font-face-a-toulouse_1604797_3224.html
http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/11/17/golgota-picnic-nouvelle-cible-des-catholiques-integristes_1605289_3224.html
(8)   https://ripostelaique.com/En-Iran-c-etaient-les-mollahs-qui.html
https://ripostelaique.com/A-Toulouse-les-nervis-de-l.html
(9)   http://francejeunessecivitas.hautetfort.com/archive/2011/11/04/titre-de-la-note.html
(10) http://www.civitas-institut.com/content/view/16/62/
(11) http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/frederic-lenoir-il-n-y-a-pas-plus-de-christianophobie-aujourd-hui-qu-il-y-en-avait-il-y-a-20-ans-18-11-2011-2031_118.php

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